Le Maroc attend le nom du prochain chef du gouvernement. Il a eu, ce lundi, une salve d’articles sur le nouveau directeur général du Technopark. Une couverture que bien des hauts dirigeants pourraient lui envier. À force de guetter la grande nomination, les rédactions semblent avoir les sens aiguisés pour toutes les autres.
Amal El Fallah Seghrouchni annonce donc l’arrivée de Driss Lemjaouri, directeur des écosystèmes et de l’entrepreneuriat digital de son ministère, à la tête du Technopark. Le conseil d’administration a décidé le 18 septembre. Le ministère communique le 28. Dix jours plus tard, dans ce temps mort où le gouvernement Akhannouch termine son mandat et où chacun scrute la suite.
Le CV de plaide d’ailleurs pour lui. Cadre financier à la Caisse centrale de garantie entre 2005 et 2008, il a ensuite passé quinze ans à l’Autorité marocaine du marché des capitaux, successivement comme contrôleur interne, chef de service et chargé de mission auprès de la présidence. Il rejoint en 2023 le ministère de la Transition numérique comme chargé de mission, avant de prendre, en 2024, la direction des écosystèmes et de l’entrepreneuriat digital. Une progression qui dessine un parcours cohérent, à la croisée de la finance, de la gouvernance et de l’économie numérique. Sa nouvelle mission au Technopark apparaît ainsi comme le prolongement logique de plus de vingt ans d’expérience. De quoi donner à cette nomination une justification professionnelle que le communiqué aurait gagné à mettre en avant.
Reste le calendrier, et c’est précisément ce calendrier qui dérange. Ces nominations de dernière minute ont un parfum de « pantouflage » politique. Akhannouch a-t-il casé un de ses fidèles avant de rendre les clés ? Ce calendrier nourrit précisément ce soupçon, au détriment du nouveau directeur, dont le parcours aurait mérité de retenir davantage l’attention que les circonstances de sa nomination.

Sur LinkedIn, l’intéressé affiche déjà sa nouvelle fonction depuis septembre. La photo de profil, elle, a disparu. Peut-être faut-il désormais un portrait à la hauteur du nouveau statut. Le titre est en place ; la photo suivra.

Mais le détail le plus amer se trouve dans le communiqué du ministère. Pas un mot pour Lamiae Benmakhlouf. Une femme qui n’a pourtant pas démérité disparaît du récit au moment même où son successeur y entre. Ni remerciement, ni rappel de son travail, ni explication sur son départ. Trois paragraphes suffisent à annoncer une « nouvelle dynamique » et à faire comme si personne n’avait animé la précédente.
A-t-elle été poussée vers la sortie ? Se prépare-t-elle à d’autres responsabilités ? Serait-elle ministrable ? Le silence du ministère laisse ces questions ouvertes. Il sait annoncer un nouveau directeur , il semble avoir oublié comment saluer une dirigeante sortante.
Un calendrier mal choisi, une couverture étonnamment abondante, une communication sèche : l’ensemble laisse un goût amer. Et dessert d’abord Driss Lemjaouri, qui semble être un jeune cadre discret et compétent. Il méritait de commencer avec un projet à défendre. On lui laisse surtout une nomination à expliquer.






