Sebta : deux ONG internationales dénoncent des conditions « inhumaines » et des retours forcés vers le Maroc

No Name Kitchen et l’Association Elín accusent les autorités espagnoles de priver les migrants encore présents à Sebta d’un accès suffisant à l’eau, à la nourriture et aux soins. Les deux organisations dénoncent également le recours à la violence et à des interpellations fondées, selon elles, sur le profil racial lors des opérations de retour vers le Maroc.

Deux organisations non gouvernementales intervenant auprès des migrants entrés irrégulièrement à Sebta la semaine dernière ont dénoncé, mardi, des conditions de prise en charge qu’elles qualifient d’« inhumaines », selon l’agence EFE.

No Name Kitchen et l’Association Elín affirment que de nombreuses personnes demeurent dans les rues et sur les plages de la ville sans accès régulier à l’alimentation, à l’eau potable, au repos ou à une assistance médicale.

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Francesca Fusaro, coordinatrice de No Name Kitchen, a déclaré à EFE que la faim, la soif et les conditions d’insalubrité poussaient certains migrants à accepter un retour au Maroc après avoir atteint les limites de leur résistance physique.

Selon son témoignage, les distributions ponctuelles de nourriture organisées à Sebta seraient insuffisantes au regard du nombre de personnes encore présentes dans la ville. Elle affirme que certains migrants n’auraient pas mangé depuis leur arrivée, jeudi dernier.

L’organisation accuse également les forces de sécurité et l’armée espagnoles de rechercher des migrants dans différents quartiers de la ville en se fondant sur leur apparence physique, avant de les conduire dans des véhicules vers la frontière marocaine.

Ces accusations n’ont pas été accompagnées, dans la dépêche d’EFE, d’une réaction immédiate des autorités espagnoles.

Des milliers de personnes sur les plages

L’Association Elín, active à Sebta depuis 1999, dénonce pour sa part une « déshumanisation » et une « négligence systématique » à l’égard des personnes encore bloquées dans l’enclave, dont certaines seraient originaires de pays confrontés à des conflits ou à une grande instabilité, notamment le Soudan et le Tchad.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, l’association affirme que ces migrants ne disposent pas d’informations suffisantes sur leurs droits et ne sont pas toujours en mesure de demander une protection internationale.

Elle estime que le fait de conduire une personne « à la limite de sa résistance physique et psychologique » peut avoir des conséquences durables sur sa santé et son intégrité.

L’organisation avait également signalé la coupure du seul point d’eau potable accessible sur la plage dite du « Trampolín », où se trouvent encore plusieurs milliers de migrants. L’approvisionnement en eau a été rétabli mardi, selon l’association.

Les deux ONG considèrent que la situation ne résulte pas seulement d’un manque de moyens, mais d’un choix politique privilégiant, selon elles, les opérations de retour et le contrôle sécuritaire au détriment de l’accueil humanitaire.

Elles demandent aux autorités espagnoles de mettre en place des protocoles d’assistance, d’ouvrir des espaces d’accueil adaptés et de garantir l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins médicaux, à l’information juridique et aux procédures de protection internationale.

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