Depuis vendredi 6 novembre au matin, plusieurs quartiers de Casablanca sont confrontés à des odeurs particulièrement fortes, que certains habitants comparent à celles d’animaux en décomposition. Alors que des responsables municipaux mettent en cause les navires transportant du bétail, l’examen des données maritimes permet d’identifier un bétailler arrivé du Brésil la veille des signalements. Mais l’origine exacte des émanations et leurs éventuelles conséquences sanitaires restent à établir.
Au Maârif, l’odeur est décrite comme particulièrement forte et désagréable. Un témoignage transmis à LE1 évoque celle de bétail mort, ressentie depuis vendredi matin. Anfa, Bourgogne et le centre-ville figurent également parmi les quartiers concernés, selon plusieurs informations de presse.
Ces plaintes ne constituent pas un phénomène entièrement nouveau. Dès le 15 octobre, la presse rapportait des témoignages similaires dans plusieurs quartiers de Casablanca, notamment la nuit et au petit matin. Rien ne permet cependant d’affirmer, à ce stade, que ces différents épisodes ont une origine identique.
La piste des navires bétaillers
Vendredi, Le360 a rapporté les déclarations d’un responsable du conseil communal attribuant les odeurs à des navires transportant des bovins, notamment du Brésil et du Paraguay.
Selon cette explication, l’accumulation des déjections et des aliments destinés aux animaux pendant les traversées maritimes produirait des émanations importantes, que les vents disperseraient ensuite vers les quartiers résidentiels.
Cette hypothèse n’est pas accompagnée, dans l’article consulté, de résultats d’analyses atmosphériques ou de documents portuaires permettant d’identifier précisément les navires et les opérations concernés.
Un bétailler arrivé du Brésil le 5 novembre
La consultation des données de suivi maritime fait apparaître un élément vérifiable : le navire ADEL, immatriculé sous le numéro IMO 8911073, est arrivé au port de Casablanca le jeudi 5 novembre à 19 h 07 UTC, selon la capture VesselFinder.
Ce bâtiment de 141 mètres, construit en 1989 et battant pavillon de Saint-Christophe-et-Niévès, est répertorié comme navire spécialisé dans le transport d’animaux vivants par Maritime Optima.
Les données de navigation indiquent un départ du port brésilien de Rio Grande le 22 octobre 2026. Le navire était toujours signalé à quai à Casablanca dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 novembre.
Des obligations précises pour les déchets des navires
Le règlement d’exploitation du port de Casablanca, publié sur le site de l’Agence nationale des ports (ANP), prévoit des dispositions relatives à la collecte et à l’évacuation des déchets.
Son article 183 impose à l’exploitant le nettoyage des quais après les opérations de manutention. L’article 184 prévoit la transmission préalable à la capitainerie d’informations relatives aux déchets des navires. L’article 185 exige une attestation de dépôt des déchets avant le départ du bâtiment et permet à l’autorité portuaire d’en interdire la sortie lorsque les obligations de dépôt ne sont pas respectées.
Ces dispositions conduisent à une question concrète : quelles opérations de collecte, d’évacuation et de nettoyage ont été réalisées lors des escales de navires bétaillers des 5 et 6 novembre ?
De son côté, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) indique que les importations d’animaux vivants sont soumises à des contrôles documentaires, d’identité et physiques. Des mesures de quarantaine sanitaire sont également prévues pour certaines espèces.
Une étude sur la qualité de l’air déjà engagée par l’ANP
Il reste à déterminer si des prélèvements ciblant les substances susceptibles de produire ces odeurs ont été effectués et si des résultats ont été communiqués aux autorités locales.
Autre élément documentaire : l’ANP a lancé en septembre 2026 un appel d’offres portant sur l’analyse de la qualité de l’air, du bruit, des rejets liquides et des boues au port de Casablanca.
Référencé sous le numéro 17/DPCR/ANP/2026, ce marché présente une estimation de 402 000 dirhams. La date limite de remise des offres était fixée au 13 octobre.
Une question de santé publique, sur fond de congestion portuaire
Plus qu’une simple nuisance olfactive, cet épisode soulève une véritable question de santé publique. La décomposition des déjections animales peut libérer de l’ammoniac et du sulfure d’hydrogène, des gaz susceptibles de provoquer des irritations respiratoires, des nausées et des maux de tête selon leur concentration. Si aucun risque sanitaire n’a été établi à ce stade, l’absence de résultats d’analyses atmosphériques rendus publics laisse les Casablancais sans réponse sur la nature des substances qu’ils respirent.
Cette situation remet également en lumière l’engorgement récurrent du port de Casablanca, où les retards d’accostage et les difficultés de déchargement peuvent compliquer la gestion des cargaisons et des déchets organiques. Aucun lien direct avec les odeurs constatées n’est encore établi. Mais dans une métropole où les installations portuaires côtoient des quartiers densément peuplés, une question s’impose : jusqu’à quand les habitants devront-ils subir les conséquences potentielles des contraintes portuaires sans disposer de garanties sanitaires clairement établies ?





