L’Italie a réintroduit les contrôles dans les ports et les aéroports assurant des liaisons avec l’Espagne, en réaction à la crise de Sebta. La Finlande a, de son côté, lancé les préparatifs nécessaires au rétablissement rapide de ses contrôles aux frontières intérieures si la situation l’exige.
Le ministère italien de l’Intérieur a ordonné, vendredi 31 juillet, la réintroduction de contrôles pour les voyageurs circulant entre l’Italie et l’Espagne, rapporte l’agence espagnole EFE, citant des sources officielles.
La mesure sera appliquée dans les ports et les aéroports reliant les deux pays. Elle constitue une suspension temporaire de la libre circulation prévue par l’accord de Schengen entre l’Italie et l’Espagne.
Cette décision intervient après l’entrée massive de dizaines de milliers de personnes à Sebta depuis le Maroc, par voie terrestre et maritime. Les forces de sécurité espagnoles estiment à plus de 50.000 le nombre de franchissements enregistrés depuis jeudi, tandis que le bilan humain communiqué du côté espagnol atteint 57 morts.
Une décision prise après une réunion sécuritaire
Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a pris cette décision à l’issue d’une réunion du Comité d’analyse sur l’immigration et la sécurité des frontières.
Rome n’a pas encore précisé combien de temps les contrôles resteront en vigueur. L’Italie ne partageant aucune frontière terrestre avec l’Espagne, la mesure concernera principalement les voyageurs empruntant les liaisons aériennes et maritimes entre les deux pays.
Les passagers pourront ainsi être soumis à des vérifications d’identité et de documents dans les ports et les aéroports, alors que ces déplacements s’effectuaient jusqu’ici sans contrôle systématique dans le cadre de Schengen.
Meloni : « L’Italie ne restera pas les bras croisés »
La décision du ministère italien de l’Intérieur concrétise la menace formulée quelques heures auparavant par la présidente du Conseil, Giorgia Meloni.
Dans une publication sur X, la dirigeante italienne avait estimé que les images provenant de Sebta démontraient que l’immigration irrégulière incontrôlée représentait une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes.
Après un échange avec Matteo Piantedosi, elle avait annoncé la convocation des organismes compétents et prévenu que l’Italie était prête à adopter des mesures exceptionnelles, y compris la suspension de Schengen avec l’Espagne.
Giorgia Meloni a également réaffirmé la ligne de son gouvernement : défendre les frontières, combattre les réseaux de trafic de migrants et assurer des rapatriements effectifs.
Coordination entre Rome et Paris
Matteo Piantedosi s’est également entretenu par téléphone avec son homologue français, Laurent Nuñez. Les deux ministres ont convenu de renforcer les contrôles aux frontières terrestres entre la France et l’Italie.
La France avait déjà ordonné un renforcement des contrôles à sa frontière avec l’Espagne, face au risque de déplacements secondaires vers d’autres pays européens après les arrivées massives enregistrées à Sebta.
La Finlande lance ses préparatifs
La crise suscite également des réactions en Europe du Nord. La ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen, a annoncé avoir engagé les préparatifs nécessaires au rétablissement des contrôles aux frontières intérieures de la Finlande.
Elle a précisé que des décisions pourraient être prises très rapidement si la situation l’exigeait, affirmant que la priorité de son ministère restait la sécurité de la Finlande et de sa population.
Dans une précédente publication, la responsable finlandaise avait accusé l’Espagne d’avoir échoué à protéger la frontière extérieure de l’espace Schengen. Elle avait appelé les autres États européens à soutenir la position de Giorgia Meloni, estimant qu’un pays ne remplissant pas son obligation de protection des frontières extérieures ne devrait pas pouvoir rester membre de Schengen.
La décision italienne et les préparatifs engagés par Helsinki montrent que la crise de Sebta dépasse désormais les relations entre le Maroc et l’Espagne. Elle provoque une réaction en chaîne au sein de l’espace Schengen, où plusieurs gouvernements redoutent une circulation des personnes entrées irrégulièrement vers le reste du continent.


