La Banque africaine de développement accompagnera la première usine intégrée de batteries électriques du continent. Avec un prêt de 100 millions d’euros et jusqu’à 141 millions supplémentaires à mobiliser, l’institution contribue à sécuriser le financement d’un projet appelé à placer Kénitra au cœur de la chaîne de valeur automobile européenne.
La gigafactory marocaine de Gotion High-Tech vient de franchir une nouvelle étape financière. Le conseil d’administration de la Banque africaine de développement a approuvé un prêt de 100 millions d’euros en faveur de Gotion Power Morocco pour financer la construction de son complexe intégré de batteries lithium-fer-phosphate à Kénitra.
La BAD prévoit également de mobiliser jusqu’à 141 millions d’euros auprès d’autres partenaires financiers. Elle agira comme arrangeur principal mandaté dans le cadre de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement. Le dispositif pourrait ainsi porter l’intervention coordonnée par l’institution panafricaine à 241 millions d’euros.
Ce financement constitue un signal important pour un investissement industriel estimé à environ 1,3 milliard de dollars dans sa première configuration. Il permet à Gotion de diversifier les sources de capital du projet et fournit aux autres prêteurs une forme de validation institutionnelle de ses perspectives industrielles et environnementales.
Une chaîne intégrée de la cathode à la cellule
Le projet doit installer dans l’Atlantic Free Zone de Kénitra une chaîne couvrant plusieurs étapes de fabrication, depuis les matériaux actifs destinés aux cathodes et aux anodes jusqu’aux cellules et aux packs de batteries.
La BAD évoque une première phase de 10 gigawattheures de cellules et de packs destinés aux véhicules électriques, avant une montée en puissance progressive vers une capacité totale de 100 GWh. La documentation environnementale publiée antérieurement par la banque portait, pour sa part, sur une capacité annuelle de 20 GWh de batteries LFP et 100.000 tonnes de matériaux de cathode.
Le site de Gotion Power Morocco présente également le programme comme un investissement développé en plusieurs phases sur une superficie appelée à dépasser 500 hectares.
L’usine devrait créer plus de 600 emplois directs durant sa première phase, selon la BAD. L’institution vise également un taux d’intégration industrielle locale de 70 %, un objectif qui suppose la constitution d’un réseau de fournisseurs, de services techniques, de maintenance et de compétences autour du site.
Un projet dimensionné pour l’Europe
La production sera majoritairement orientée vers l’exportation, notamment vers le marché européen. Le choix de Kénitra rapproche Gotion des constructeurs automobiles déjà installés au Maroc et des infrastructures portuaires permettant d’alimenter rapidement les chaînes d’assemblage situées de l’autre côté de la Méditerranée.
Le Maroc cherche ainsi à prolonger son modèle automobile. Après avoir attiré des usines d’assemblage et un réseau de sous-traitants, le Royaume veut capter les composants qui concentrent une part croissante de la valeur d’un véhicule électrique. La batterie représente l’un des éléments industriels et technologiques les plus stratégiques de cette transformation.
Gotion High-Tech, groupe chinois coté à Shenzhen, bénéficie également d’une relation capitalistique et industrielle avec Volkswagen. En 2020, le constructeur allemand avait annoncé un investissement d’environ un milliard d’euros afin de devenir le principal actionnaire du fabricant de batteries.
Pour Rabat, cette proximité avec un grand constructeur européen renforce la dimension commerciale du projet. La gigafactory doit produire pour un marché existant, avec des débouchés potentiels au Maroc et en Europe, plutôt que fonctionner comme une unité isolée.
De 1,3 à 6,5 milliards de dollars
La convention d’investissement signée en 2024 entre l’État marocain et Gotion portait sur une première enveloppe de 12,8 milliards de dirhams, soit environ 1,3 milliard de dollars. Elle prévoyait initialement une capacité de 20 GWh et la création de 17.000 emplois directs, indirects et induits, dont 2.300 postes hautement qualifiés.
À pleine expansion, Gotion envisage une capacité de 100 GWh et un investissement cumulé pouvant atteindre 6,5 milliards de dollars. Cette taille placerait le site marocain parmi les grandes plateformes internationales du groupe et donnerait au Royaume une capacité de production dépassant largement les besoins de son marché automobile national.
L’entrée de la BAD permet désormais de relier l’ambition industrielle à une architecture de financement multilatérale. Pour l’institution africaine, le projet offre une vitrine de sa stratégie : soutenir des infrastructures bas carbone, transformer localement davantage de matières premières et inscrire l’Afrique dans les chaînes mondiales de mobilité électrique.


