Les honneurs au Palais royal, le camouflet au Sénat. La première visite d’État d’Emmanuel Macron en Espagne a été marquée par le rejet du traité censé consacrer l’amitié entre Paris et Madrid. En maintenant son opposition malgré l’aval unanime du Tribunal constitutionnel, le PP, épaulé par Vox, a infligé un revers à Pedro Sánchez au moment même où Felipe VI recevait le président français.
Le Parti populaire (PP), principale formation de droite espagnole et majoritaire au Sénat, a fait rejeter, mardi 29 septembre, le traité d’amitié et de coopération entre l’Espagne et la France. Le texte a recueilli 142 voix contre, celles du PP et de Vox, parti d’extrême droite, face à 106 voix favorables et une abstention.
Signé à Barcelone le 19 janvier 2023 par Emmanuel Macron et Pedro Sánchez, ce traité prévoit de renforcer la coopération diplomatique, sécuritaire, économique et énergétique entre les deux pays.
Plus tôt dans la journée, Felipe VI et la reine Letizia avaient accueilli Emmanuel Macron et son épouse Brigitte avec les honneurs militaires au Palais royal de Madrid. La cérémonie, organisée sur la place de l’Armurerie, a comporté l’interprétation des hymnes nationaux et des salves d’honneur. Le roi et le président français ont ensuite passé en revue la Garde royale.
Cette visite d’État des 29 et 30 septembre, organisée à l’invitation de Felipe VI, est la première d’un président français en Espagne depuis celle de Nicolas Sarkozy en 2009. Les souverains ont ensuite reçu le couple présidentiel au palais de la Zarzuela, leur résidence, pour un déjeuner. Mercredi, Felipe VI et Emmanuel Macron doivent coprésider le Forum de commerce et d’investissement Espagne-France.
Le PP avait obtenu la suspension de son examen en saisissant le Tribunal constitutionnel au sujet de l’article 2.4. Celui-ci prévoit des invitations réciproques de ministres aux Conseils des ministres des deux pays. Le 23 septembre, le tribunal a validé à l’unanimité cette disposition, à la lumière d’un échange de lettres précisant que ces rencontres se tiendraient en marge des réunions, sans participation aux délibérations.
La sénatrice du PP Pilar Rojo a néanmoins contesté le recours à cette clarification pour préciser la portée du traité. Son parti juge également insuffisants les engagements sur les interconnexions énergétiques avec la France, tout en affirmant que son opposition ne remet pas en cause la relation bilatérale.
Au Palais royal, Emmanuel Macron a exprimé sa confiance dans l’aboutissement du traité. « Nous y parviendrons », a-t-il déclaré lors du dîner.
Le rejet du Sénat ouvre une nouvelle étape parlementaire. Une commission mixte réunissant députés et sénateurs doit rechercher un accord entre les deux chambres. Si cette procédure n’aboutit pas à une approbation, le Congrès pourra trancher à la majorité absolue.






