Il est des drames qui marquent durablement une conscience collective. Celui de Safi, encore présent dans toutes les mémoires, a imposé une exigence : ne plus jamais subir, toujours anticiper. La séquence climatique exceptionnelle que traverse aujourd’hui le nord du Royaume aura au moins livré une certitude rassurante : cette leçon a été intégrée.
De Larache à Ksar El-Kébir, jusqu’à la province de Sidi Kacem, l’État marocain a répondu par une mobilisation rapide, coordonnée et lisible face aux risques d’inondations provoqués par des précipitations d’une intensité rare et la montée simultanée des oueds Loukkos et Sebou.
Cette fois, rien n’a été laissé au hasard. Très tôt, la vigilance s’est installée comme doctrine d’action. Sous l’égide du ministère de l’Intérieur, la communication a précédé l’événement : continue, pédagogique, relayée par les médias nationaux et locaux, mais aussi directement auprès des populations concernées. Informer avant d’intervenir : une rupture nette avec les réflexes du passé.








Sur le terrain, la réponse a été à la hauteur de l’alerte. Forces auxiliaires, Gendarmerie Royale, autorités territoriales, services techniques, protection civile : tous ont agi dans une logique de chaîne, sans dissonance ni retard. À cette architecture opérationnelle est venue s’ajouter, sur Hautes Instructions Royales, l’intervention décisive des Forces Armées Royales, déployant moyens humains et logistiques pour sécuriser, transporter, héberger et rassurer.
Mais cette mobilisation ne dit pas seulement quelque chose de l’État : elle révèle aussi une maturité collective nouvelle. À Ksar El-Kébir comme dans les zones rurales avoisinantes, des citoyens se sont mobilisés, parfois spontanément, pour prêter main forte, relayer les consignes, signaler les dangers. La prévention n’est plus seulement un mot d’ordre venu d’en haut : elle devient une responsabilité partagée.










L’évitement du pire n’est donc pas le fruit du hasard. Il est le résultat d’un apprentissage, d’une mémoire institutionnelle active, et d’une volonté politique claire : protéger d’abord, réparer ensuite, et surtout prévenir. La réunion de la Commission nationale de veille, tenue au siège du ministère de l’Intérieur, en est l’illustration la plus nette : suivi en temps réel, coordination fine, décisions ajustées à la réalité du terrain.
Dans un pays désormais confronté à des aléas climatiques plus fréquents et plus intenses, cet épisode n’appelle ni autosatisfaction ni relâchement. Il marque un point de passage. Celui d’un État qui n’attend plus que la crise s’impose pour agir, mais qui l’identifie, la suit et s’organise en amont. Celui, également, d’une société qui commence à intégrer que la vigilance n’est pas un réflexe d’urgence, mais une discipline collective.
Les eaux se retireront, comme toujours. Reste l’essentiel : la faculté de tirer de l’épreuve une manière d’agir durable, plus rigoureuse, plus lucide. Safi n’a pas été effacé des mémoires. Le nord du Royaume en offre aujourd’hui une démonstration concrète.


