France : le contrat prolongé entre la DGSI et Palantir relance le débat sur une dépendance stratégique

Le renouvellement du contrat entre la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et l’américain Palantir ravive en France un débat ancien, mais devenu plus sensible encore à l’heure des tensions sur la souveraineté numérique. Officialisée par Palantir en décembre 2025, la prolongation de trois ans du partenariat avec les services français étend jusqu’en 2028 l’usage de la plateforme Gotham, un outil d’analyse et de croisement de données devenu central dans certaines activités de renseignement.

Au départ, cette coopération devait pourtant rester transitoire. La DGSI s’était tournée vers Palantir dans le sillage des attentats de 2015, dans un contexte d’urgence opérationnelle et de besoin immédiat de traiter de grands volumes de données liés à la lutte antiterroriste. Très vite, le logiciel américain s’est imposé comme un accélérateur d’enquête, faute d’équivalent français immédiatement disponible au même niveau de maturité. Ce provisoire dure désormais depuis près d’une décennie.

C’est précisément cette installation dans la durée qui alimente les critiques. En France, le recours continu à Palantir est perçu par une partie des observateurs, des parlementaires et des spécialistes de la souveraineté technologique comme le symptôme d’une dépendance structurelle à une technologie étrangère dans un domaine régalien. Un rapport parlementaire récent sur les dépendances numériques de la France a d’ailleurs remis le sujet sur le devant de la scène, en soulignant les vulnérabilités qu’un tel choix peut faire peser sur l’indépendance stratégique du pays.

Les interrogations portent sur plusieurs plans. D’abord, celui de l’autonomie : reconduire Palantir, c’est admettre qu’aucune solution française n’a encore réussi à prendre le relais à pleine échelle. Ensuite, celui du rapport de force technologique : plus un outil s’installe au cœur des usages, plus il devient difficile, coûteux et risqué de s’en détacher. Enfin, il y a la dimension politique et symbolique : voir un service de renseignement intérieur s’appuyer durablement sur un champion américain du big data heurte le discours français sur la maîtrise des infrastructures critiques et des données sensibles.

La controverse est d’autant plus vive que Palantir n’est pas une entreprise comme les autres. Le groupe, qui travaille avec des services de sécurité, des armées et de grandes administrations occidentales, est aussi au cœur de débats internationaux sur l’usage militaire de l’intelligence artificielle, la surveillance et les frontières entre efficacité opérationnelle et contrôle démocratique. En avril 2026, Le Monde rappelait que l’entreprise déploie ses outils aussi bien dans les conflits que dans les grandes entreprises, d’Airbus à la Société générale, ce qui nourrit l’image d’un acteur à la fois incontournable, tentaculaire et politiquement clivant.

Côté français, la perspective d’une alternative nationale n’a pas disparu, mais elle prend du retard, rapporte les médias locaux. La piste ChapsVision, retenue pour développer un outil français destiné à terme à réduire la dépendance à Palantir, n’a pas encore permis de solder le dossier. Plusieurs publications spécialisées ont relevé que ce retard technique a contribué à repousser, une nouvelle fois, la bascule vers une solution souveraine.

Le débat dépasse donc désormais le seul cadre de la DGSI. Il pose une question plus large à l’État français : peut-il continuer à revendiquer une ambition de souveraineté numérique tout en reconduisant, dans l’un de ses appareils les plus sensibles, une dépendance à une technologie étrangère née dans l’écosystème sécuritaire américain ? Pour les partisans du pragmatisme, la réponse est simple : tant qu’aucun outil français n’offre le même niveau d’efficacité, l’État n’a pas intérêt à se priver d’une capacité jugée utile. Pour les tenants d’une ligne plus souverainiste, chaque renouvellement éloigne un peu plus la promesse d’autonomie.

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