À moins de deux mois de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies appelée à adopter une résolution cruciale concernant le Sahara et à statuer sur le devenir du MINURSO, le Congrès espagnol vote ce jeudi une proposition de loi ouvrant la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous administration espagnole et à leurs descendants. Jusqu’à 200.000 personnes entre le Sahara marocain, les camps de Tindouf et la diaspora européenne pourraient être concernées.
Le texte intervient en pleine crise de Sebta, où l’arrivée massive de migrants sature encore le paysage politique et médiatique en Espagne, certains responsables allant jusqu’à parler d’« invasion ». Dans le même temps, un pays lui-même confronté au séparatisme catalan s’apprête à faciliter l’accès à sa nationalité à une population comprenant des militants et sympathisants du Front Polisario.
La proposition prévoit l’octroi de la nationalité aux personnes nées au Sahara sous administration espagnole et à leurs descendants. Les bénéficiaires potentiels vivent principalement dans le Sahara marocain, les camps de Tindouf en Algérie et la diaspora européenne. El País évoque jusqu’à 110.000 personnes et descendants directs dans le Sahara marocain, environ 45.000 à Tindouf et 45.000 en Europe.
Ses défenseurs parlent de « réparation historique ». Bucharaya Bahi, président du Collectif des Sahraouis nés sous le drapeau et l’administration espagnols, y voit « un pas très important vers la réparation d’une situation qui dure depuis des décennies ». Il souligne qu’un passeport espagnol faciliterait notamment « la mobilité, les études, le travail et les liens familiaux avec l’Espagne ».
À Dakhla, Brahim Hameyada, directeur de l’Académie Unamuno et ancien membre du Polisario revenu au Maroc en 1992, défend également une « réparation historique ». Il estime que l’impact pourrait être particulièrement important à Tindouf, où le passeport espagnol offrirait aux jeunes un cadre légal pour voyager, étudier et travailler en Europe.
Le Polisario ne rejette pas le texte. Rabat garde officiellement le silence.
El País rapporte toutefois une autre inquiétude exprimée par « ses sources » à Laâyoune : si des habitants des camps obtenaient la nationalité espagnole alors que le conflit reste ouvert, d’éventuelles victimes espagnoles pourraient « impliquer l’Espagne et l’entraîner dans le conflit ». Ces sources soulèvent également la question de futurs binationaux maroco-espagnols susceptibles d’invoquer leur nationalité espagnole en cas susceptibles d’invoquer leur nationalité espagnole en cas d’interpellation, pour des faits séparatistes comme de droit commun.
La décision espagnole soulève parallèlement une contradiction politique : Madrid reste elle-même confrontée au séparatisme catalan et à la question de son intégrité territoriale, tout en ouvrant largement sa nationalité à des populations dont une partie est liée à un mouvement séparatiste opérant dans un pays voisin. Le parallèle avec la Catalogne n’est pas juridique, mais politique. Le calendrier ajoute enfin à la sensibilité du dossier : à quelques semaines de la nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain, l’Espagne introduit un nouvel élément dans une relation bilatérale où elle soutient officiellement, depuis 2022, le plan marocain d’autonomie comme « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour parvenir à une solution. Cette coexistence entre soutien politique à l’initiative marocaine et réactivation, par le droit de la nationalité, d’un lien hérité de l’ancienne administration espagnole du Sahara nourrit nécessairement les interrogations des observateurs à Rabat.







