En l’espace d’une seule journée, Donald Trump est passé de la menace d’«anéantissement» contre l’Iran à l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran. Le président américain, qui présentait encore la République islamique comme une cible vouée à la destruction si elle ne se pliait pas à ses exigences, a finalement déclaré que les dirigeants iraniens avaient soumis un plan «viable», l’amenant à accepter une trêve de 14 jours qu’il espère voir déboucher sur la fin d’une guerre entrée dans sa sixième semaine.
Ce basculement de ton s’est produit alors que des intermédiaires, conduits par le Pakistan, s’activaient pour éviter une nouvelle escalade. Selon Associated Press , la Chine, principal partenaire commercial de l’Iran et principal rival économique des États-Unis, a elle aussi agi discrètement pour contribuer à ouvrir une voie vers un cessez-le-feu.
7 avril, 13h06 : Trump brandit la menace d’un basculement total
Dans un message publié sur Truth Social le 7 avril à 13h06, Donald Trump dramatise à l’extrême la confrontation avec l’Iran. Il écrit qu’«une civilisation entière mourra cette nuit», tout en disant ne pas souhaiter une telle issue. Dans le même message, il affirme qu’un «changement de régime complet et total» est désormais acquis, et évoque la possibilité qu’avec des esprits «différents, plus intelligents et moins radicalisés», quelque chose de «révolutionnairement merveilleux» puisse advenir. Il présente enfin la soirée à venir comme «l’un des moments les plus importants de l’histoire longue et complexe du monde», en estimant que 47 années «d’extorsion, de corruption et de mort» pourraient prendre fin.

Mardi, Donald Trump a annoncé la trêve temporaire dans un message publié sur les réseaux sociaux. Il y expliquait sa décision par le fait que les objectifs militaires avaient, selon lui, déjà été atteints, voire dépassés, et qu’un accord définitif en vue d’une paix durable avec l’Iran, ainsi qu’au Moyen-Orient, était en bonne voie. Cette annonce est intervenue environ 90 minutes avant l’expiration de l’ultimatum qu’il avait fixé à Téhéran pour rouvrir le détroit stratégique d’Ormuz, faute de quoi, avait-il menacé, les centrales électriques iraniennes et d’autres infrastructures critiques seraient détruites.
7 avril, 23h32 : Trump suspend les frappes et annonce une trêve de deux semaines
Dans un second message publié le même jour à 23h32, Donald Trump annonce un changement de cap. Il explique avoir décidé, après des échanges avec le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir, de suspendre pendant deux semaines les bombardements et l’attaque contre l’Iran. Cette suspension reste conditionnée à une réouverture «complète, immédiate et sûre» du détroit d’Ormuz par la République islamique d’Iran. Trump parle d’un «cessez-le-feu à double sens», justifié selon lui par le fait que les objectifs militaires ont déjà été atteints et dépassés. Il ajoute que Washington a reçu de l’Iran une proposition en dix points, qu’il juge suffisamment exploitable pour servir de base à une négociation, et affirme que la quasi-totalité des différends antérieurs entre les deux pays ont déjà fait l’objet d’un accord, la période de deux semaines devant permettre de finaliser l’arrangement.

