Du cacao aux nanosatellites : comment OCP Africa s’inscrit dans l’offensive spatiale du Maroc en Afrique

De la cartographie des sols ivoiriens par OCP Africa aux moteurs de satellites développés par des ingénieurs marocains, le Maroc a mis en avant à Abidjan une approche très concrète du spatial africain. À l’occasion de la première Africa Space Expo (ASPEX), l’ambassadeur du Royaume en Côte d’Ivoire, Othmane El Ferdaous, a souligné une coopération Sud-Sud qui relie agriculture, télédétection, aménagement du territoire et deeptech. Et jusque dans le décor, le message était lisible : autour de la plénière officielle, cinq drapeaux seulement, Côte d’Ivoire, Maroc, États-Unis, Angola et Union africaine et dessinaient les contours géopolitiques de cette nouvelle ambition spatiale africaine.

En Côte d’Ivoire, le spatial est déjà descendu dans les champs. Chaque semaine, des satellites photographient les plantations de cacao, parcelle par parcelle. Derrière ces images se joue une transformation beaucoup plus large de l’agriculture africaine : mieux connaître les sols, adapter les intrants et améliorer la productivité grâce aux données géospatiales.

OCP Africa a ainsi cartographié 2,5 millions d’hectares de sols ivoiriens afin de concevoir des engrais adaptés aux caractéristiques locales. En avril 2026, un nouveau protocole d’accord a prévu d’intensifier cette cartographie et de développer davantage le recours aux outils géospatiaux.

L’exemple illustre l’un des principaux enjeux débattus cette semaine à Abidjan lors de la première édition de l’Africa Space Expo (ASPEX), organisée du 24 au 26 septembre. L’événement est une initiative conjointe de l’Union africaine et du gouvernement ivoirien, mise en œuvre notamment par l’Agence spatiale africaine et l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire.

Un marché africain qui approche les 40 milliards de dollars

L’enjeu économique est considérable. L’économie spatiale africaine pesait près de 25 milliards de dollars en 2024 et devrait approcher 40 milliards de dollars en 2030, selon les données citées par Othmane El Ferdaous.

Mais le continent reste largement dépendant de technologies développées ailleurs. Depuis 1998, les pays africains ont envoyé près de 70 satellites dans l’espace, tandis qu’une grande majorité des engins ont été conçus hors du continent. Aucun lancement orbital n’a encore été effectué depuis le sol africain.

C’est précisément cette dépendance technologique que plusieurs acteurs marocains cherchent désormais à réduire.

Le Maroc était fortement représenté à Abidjan. Le Centre Royal de Télédétection Spatiale (CRTS) y participait notamment à travers Amal Layachi. Créé en 1989, le CRTS avait réalisé en 2001, avec l’Université technique de Berlin, Maroc-TUBSAT, premier satellite marocain.

Rabat accueille également depuis 1998 le CRASTE-LF, centre régional affilié aux Nations Unies consacré à la formation aux sciences et technologies spatiales des cadres des pays africains francophones.

Africa Space Expo
Plénière officielle de l’Africa Space Expo à Abidjan : les drapeaux de la Côte d’Ivoire, du Maroc, des États-Unis , de l’Angola, de l’Union africaine encadrent la scène de cette première édition consacrée aux ambitions spatiales du continent
Une nouvelle génération de deeptech marocaine

Une nouvelle génération d’entrepreneurs marocains commence à se positionner sur les briques technologiques du spatial.

L’ambassadeur cite notamment Sanaa Tazi, fondatrice d’African Smart Territories, qui associe données satellitaires, capteurs connectés et drones pour développer des solutions destinées à l’aménagement des villes et des territoires.

Quelques semaines auparavant, lors du deuxième Marché africain des solutions spatiales à Abidjan, Othmane El Ferdaous avait également rencontré deux ingénieurs marocains travaillant sur des technologies adaptées aux contraintes des programmes spatiaux africains.

Nabil Souhair, docteur et spécialiste de la propulsion, enseigne à l’Université Internationale de Rabat après plusieurs années de recherche en Italie. Conseiller scientifique d’ALQAMAR Space, startup incubée à l’UM6P, il travaille notamment sur des systèmes de propulsion utilisant l’iode et l’eau comme alternatives au xénon, un gaz rare et coûteux traditionnellement employé dans la propulsion satellitaire.

Autre maillon de la chaîne : les essais.

James E. Benouda, cofondateur d’ALQAMAR Space, dirige à Rabat QUBE Testing après une quinzaine d’années passées en Suède. Avant son lancement, un nanosatellite doit notamment démontrer sa capacité à résister aux vibrations de la fusée et aux conditions du vide spatial.

Selon les éléments présentés par l’ambassadeur, QUBE Testing permet désormais à des équipes africaines de réaliser ces essais sur le continent, avec un coût annoncé jusqu’à sept fois inférieur à celui des solutions disponibles à l’étranger.

Du phosphate à l’espace

Cette présence dessine progressivement une chaîne de valeur marocaine singulière : OCP Africa pour l’utilisation agricole des données, le CRTS pour la télédétection, les universités pour la formation et la recherche, et de nouvelles startups pour les technologies satellitaires elles-mêmes.

Nommé ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire en 2026, Othmane El Ferdaous avait présenté parmi ses priorités le développement de la coopération économique, scientifique et technique entre les deux pays.

À Abidjan, cette coopération prend désormais une dimension supplémentaire. Elle ne concerne plus seulement les infrastructures, l’agriculture ou l’investissement : elle s’étend aux données satellitaires, à la propulsion et aux technologies spatiales.

Comme le résume l’ambassadeur : « La coopération Sud-Sud voulue par Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’écrit jusque dans l’espace. »

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