Le monde de l’art marocain perd l’un de ses créateurs les plus singuliers et les plus exigeants. Saâd Hassani, né à Rabat en 1948, s’est éteint mardi 9 juin 2026 à Casablanca, à l’âge de 77 ans, après une longue maladie. Il est parti chez lui, entouré des siens, fidèle jusqu’au bout à cette discrétion qui a toujours caractérisé son parcours.
Autodidacte précoce, il organise sa première exposition personnelle dès l’âge de seize ans. Très vite, il se nourrit des leçons de l’École de Paris, de l’art brut et de l’expressionnisme abstrait, tout en restant profondément attaché aux grands maîtres marocains comme Jilali Gharbaoui et Ahmed Cherkaoui. Matisse et Paul Klee comptent parmi ses références constantes. Son atelier, d’abord à Rabat puis à Casablanca face à l’Atlantique, devient un lieu de rencontre où se croisent peintres, poètes et intellectuels.
Installé durablement à Casablanca en 1972, il y développe une relation intime avec la lumière, la mer et l’espace. Cette proximité nourrit une œuvre en perpétuel mouvement, qui oscille entre abstraction gestuelle et figuration méditative. À partir des années 1990, il explore davantage la matière, les pigments naturels et l’éphémère, notamment à travers des installations sur le sable à Oualidia. Il fonde et dirige la galerie Al Manar à Casablanca entre 1992 et 1994, participant activement à la structuration de la scène artistique nationale.
Son univers pictural se distingue par une quête patiente des traces et des présences. Figures spectrales, silhouettes humaines ou animales (souvent des oiseaux), surfaces travaillées en relief, jeux de lumière et d’ombre : sa peinture invite au silence et à la contemplation. Les séries des « Échiquiers », avec leurs gris minéraux, noirs profonds et beiges pierreux, incarnent particulièrement cette recherche d’un ordre intérieur énigmatique. Il a aussi signé des œuvres monumentales, dont une fresque importante au Festival d’Asilah dès 1978 et une composition de grande ampleur pour l’Exposition universelle de Lisbonne en 1998.
Respecté par ses pairs pour son exigence et sa liberté, Saâd Hassani a exposé au Maroc comme à l’étranger (Madrid, Paris, Rotterdam…). Ses œuvres figurent dans d’importantes collections publiques et privées, dont celles du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain à Rabat. Au-delà de sa production personnelle, il a su transmettre, dans l’atelier et par son exemple, une certaine idée de la peinture : patiente, introspective, affranchie des modes et des postures.
La scène artistique marocaine est aujourd’hui orpheline d’une voix authentique. Des hommages unanimes saluent un homme qui a consacré plus d’un demi-siècle à interroger ce que la peinture peut encore dire quand les mots manquent. Son œuvre, discrète mais essentielle, continue de dialoguer silencieusement avec celles et ceux qui la regardent.
Le1.ma s’associe au deuil de la famille et de la communauté artistique. Que son souvenir et son travail continuent d’inspirer les générations futures.
Qu’Allah lui accorde Sa miséricorde et l’accueille dans Son vaste Paradis.






