Scandale en Allemagne : un ex-chef du Shin Bet serait impliqué dans le kidnapping d’enfants

L’affaire de l’enlèvement des enfants de l’héritière allemande Christina Block prend des allures de roman d’espionnage. Selon les révélations du BildYa’akov Peri ou – Jacob Perry (81 ans) – , ancien directeur du service de sécurité intérieure israélien Shin Bet et ex-ministre, aurait été sollicité pour constituer l’équipe de huit Israéliens accusés d’avoir enlevé les enfants de la riche héritière.

Yaakov Peri
L’Israélien Ya’akov Peri, ancien patron du Shin bet, est apparu à plusieurs reprises dans de grandes affaires de la République fédérale d’Allemagne.
Le rôle présumé de Ya’akov Peri

Peri n’est pas un inconnu en Allemagne. Patron du Shin Bet de 1988 à 1995, ministre de la Science et député à la Knesset au sein du parti Yesh Atid, il dirige aujourd’hui CGI Group, une société de sécurité privée basée à Tel-Aviv. Sa firme s’était déjà illustrée en 2019 en enquêtant le spectaculaire vol des joyaux d’un musée, le Grünes Gewölbe de la ville de Dresde, capitale de la Saxe, une affaire retentissante en Europe.

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Grunes Gewolbe
Le musée allemand “Grünes Gewölbe” a rouvert ses portes. Le 25 novembre 2019, des cambrioleurs y ont dérobé des bijoux d’une valeur de 114 millions d’euros. La majeure partie du butin a été récupérée, mais trois pièces précieuses demeurent introuvables.

Selon Bild, une lettre adressée le 17 janvier 2025 par le célèbre détective privé Werner Mauss au vice-président du Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV, renseignement intérieur), c’est August Hanning (79 ans), ex-directeur du BND (renseignement extérieur allemand), qui aurait chargé Peri de former le commando israélien. Trois jours plus tard, Mauss affirmait que Peri accepterait de témoigner, sous protection, devant un procureur allemand au sujet de l’implication présumée de Hanning.

Sept millions d’euros en jeu ?

Toujours selon Bild, l’affaire prend une dimension explosive lorsque l’avocat de la partie civile, représentant le père des enfants, interroge Christina Block en audience :
— « Est-il vrai qu’un montant de 7 millions d’euros aurait été versé à la société CGI Group ? »

Block est restée silencieuse. De son côté, Hanning dément catégoriquement et a porté plainte contre Werner Mauss pour diffamation, déclarant à Bild : « Je n’ai jamais eu le moindre contact avec M. Peri et je ne sais rien d’un quelconque paiement. »

Un kidnapping d’une violence rare

Dans la nuit du 31 décembre 2023, un commando aurait pénétré dans la maison du père, Stephan Hensel, à Flensburg, près de la frontière danoise. Neutralisé, il aurait assisté impuissant à l’enlèvement de Klara (13 ans) et Theodor (10 ans). Les enfants, selon l’acte d’accusation, ont été bâillonnés, ligotés et retenus dans un camping-car jusqu’au 2 janvier 2024, date à laquelle leur mère serait venue les récupérer.

Aujourd’hui, Christina Block (52 ans) est jugée à Hambourg, aux côtés de son compagnon, l’ancien présentateur vedette Gerhard Delling, et d’un Israélien de 35 ans soupçonné d’avoir appartenu au Mossad. Tous contestent l’accusation d’enlèvement.

Bataille juridique sans fin
Blok
Christina Block (52 ans, fille du fondateur de Block House) avec son avocat Ingo Bott (42 ans) au dixième jour du procès.

Cette escalade intervient après une longue guerre de garde. En 2021, lors d’un week-end de visite, Stephan Hensel avait gardé illégalement les enfants au Danemark, refusant de les ramener à Hambourg. Les juridictions allemandes avaient initialement donné raison à Christina Block, mais la justice danoise, invoquant la non-reconnaissance automatique des décisions étrangères et la volonté exprimée par les enfants, avait refusé d’ordonner leur retour. En novembre 2023, les tribunaux de Hambourg se sont déclarés incompétents, consacrant de facto la résidence des enfants au Danemark.

Un scandale aux ramifications géopolitiques

Alors que les audiences doivent se poursuivre jusqu’en décembre, l’affaire dépasse largement le cadre familial. Elle met en lumière des connexions sensibles entre une héritière allemande, un ex-chef du Shin Bet, un ancien patron du BND et des millions d’euros supposément versés à une société israélienne de sécurité.

Yaakov Peri Netanyahu
José Manuel Barroso (alors président de la Commission européenne, 2e à partir de la gauche) serre la main de Ya’akov Peri (alors ministre israélien de la Science, à droite) en 2014. À côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou (au centre à droite) serre la main de Lars Faaborg-Andersen (alors ambassadeur de l’UE en Israël) lors d’une cérémonie de signature d’accord.

Un dossier qui, entre accusations de maltraitance, manipulations d’influence et rivalités judiciaires, continue d’alimenter la presse allemande — et pourrait, si Peri venait à parler, ébranler les cercles du renseignement européen.

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