Ahmed Fathi : Omar Hilale, l’art de la diplomatie face à un Conseil de sécurité dans l’impasse

Dans une analyse intitulée « Western Sahara: Omar Hilale, the Art of Diplomacy and the End of MINURSO », le journaliste Ahmed Fathi revient sur la confrontation entre les ambassadeurs du Maroc et de l’Algérie aux Nations unies, le 30 octobre. Il salue la maîtrise diplomatique d’Omar Hilale et voit dans cet échange le reflet d’une crise plus profonde : l’incapacité du Conseil de sécurité à maintenir l’ancien cadre de règlement du conflit du Sahara ou à s’accorder sur celui qui pourrait lui succéder.

Pour Ahmed Fathi, il existe deux catégories d’ambassadeurs : ceux qui se contentent de restituer les instructions préparées par leurs capitales et ceux qui savent saisir un moment pour modifier le cours d’un débat. Le représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, appartient, selon lui, à la seconde catégorie.

Sa prise de parole du 30 octobre, au lendemain de laquelle la MINURSO devait perdre son mandat, en aurait offert une illustration particulièrement significative.

Omar Hilale face à Amar Bendjama : l’art de la réplique

L’auteur revient d’abord sur l’intervention du représentant permanent de l’Algérie, Amar Bendjama, qui avait défendu le principe d’autodétermination des Sahraouis et critiqué la volonté américaine de placer le plan marocain d’autonomie au centre des négociations.

Bendjama avait présenté l’Algérie comme un pays voisin attaché au droit international, estimant que la proposition de Washington risquait de déterminer à l’avance le résultat du processus politique.

La réponse d’Omar Hilale a particulièrement retenu l’attention d’Ahmed Fathi.

Fort de plusieurs années de couverture des Nations unies, le journaliste considère l’ambassadeur marocain comme l’un des diplomates les plus accomplis qu’il ait observés. Il met en avant son instinct politique, sa maîtrise du dossier et sa capacité à identifier immédiatement les faiblesses d’une argumentation adverse, sans dépendre d’un discours préparé.

Selon son récit, Hilale a d’abord contesté la présentation de l’Algérie comme simple pays voisin du conflit. Il a interrogé la cohérence de cette position avec le soutien d’Alger au Front Polisario, son implication dans le processus diplomatique et ses interventions auprès du Conseil de sécurité.

L’ambassadeur marocain a ensuite déplacé le débat vers les camps de Tindouf, évoquant notamment l’enregistrement des réfugiés, leur liberté de circulation et l’avenir des générations ayant grandi dans ces camps.

Il a également contesté le parallèle établi par Bendjama entre le Sahara et la Palestine, en pointant ce qu’il considérait comme des contradictions dans le discours politique et humanitaire algérien.

Ahmed Fathi précise que certaines accusations relatives aux camps demeurent contestées, tout en estimant que les questions humanitaires soulevées méritent l’attention internationale.

À ses yeux, cet échange a dépassé le cadre d’une controverse juridique pour mettre en évidence une divergence fondamentale sur les responsabilités des différentes parties et leur rôle dans le règlement du conflit.

Amar Bendjama a finalement choisi de ne pas prolonger la confrontation, déclarant avoir encore beaucoup à dire, mais préférer s’abstenir par respect pour le Conseil de sécurité.

L’auteur souligne que cette décision ne saurait être interprétée comme une concession.

Washington et Moscou, deux visions irréconciliables

Pour Ahmed Fathi, la confrontation entre Hilale et Bendjama constituait le prolongement diplomatique d’un désaccord beaucoup plus profond entre les États-Unis et la Russie.

Washington souhaitait réorienter le processus onusien vers des négociations fondées sur le plan marocain d’autonomie. Son projet prévoyait de remplacer le dispositif référendaire de la MINURSO par une mission politique, en considérant une véritable autonomie sous souveraineté marocaine comme l’unique base réalisable d’un règlement.

Moscou s’opposait à cette orientation, au motif que le résultat des négociations ne devait pas être fixé à l’avance.

L’analyse rappelle que la MINURSO avait été créée en 1991 pour organiser un référendum proposant le choix entre l’indépendance et l’intégration au Maroc. Ce scrutin n’a jamais eu lieu, en raison notamment des désaccords sur l’identification du corps électoral et les modalités du processus politique.

Pourtant, le Conseil de sécurité avait continué à renouveler le mandat d’une mission dont la vocation initiale s’éloignait progressivement de la réalité des négociations diplomatiques.

Le vote du 30 octobre a, selon Fathi, mis cette contradiction à nu.

Le projet américain a recueilli onze voix favorables et trois abstentions, avant d’être bloqué par le veto russe. La proposition concurrente de Moscou, visant à prolonger le mandat existant de la MINURSO, n’a obtenu que trois voix favorables, contre une voix opposée et onze abstentions.