Mais moins de vingt-quatre heures après la conclusion de cet accord, la fragilité du cessez-le-feu apparaissait déjà au grand jour. Mercredi, les États-Unis, l’Iran et Israël ont livré des versions divergentes sur ce qu’il contenait exactement. L’Iran a affirmé que l’arrêt de la guerre israélienne au Liban faisait partie du cessez-le-feu conclu avec Washington. Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont, au contraire, assuré que la trêve ne couvrait pas le Liban et que les opérations israéliennes y continuaient.
Dans le même temps, les États-Unis exigeaient toujours de l’Iran qu’il procède effectivement à la réouverture du détroit d’Ormuz, fermé par la République islamique en réponse à l’intensification des attaques israéliennes contre le Hezbollah au Liban.
Le vice-président JD Vance, qui doit conduire dans les prochains jours une délégation américaine au Pakistan pour des pourparlers avec l’Iran, a relativisé ces premières tensions. Les discussions, destinées à rechercher un accord permanent mettant fin au conflit, doivent s’ouvrir en fin de semaine. En déplacement en Hongrie, Vance a estimé qu’aucun cessez-le-feu ne se déroule jamais sans difficultés initiales et a dit percevoir des signes indiquant, selon lui, que les choses évoluent dans la bonne direction, même si cela doit prendre un peu de temps.
Mercredi également, Donald Trump s’est entretenu à la Maison Blanche avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Le président américain reprochait aux pays membres de l’Alliance de ne pas avoir répondu à son appel pour aider à rouvrir cette route maritime essentielle, alors que la guerre alimentait une hausse des prix du gaz.
À l’approche de l’échéance fixée à l’Iran pour rouvrir le détroit, la menace brandie par Trump de faire disparaître «une civilisation entière» a suscité de vives critiques aux États-Unis. Des élus démocrates ont dénoncé un «échec moral». Le pape Léon XIV a averti que des frappes contre des infrastructures civiles violeraient le droit international et a qualifié les propos du président républicain de «véritablement inacceptables».
Selon la dépêche, Donald Trump a pu reculer pour une raison simple : une escalade risquait d’entraîner les États-Unis dans le type même de «guerre sans fin» qui a marqué ses prédécesseurs à la Maison Blanche et dont il avait promis de tenir son pays à l’écart s’il était réélu.
Car si Donald Trump mettait en avant, au cours des six dernières semaines, les succès militaires des États-Unis et d’Israël, il semblait aussi partir du principe qu’il pouvait contraindre l’Iran à capituler sous les bombardements. Toujours selon le texte, cette logique s’est exprimée dès les premières salves du conflit, marquées par la mort de l’ayatollah Ali Khamenei. Le président américain paraissait alors écarter l’hypothèse que le pouvoir iranien puisse choisir une guerre longue et sanglante.
Or, la République islamique a montré depuis quarante-sept ans sa capacité à s’enfermer dans des confrontations prolongées, y compris lorsque cela semblait aller contre ses propres intérêts. La prise d’otages d’Américains pendant 444 jours entre 1979 et 1981, au prix d’une dégradation de la position internationale du pays, reste un précédent majeur. Le régime a également laissé s’étendre durant des années la guerre Iran-Irak, qui a causé des centaines de milliers de morts. Plus récemment, l’Iran a maintenu son soutien au Hamas après l’attaque du 7 octobre 2023, une attaque qui a ensuite affaibli le mouvement palestinien à Gaza, puis le Hezbollah au Liban, tout en créant les conditions de l’effondrement du pouvoir de Bachar al-Assad en Syrie, régime soutenu par Téhéran.
Dans ce contexte, les dirigeants iraniens affichaient leur confiance dans leur capacité à enliser la première puissance mondiale dans un conflit coûteux et prolongé, même sans pouvoir vaincre militairement les États-Unis.
Les analystes militaires s’accordaient largement sur un point : l’armée américaine pouvait prendre rapidement le contrôle du détroit, ce couloir maritime étroit situé entre l’Iran et Oman par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. En revanche, la sécurisation durable de cette zone aurait exigé une opération à haut risque, extrêmement gourmande en ressources, et susceptible d’engager les États-Unis pour des années.
Associated Press, citant un expert militaire a estimé qu’une telle mission obligerait l’armée américaine à contrôler environ 600 kilomètres de territoire iranien, de l’île de Kish à l’ouest jusqu’à Bandar Abbas à l’est, afin d’empêcher l’Iran de tirer des missiles sur les navires de passage. D’après la même source, cet objectif aurait nécessité trois divisions d’infanterie américaines, soit entre 30 000 et 45 000 soldats. Ancien officier du renseignement des Marines, la source a décrit cette perspective comme une opération indéfinie, comparable, dans sa logique d’enlisement, aux expériences américaines en Afghanistan, au Vietnam ou en Irak.
Le cessez-le-feu de deux semaines comprendrait également, selon AP, la possibilité pour l’Iran et Oman de percevoir des droits sur les navires transitant par Ormuz. L’Iran utiliserait ces recettes pour financer la reconstruction. Mercredi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a indiqué que Donald Trump avait bien envisagé l’idée d’un péage pour les navires franchissant le détroit. Mais, à court terme, a-t-elle précisé, sa priorité reste la réouverture du passage sans aucune limitation, qu’elle prenne la forme d’un péage ou d’un autre mécanisme.
À mesure que l’échéance fixée par Donald Trump approchait sans solution en vue, JD Vance a pris une place croissante dans le dispositif. La Maison Blanche a confirmé qu’il dirigera l’équipe américaine chargée de négocier avec l’Iran en vue d’un règlement permanent. La délégation devrait aussi comprendre l’émissaire spécial Steve Witkoff ainsi que Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Les pourparlers doivent commencer vendredi à Islamabad, capitale du Pakistan.
Karoline Leavitt a souligné que le vice-président avait joué un rôle majeur depuis le début de cette séquence. Selon un responsable d’un des pays médiateurs, Vance a été directement intégré aux discussions alors que l’ultimatum arrivait à son terme sans avancée décisive. Figure favorable à une plus grande retenue dans les interventions militaires américaines à l’étranger, il a depuis affiché une confiance prudente. Il a exhorté l’Iran à venir négocier sérieusement, tout en disant avoir observé à la fois des signes d’ouverture et des signes de bravade. Son jugement, à ce stade, est que les États-Unis se trouvent dans une position favorable.







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