Chefferie du Gouvernement : Ouahbi dément, El Mansouri attendue, Benali prend la pose

Un démenti après la sieste, une audience royale annoncée par la presse et une photo aux airs de Maison-Blanche : ce dimanche 27 septembre, la course supposée à la chefferie du gouvernement a pris des allures de feuilleton. Dans les pronostics, Fatima Ezzahra El Mansouri côtoie Fouzi Lekjaa, Abdellatif Ouahbi et, désormais, Leila Benali. Le PAM a gagné les élections. Les spéculations, elles, continuent de distribuer le premier rôle.

Abdellatif Ouahbi faisait la sieste pendant que la rumeur le nommait chef du gouvernement. Interrogé ce dimanche par la presse, le ministre de la Justice a répondu avec une désinvolture qui vaut tous les communiqués : « Je viens de me réveiller de la sieste. » Il a également démenti les informations annonçant sa nomination. Voilà pour le premier épisode.

Quelques heures plus tard, le scénario changeait de protagoniste. À 18h30, Sawt Al Maghrib annonçait, en citant des sources fiables, que Fatima Ezzahra El Mansouri aurait été convoquée au Palais royal pour lundi 28 septembre. Une audience présentée comme pouvant déboucher sur sa désignation pour former le prochain gouvernement. De quoi recentrer les regards sur la coordinatrice de la direction collégiale du PAM, sans refermer le chapitre des pronostics.

Car un autre nom s’invite dans les conversations de ce dimanche soir : Leila Benali. Des appels à sa nomination circulent sur les réseaux sociaux, notamment sur X, comme le relève également Atlasinfo. La ministre de la Transition énergétique et du Développement durable rejoint ainsi la liste des personnalités auxquelles les internautes prêtent un destin à la Primature.

Sa publication sur Instagram donne précisément matière à nourrir ce petit théâtre des interprétations.

« Il y a un temps pour convaincre et un temps pour célébrer », écrit-elle en arabe. Elle félicite le Roi Mohammed VI et l’ensemble du peuple marocain pour un parcours démocratique ayant, selon ses mots, consacré l’État des institutions. Puis vient cette promesse : le travail se poursuivra avec davantage de détermination et à un rythme plus soutenu.

Le propos prend rapidement de la hauteur. Benali évoque les défis sociaux, économiques, énergétiques et politiques du pays. Elle appelle le gouvernement, le Parlement et l’ensemble des acteurs à produire des effets concrets pour les Marocains et à rompre avec « le Maroc à deux vitesses ».

Le registre dépasse largement celui de son portefeuille ministériel. Elle parle de l’action publique dans son ensemble, de son rythme, de ses résultats et de sa finalité. Dans une période ordinaire, ces mots auraient probablement rejoint le flot des félicitations institutionnelles. Dans l’attente d’une nomination, ils prennent une autre résonance. Sans déclarer de candidature, Benali livre un texte qui se prête volontiers à la lecture d’une ambition gouvernementale.

Et puis, il y a la photo.

Tailleur bleu, haut blanc, sourire, regard porté hors du cadre. Leila Benali apparaît dans l’ouverture d’une porte-fenêtre, avec des rideaux et un lustre en arrière-plan. Une composition sobre, presque un portrait officiel saisi entre deux séquences. On peut y voir un petit parfum d’East Wing, l’aile est de la Maison-Blanche : cette imagerie américaine du pouvoir où une silhouette dans une embrasure suffit à raconter une fonction.

Le rapprochement est visuel, mais il est politiquement délicieux. Au moment où son nom circule, cette porte ouverte devient une invitation à imaginer la suivante. Une ministre célèbre le scrutin ; les amateurs de signaux faibles cherchent déjà dans le cadrage une future cheffe du gouvernement.

Cette effervescence tient aussi à la configuration du parti vainqueur. Pour la première fois depuis l’adoption de la Constitution de 2011, les législatives ont placé en tête un parti doté d’une direction collégiale. Avec ses 97 sièges, le PAM a remporté le scrutin sans que les pronostics se fixent sur une seule personnalité.

L’article 47 fournit pourtant une règle claire : le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants, au vu de leurs résultats. Le texte ne réserve pas cette nomination au dirigeant du parti. C’est dans cet espace que prospèrent les hypothèses.

Le Maroc a déjà connu l’incertitude autour de la chefferie du gouvernement, notamment en 2017, avant la nomination de Saad Eddine El Othmani après l’échec de Benkirane à former une majorité. La singularité de cette rentrée tient à ce suspense installé dès la sortie des urnes, avec plusieurs figures du parti vainqueur dans les conversations.

En attendant, Ouahbi dément, El Mansouri est annoncée au Palais et le portrait de Benali se prête à toutes les lectures. Leila Benali écrit qu’il existe un temps pour convaincre et un temps pour célébrer. Ce dimanche soir, le Maroc politique en expérimente un troisième : le temps de deviner.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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