Dans le décor presque irréel de Merzouga, entre dunes, silence minéral et horizon ouvert, Amal El Fallah Seghrouchni a choisi de sortir le débat sur l’intelligence artificielle des cénacles technocratiques pour en faire une retraite scientifique grandeur nature. Véritable VRP nationale de l’IA, la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a réussi à mobiliser autour du Rally IA Future Lab un millier de jeunes venus de toutes les régions du Royaume, mais aussi des responsables publics, chercheurs, régulateurs et acteurs technologiques de premier plan. De Dr Btissam El Khamlichi, directrice de l’AI Movement, à Driss Lemjaouri, directeur de l’entrepreneuriat digital au ministère, en passant par Faiza Berkchi de la CNDP, Youssef Mrabet de Nokia North Africa, Doha Habib Allah de l’Université Euromed de Fès et Mohammed El Hallabi, chargé de mission au ministère, l’événement dessine les contours d’un nouvel agenda marocain de l’IA. À Merzouga, le Maroc ne parle pas seulement de technologie : il tente de construire, par la jeunesse, la compétence et les territoires, les bases de sa souveraineté numérique.
Les travaux de la première édition du Rally IA Future Lab se sont poursuivis, mercredi à Merzouga, avec la participation de 1.000 jeunes issus des différentes régions du Royaume, dans le cadre d’une initiative portée par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration.
Organisé du 16 au 20 juin 2026, cet événement vise à accompagner la montée en compétences des jeunes dans les domaines de l’intelligence artificielle, de l’innovation numérique et de l’entrepreneuriat technologique. Il intervient au lendemain de la cérémonie d’ouverture présidée par la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni.

Les activités programmées se sont déroulées dans dix espaces dédiés, à travers des ateliers de travail, des sessions de formation et des séances de mentorat encadrées par des experts, formateurs et spécialistes de l’intelligence artificielle, du numérique, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.
Selon les organisateurs, cette première phase réunit 1.000 participants, avant une extension progressive destinée à atteindre 5.000 jeunes lors des prochaines étapes. L’objectif est de faire émerger une nouvelle génération de profils capables de concevoir des solutions numériques adaptées aux besoins économiques, sociaux et territoriaux du Maroc.
Au-delà de sa dimension de formation, le Rally IA Future Lab s’inscrit dans une logique de prospective appliquée. Il entend offrir un cadre de réflexion et d’expérimentation autour des usages de l’intelligence artificielle, à un moment où cette technologie occupe une place croissante dans les stratégies de transformation numérique, les politiques publiques et les modèles économiques.

Dans la soirée, l’événement a accueilli une keynote présentée par Dr Btissam El Khamlichi, directrice de l’AI Movement, sous le thème « Les Techniques avancées de l’IA ». Son intervention a porté sur les principales évolutions du secteur à l’échelle internationale, notamment l’accélération du développement des modèles intelligents et leur capacité à transformer plusieurs secteurs d’activité.
Dr El Khamlichi a souligné que l’intelligence artificielle ne relève plus uniquement d’une technologie émergente, mais constitue désormais un moteur de transformation économique et sociale. Elle a également insisté sur l’importance de l’investissement dans les compétences humaines, la recherche scientifique et les infrastructures numériques pour assurer une adoption durable et responsable de ces technologies.
L’événement a également été marqué par l’organisation d’un panel intitulé « 70 ans après : redéfinir l’IA depuis le Maroc », animé par Driss Lemjaouri, directeur de l’entrepreneuriat digital au ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, avec la participation d’experts, de chercheurs et de spécialistes du secteur.

Intervenant lors de ce panel, Faiza Berkchi, experte en intelligence artificielle et en régulation au sein de la CNDP, a abordé les enjeux liés à la mise en place de cadres réglementaires et éthiques pour l’usage de l’IA. Elle a mis l’accent sur la nécessité de renforcer la confiance des citoyens, notamment à travers la protection des données, la transparence des usages et le respect des droits fondamentaux.
Pour sa part, Youssef Mrabet, CTO de Nokia North Africa, a traité des enjeux de cybersécurité liés à l’intelligence artificielle. Il a relevé que la protection des données, des réseaux et des infrastructures numériques constitue un préalable à l’intégration sécurisée des systèmes intelligents dans les services publics, les entreprises et les secteurs stratégiques.
De son côté, Doha Habib Allah, chercheuse à l’Université Euromed de Fès, a évoqué les défis techniques liés au passage des modèles d’intelligence artificielle à des applications opérationnelles. Elle a notamment cité la qualité des données, le passage à l’échelle, la fiabilité des résultats et l’adaptation des modèles aux conditions réelles d’utilisation.

Le panel a également permis de présenter les grandes lignes de l’ambition marocaine en matière d’intelligence artificielle. Mohammed El Hallabi, chargé de mission au ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, a indiqué que cette vision repose sur cinq piliers : la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, le développement des compétences, l’innovation responsable et l’équité territoriale.
Dans ce cadre, le réseau national des centres d’excellence « Jazari Institute » a été présenté comme l’un des dispositifs structurants de la stratégie Maroc Digital 2030. Ce réseau est conçu comme une architecture nationale distribuée, appelée à travailler en lien avec les universités, les administrations publiques, les startups et les acteurs de l’économie productive.

Le lancement de « Jazari Root » a également été présenté comme un instrument de coordination du réseau Jazari, destiné à soutenir le développement de solutions numériques et d’applications fondées sur l’intelligence artificielle au service de l’État, du citoyen et des territoires.
Pour le Maroc, l’enjeu consiste désormais à transformer ce type d’initiatives en capacités durables. La formation des jeunes, l’accès aux infrastructures numériques, l’encadrement scientifique, la qualité des données et l’articulation avec les besoins des administrations et des entreprises seront déterminants pour passer de l’expérimentation à des projets effectivement déployables.
À travers cette première édition, le Rally IA Future Lab traduit la volonté des pouvoirs publics de placer la jeunesse au cœur de la transformation numérique du Royaume. Il s’inscrit dans les objectifs de Maroc Digital 2030, qui vise à renforcer les compétences nationales, soutenir l’innovation et consolider la souveraineté numérique du pays dans un contexte international marqué par une compétition accrue autour de l’intelligence artificielle.








