Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a ordonné mercredi la reprise immédiate des importations de produits libanais vers l’Arabie saoudite, mettant fin à un embargo total imposé depuis avril 2021 pour des raisons de sécurité liées au trafic de drogue, a annoncé l’agence de presse officielle saoudienne SPA.
Cette décision, prise à la suite d’un entretien téléphonique entre le prince héritier et le président libanais Joseph Aoun, intervient après des mois de discussions techniques et marque un net réchauffement des relations entre Riyad et Beyrouth. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a immédiatement salué « un geste historique » du prince Mohammed ben Salmane, selon un communiqué publié sur les réseaux officiels.
L’embargo de 2021 avait été déclenché par la découverte, dans des cargaisons de grenades et d’autres fruits, de capsules de Captagon, une amphétamine très prisée dans le Golfe. Riyad accusait alors les autorités libanaises de laxisme face à des réseaux de contrebande souvent liés au Hezbollah. Le ban avait été étendu à l’ensemble des produits libanais, provoquant des pertes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars pour le secteur agricole libanais, déjà fragilisé par la crise économique nationale.
Conséquences économiques dévastatrices
– L’Arabie saoudite représentait un marché clé (environ 30-50 millions de dollars par an pour l’agriculture seule).
– Les exportations agricoles vers le Golfe ont chuté de plus de 60 %.
– Des milliers d’agriculteurs, notamment dans la plaine de la Bekaa, ont perdu leurs revenus.
Selon des sources saoudiennes citées sous couvert d’anonymat, la reprise des importations est conditionnée au maintien des efforts du nouveau leadership libanais pour renforcer les institutions et lutter contre la contrebande. Une délégation technique saoudienne s’était rendue à Beyrouth en novembre 2025 pour vérifier les progrès réalisés sur le terrain.
Le président Aoun, qui a effectué sa première visite officielle à Riyad en mars 2025, avait plaidé à plusieurs reprises pour la levée de ces restrictions. « Le Liban a démontré sa détermination à restaurer la confiance », a-t-il déclaré lors de l’appel téléphonique de vendredi dernier avec le prince héritier, selon des sources proches de la présidence libanaise.
Pour les agriculteurs de la plaine de la Bekaa et du sud du Liban, cette annonce représente un véritable « souffle vital ». Avant l’embargo, l’Arabie saoudite absorbait près de 40 % des exportations agricoles libanaises (agrumes, raisin, légumes et produits transformés), pour un montant annuel supérieur à 50 millions de dollars rien que pour ce secteur.
Chronologie du dégel progressif
Mars 2025 : Lors de sa première visite officielle à l’étranger, le président Joseph Aoun rencontre MBS à Riyad. Les deux pays annoncent étudier les obstacles à la reprise des exportations et à la levée des restrictions sur les voyages des Saoudiens au Liban.
Novembre 2025 : Une délégation technique saoudienne, menée par le prince Yazid ben Farhan, se rend à Beyrouth. Un responsable saoudien anonyme déclare à Reuters (Timour Azhari) que des « mesures imminentes » seront prises après les efforts libanais contre le trafic de drogue. Le Premier ministre Nawaf Salam salue l’initiative.
5 juin 2026 : Joseph Aoun appelle MBS pour le remercier du soutien saoudien et plaider pour la réouverture du marché. MBS promet de donner des instructions.
10 juin 2026 : MBS ordonne officiellement la reprise des exportations. Le Premier ministre Nawaf Salam exprime publiquement sa gratitude.
Des responsables du ministère libanais de l’Agriculture ont indiqué que les premiers camions pourraient reprendre la route vers le royaume d’ici quelques jours, une fois les procédures sanitaires et douanières finalisées. La mesure pourrait également ouvrir la voie à une reprise plus large des échanges avec les autres pays du Conseil de coopération du Golfe.
Cette décision s’inscrit dans un contexte régional plus large : elle intervient après l’affaiblissement du Hezbollah suite au cessez-le-feu avec Israël et reflète la volonté saoudienne de soutenir un Liban plus souverain et moins dépendant des milices.







