En se rendant au cœur de l’École de la Deuxième Chance de Médiouna, Pasquale Salzano a choisi de découvrir un Maroc qui innove loin des salons officiels. Face aux jeunes, aux mères et aux éducateurs accompagnés par Tibu Africa, l’ambassadeur d’Italie a mesuré la force d’un modèle qui transforme le sport en levier d’éducation, d’emploi et d’autonomie. Une visite chaleureuse, mais surtout porteuse d’une ambition : bâtir une coopération maroco-italienne autour des échanges de jeunes et de professionnels, de la formation, de l’apprentissage de l’italien, du vieillissement actif et du financement de nouveaux programmes d’innovation sociale par le sport.
Un costume d’une impeccable élégance italienne, une berline Alfa Romeo Giulia arborant le drapeau tricolore et, au bout du trajet, une école pas tout à fait comme les autres.
Pasquale Salzano, ambassadeur d’Italie au Maroc, s’est rendu à l’École de la Deuxième Chance de Médiouna, dans la périphérie de Casablanca. Géré par l’ONG Tibu Africa, en partenariat avec l’Initiative nationale pour le développement humain et le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports, l’établissement a progressivement été transformé en un hub d’innovation sociale par le sport.
Le diplomate italien, qui fête une année de fonction au Maroc, a été accueilli par les équipes de Tibu Africa, conduites par leur président fondateur, Mohamed Amine Zariat.
La magie a rapidement opéré.
D’emblée, il est capté par des jeunes filles de la communauté de Médiouna qui disputaient une séance de volley-ball sous la direction d’un international marocain de la discipline, formé au métier de coach puis recruté par au sein de la même ONG. Ballon en mouvement, encouragements et gestes techniques ont offert à l’ambassadeur un premier aperçu du modèle défendu par Tibu Africa : utiliser le sport non comme une finalité, mais comme un outil d’éducation, d’insertion professionnelle et de transformation sociale.


Des jeunes, des mamans et plusieurs générations en mouvement
La visite réservait une autre surprise au diplomate. Drapées dans les tenues du programme « Mama Fit », consacré à l’autonomisation des femmes, plusieurs mamans de la communauté participaient à une séance d’activité physique au sein du gymnase solidaire, auquel elles ont accès gratuitement trois fois par semaine.

Dans une salle voisine, un autre groupe de mères suivait une session animée par la Fondation marocaine pour l’éducation financière (FMEF). Créée en 2013 à l’initiative de Bank Al-Maghrib, cette organisation à but non lucratif œuvre à diffuser la culture financière et à renforcer les connaissances des citoyens à travers le Royaume.

Deux scènes complémentaires réunies dans un même espace : d’un côté, la santé et le mouvement, de l’autre, l’acquisition de connaissances destinées à renforcer l’autonomie économique des femmes.
Le parcours s’est poursuivi auprès des jeunes inscrits dans les programmes de formation aux métiers du sport. Tibu Africa affirme enregistrer, selon les promotions et les dispositifs, des taux d’insertion professionnelle compris entre 73% et 100%.
Une performance que l’organisation attribue à un modèle combinant apprentissage technique, développement des compétences personnelles, immersion professionnelle et accompagnement vers l’emploi.
L’un des bénéficiaires a d’ailleurs réservé à Pasquale Salzano un accueil en italien. Une attention inattendue qui a surpris le diplomate et donné, pendant quelques instants, une dimension très concrète au rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée.

La visite s’est poursuivie dans le dojo, où filles et garçons, vêtus de leur judogi, participaient à une séance encadrée par un champion d’Afrique de judo.

Après avoir découvert les salles de formation et les dortoirs de l’établissement, l’ambassadeur a achevé sa visite sur le gazon synthétique du terrain de football. Des enfants de moins de 11 ans y enchaînaient les courses, les passes et les éclats de rire.
Une dernière image résumant l’esprit des lieux : plusieurs générations réunies autour du sport, des enfants aux jeunes en quête d’un métier, en passant par les mères engagées dans un parcours d’autonomisation.
Vers un partenariat structuré avec l’Italie
La visite de l’ambassadeur Salzano a permis d’examiner plusieurs pistes de coopération entre Tibu Africa et les institutions italiennes.
Selon l’ONG, les échanges ont notamment porté sur la deuxième édition de « La Régatede la Méditerranée », programmée du 19 au 25 octobre, qui pourrait devenir un nouveau rendez-vous de rapprochement entre le Maroc et l’Italie.
Les discussions ont également concerné le développement de projets consacrés au vieillissement actif et à la promotion de modes de vie sains. L’objectif serait de mobiliser le sport au profit des personnes âgées, en s’appuyant sur l’expérience italienne et sur la présence territoriale de Tibu Africa au Maroc.

Des programmes d’échange entre jeunes Marocains et Italiens pourraient par ailleurs être mis en place autour du sport, du leadership, de l’éducation et de l’innovation sociale.
Parmi les propositions examinées figure également l’élargissement de l’accès à l’apprentissage de la langue italienne pour les collaborateurs de Tibu Africa et les jeunes bénéficiaires de ses programmes. Une initiative qui permettrait de préparer de futurs échanges universitaires, professionnels et associatifs entre les deux pays.
L’ONG souhaite aussi inviter le ministre italien des Sports au Sommet africain de l’éducation par le sport qu’elle prévoit d’organiser au Maroc en avril 2027. Cette rencontre devrait réunir des décideurs publics, des acteurs du sport, des organisations internationales et des entrepreneurs sociaux autour de la contribution du sport au développement.
Le sport comme nouvel espace diplomatique
Tibu Africa et l’ambassadeur Salzano ont enfin évoqué la possibilité de mobiliser les instruments de la coopération italienne pour accélérer le déploiement du programme « Génération Sportive ».
L’enjeu consiste désormais à identifier des mécanismes de financement capables de soutenir durablement la formation des jeunes, la création d’emplois dans l’économie du sport et l’ouverture de nouveaux espaces d’éducation sportive.


L’ONG a, dans cette perspective, partagé son agenda annuel avec la représentation italienne afin de construire une relation structurée et inscrite dans la durée.
La visite de Médiouna aura ainsi permis à S.E.M Pasquale Salzano de découvrir une facette moins institutionnelle du Maroc : celle d’une jeunesse qui apprend, se forme et tente de construire son avenir à travers le sport.
Entre une séance de volley-ball, un cours d’éducation financière, une halte joyeuse dans le dojo, quelques mots échangés en italien et un dernier passage sur un terrain de football, une diplomatie parallèle maroco-italienne, portée par le sport et la société civile, a quitté, le temps d’une visite, les salons officiels.
Elle a chaussé ses baskets, laissé pour un temps derrière elle les méandres de la géopolitique et entrevu, depuis le Royaume du Maroc, terre de paix et de stabilité, les contours d’un avenir plus prometteur.