Les États-Unis disposaient ainsi d’un soutien important pour modifier le cadre politique, sans pouvoir surmonter le veto russe. La Russie pouvait empêcher l’adoption du texte américain, mais ne parvenait pas à réunir les voix nécessaires pour préserver le dispositif existant.

L’un pouvait bloquer le changement. L’autre pouvait empêcher la continuité. Aucun des deux ne pouvait imposer une solution.

C’est dans cette incapacité institutionnelle que le journaliste situe la portée historique du vote.

Le paradoxe de la disparition de la MINURSO

Ahmed Fathi rapporte avoir expliqué à Maroc Diplomatique, après le vote, que l’affrontement du 30 octobre relevait avant tout d’un rapport de force entre Washington et Moscou.

Il souligne également le paradoxe auquel se retrouvait confronté le Front Polisario.

Le mouvement pouvait se féliciter de l’échec du projet américain, mais cette même confrontation avait conduit à l’absence de renouvellement du mandat de la MINURSO.

Le 31 octobre, ce mandat arrivait à expiration. Le 1er novembre, les Nations unies engageaient le démantèlement de la mission.

L’organisation créée trente-cinq ans auparavant pour accompagner la tenue d’un référendum quittait ainsi le terrain sans que ce scrutin ait jamais été organisé.

Ahmed Fathi prend soin de distinguer cette évolution institutionnelle de ses conséquences juridiques. L’expiration du mandat ne constitue pas une reconnaissance formelle de la souveraineté marocaine par le Conseil de sécurité et ne met pas fin à l’engagement des Nations unies en faveur de l’autodétermination des Sahraouis.

Elle marque néanmoins, selon lui, un changement institutionnel majeur.

Le Conseil de sécurité avait maintenu la MINURSO pendant trente-cinq ans. Confronté à la nécessité de préserver l’ancien dispositif ou d’adopter un nouveau cadre politique, il n’est finalement parvenu à s’accorder sur aucune des deux options.

Cette impasse soulève, écrit-il, des interrogations sur l’efficacité même du multilatéralisme : comment maintenir un processus politique crédible lorsque l’institution chargée de l’accompagner disparaît, faute d’accord entre les membres permanents du Conseil ?

L’autonomie marocaine et la transformation du paysage diplomatique

L’analyse souligne parallèlement la progression du soutien international au plan marocain d’autonomie, notamment depuis la reconnaissance par Donald Trump, en décembre 2020, de la souveraineté du Maroc sur le Sahara.

Ahmed Fathi explique que son appréciation du dossier est également nourrie par ses déplacements à Laâyoune en 2020 et à Dakhla en 2024.

Ces visites lui ont permis, selon ses propres termes, d’observer certains aspects de la stratégie marocaine de développement économique et de rayonnement diplomatique dans les provinces du Sud. Il précise que ces observations mériteraient une analyse distincte.

Pour le journaliste, la réunion du 30 octobre a ainsi révélé deux réalités étroitement liées : l’importance du savoir-faire diplomatique, illustrée par l’intervention d’Omar Hilale, et l’incapacité du Conseil de sécurité à adapter son approche traditionnelle du Sahara aux évolutions du contexte international.

Après trente-cinq ans, quelle issue politique ?

En conclusion, Ahmed Fathi estime que l’affrontement entre Omar Hilale et Amar Bendjama ne se réduit ni à une rivalité personnelle ni à une opposition entre deux discours nationaux.

Il traduit, selon lui, le même désaccord fondamental que celui qui a empêché le Conseil de sécurité de prendre une décision.

Les membres du Conseil n’ont pu s’entendre ni sur la préservation du cadre établi en 1991 ni sur l’adoption d’une autre approche de règlement.

La MINURSO a ainsi vu son mandat s’achever après trente-cinq ans, sans référendum et sans dispositif de remplacement convenu.

Les diplomates ont présenté leurs arguments. Les puissances permanentes ont exercé leurs prérogatives. Mais le Conseil de sécurité est resté sans réponse commune à la question essentielle soulevée par Ahmed Fathi : que se passera-t-il désormais ?

Source : Ahmed Fathi, « Western Sahara: Omar Hilale, the Art of Diplomacy and the End of MINURSO ». Article rédigé en français à partir de l’analyse originale de l’auteur, dont les appréciations et conclusions sont rapportées sans vérification indépendante.

L’AUTEUR
Ahmed Fathi, journaliste et correspondant auprès des Nations unies
Ahmed Fathi
Journaliste américano-égyptien · Correspondant aux Nations unies

Basé à New York, Ahmed Fathi couvre la diplomatie multilatérale, les crises internationales et les travaux des Nations unies. Il est rédacteur en chef d’American Television News (ATN) et intervient comme analyste des affaires internationales auprès de plusieurs médias.

Diplômé de l’université Ain Shams, en Égypte, en administration des affaires et économie, il a poursuivi des études supérieures en management international et économie à l’université de Bradford, au Royaume-Uni. Il est l’auteur de America First, The World Divided: Trump 2.0 Influence.

Sources biographiques : Linkedin · Webit

Focus Thématiques