Au quarantième jour, Yasmina Baddou raconte Ali Fassi Fihri, l’époux et le compagnon de vie

Dans la tradition marocaine du deuil, le quarantième jour porte une charge spirituelle particulière. Il marque ce moment suspendu où la douleur commence à quitter le seul registre du choc pour entrer dans celui de la mémoire, de la prière et de la fidélité. C’est souvent le temps où les familles se rassemblent, où les absences se nomment autrement, où l’on confie encore une fois le défunt à la miséricorde divine tout en mesurant la place qu’il continue d’occuper parmi les siens.

C’est dans cette profondeur symbolique que Yasmina Baddou, ancienne ministre de la Santé et épouse de feu Ali Fassi Fihri, a choisi de prendre la parole pour la première fois sur son mari, dans une publication en arabe sur les réseaux sociaux. Un texte qu’elle a accompagné d’une photographie personnelle du couple. Sur ce cliché, Ali Fassi Fihri apparaît amaigri, mais le visage lumineux, tout sourire, assis aux côtés de son épouse dans une proximité paisible. Une image intime qui donne à ses mots une force particulière.

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Quarante jours après la disparition de celui qui fut l’un des grands commis de l’État marocain, Yasmina Baddou écrit à l’homme de sa vie. À l’époux, au compagnon, au soutien, à celui avec lequel elle dit avoir traversé quarante-cinq années d’amour, d’épreuves, de joies, de luttes et de construction commune. Dans son texte, le deuil devient une adresse directe, une conversation prolongée avec l’absent, mais aussi une manière pudique de dire ce que fut Ali Fassi Fihri derrière la stature institutionnelle : un homme de vision, de tendresse, de devoir et de fidélité.

Dès les premières lignes, l’ancienne ministre dit la violence de l’absence. Quarante jours ont passé, écrit-elle, mais chaque jour semble rendre plus aiguë encore la conscience du départ. Le monde, confie-t-elle en substance, lui paraît désormais sans équilibre, comme si une part d’elle-même était partie avec lui. Ce n’est pas seulement la perte d’un époux qu’elle exprime, mais celle d’un socle, d’un compagnon de route, d’une présence autour de laquelle s’était construite toute une existence.

Yasmina Baddou revient alors sur leur rencontre, au printemps de leur jeunesse. À l’époque, dit-elle, ils ne savaient pas encore qu’ils allaient traverser ensemble une vie entière. Quarante-cinq années plus tard, elle relit ce parcours comme une histoire faite d’amour et de combats, de joies et de peines, mais aussi d’une construction commune : une vie, une famille, des valeurs, des rêves.

L’hommage prend ensuite une dimension plus personnelle encore. Yasmina Baddou décrit Ali Fassi Fihri comme « bien plus qu’un mari ». Il fut, écrit-elle, un maître, un guide, un soutien, celui vers qui elle se tournait lorsque les choses devenaient incertaines, celui sur lequel elle pouvait s’appuyer dans les moments de doute et de tempête. Elle dit avoir trouvé en lui cette force calme, ce pilier silencieux autour duquel elle a bâti sa vie.

Mais l’épouse ne sépare jamais l’homme public de l’homme privé. Elle dit son admiration pour celui qu’elle a toujours vu comme un grand serviteur de l’État, un homme d’engagement, de dignité et de devoir. Derrière la stature du responsable, elle rappelle toutefois l’autre visage d’Ali Fassi Fihri : celui d’un homme tendre, profondément humain, attentif aux siens, discret dans son amour, mais constant dans sa présence.

Dans son texte, Yasmina Baddou évoque aussi le père. Elle rappelle l’amour profond qu’il portait à ses enfants, sa manière de leur transmettre des valeurs sans bruit, sans posture, dans la simplicité de l’exemple. Elle décrit un homme qui ne cessait de se soucier de leur avenir et de leur sérénité, comme s’il percevait, mieux que d’autres, la difficulté du chemin et le poids des épreuves à venir.

La maladie, dans cet hommage, n’est pas racontée comme un drame, mais comme une épreuve qui a rendu leur lien plus profond encore. Yasmina Baddou dit que ces derniers mois n’ont pas altéré la relation unique qui les unissait. Au contraire, ils lui ont donné une densité nouvelle. Jusqu’aux derniers instants, elle est restée auprès de lui, dans une attention de chaque jour, avec cette volonté simple et immense de le garder près d’elle le plus longtemps possible.

Le message de Yasmina à Baddou à son défunt mari est une lettre d’amour, de fidélité et de gratitude. Une parole d’épouse qui, au quarantième jour, dit avec une grande pudeur la place laissée vide par celui qui fut à la fois le compagnon, le guide, le père de ses enfants et l’homme auprès duquel elle a construit sa vie.

Après les hommages de sa fille Zhor Fassi Fihri et de son neveu Brahim Fassi Fihri, publiés dans les jours qui ont suivi son décès, cette nouvelle prise de parole vient compléter le portrait intime d’Ali Fassi Fihri. Elle ajoute la voix de celle qui l’a accompagné dans la durée, dans la vie publique comme dans les silences du foyer, dans les moments de réussite comme dans les épreuves les plus personnelles.

Au quarantième jour, Yasmina Baddou ne referme pas le deuil. Elle lui donne des mots. Elle rappelle que certaines présences continuent d’habiter les gestes, les souvenirs, les valeurs transmises et les vies construites ensemble. Ali Fassi Fihri laisse derrière lui un parcours d’État. Mais dans les mots de son épouse, il laisse surtout une empreinte d’amour, de force tranquille et de fidélité.

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