Deuxième round de discussions à Genève : Les fossoyeurs de la paix entretiennent le double jeu

Le château Le Rosey dans le village de Bursins, dans la banlieue de Genève, a abrité les 21 et 22 mars dernier la seconde table ronde sur le Sahara marocain en présence des délégations marocaines, mauritaniennes, du Polisario et algériennes. Cette dernière a été conduite par le vice-premier ministre nouvellement nommée, Ramtane Lamamra.

 

Organisée à l’initiative de l’Envoyé Personnel du Secrétaire Général de l’ONU pour le Sahara marocain, Horst Köhler, cette seconde table ronde a connu une avancée majeure. Celle-ci n’est pas venue des délégations présentes, mais du Bureau des Nations-Unies à Genève. Dans une note publiée le 22 mars dernier, ce dernier a indiqué que Köhler souhaite que cette réunion puisse raffermir la dynamique positive qui avait caractérisé la première table ronde tenue en décembre 2018 à Genève.


Trouver une solution conforme à la résolution 2440

Elle a également indiqué que cette table ronde permettra aux délégations de discuter des éléments nécessaires à une solution, selon la Résolution 2440 du Conseil de Sécurité de l’ONU adoptée en 2018, d’enjeux régionaux et de mesures de confiance et que cette autonomie obéit aux paramètres tracés dans la résolution 2440 du Conseil de Sécurité de l’ONU.​​​

Les mises au point de Nasser Bourita concernant l’autodétermination

Ipso Facto, les options référendaire ou indépendantistes sont écartées du débat. La première journée, quant à elle, a été marquée par l’intervention de Nasser Bourita, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale et chef de la délégation marocaine, qui a longuement développé les paramètres de la solution politique prônée par le Conseil de sécurité. Une solution à la fois « politique, réaliste et pragmatique ». Si les parties présentes à la table ronde ont convenu de se retrouver pour un troisième round, probablement cet été, il semble que les Algériens et les séparatistes n’entendent pas se départir de leur référentiel dogmatique.

Le croque-mort de Manhasset à la tête de la délégation algérienne

Le Maroc, a une fois réitéré sa position officielle, à savoir qu’aucune solution à ce conflit artificielle n’est envisageable, en dehors du projet d’autonomie. Le fait que la délégation algérienne ait été conduite par Ramtane Lamamra est en fait révélateur des intentions d’Alger, à savoir faire durer en longueur ces discussions. L’homme est connu pour avoir torpillé les négociations de Manhasset en 2007 et d’être à l’origine de la démission de l’ancien médiateur onusien, le Néerlandais, Peter Van Walsum. Ramtane Lamara a d’ailleurs été raillé par les millions d’Algériens qui battent le pavé dans le hirak qui secoue le pays. Ces derniers ont mal digéré qu’il s’intéresse plus aux séparatistes qu’aux revendications des Algériens.

Des petites avancées dans un dossier épineux

Si le second round de Genève n’a pas permis de faire plusieurs avancées, il faut noter que pour la première fois, Horst Köhler utilise dans un communiqué le mot « autodétermination ». Köhler a évoqué une « solution politique, acceptable pour les deux parties, réaliste, praticable, durable, basée sur un compromis juste, durable et qui permettra à la population du Sahara de disposer de son autodétermination ». Lors d’un point de presse, Nasser Bourita a indiqué que la question de l’autodétermination est « un principe que le Maroc considère, aussi bien sur le plan juridique que des pratiques internationales en la matière, ou encore de la conviction constante du Royaume, ne signifie en aucun cas l’indépendance ou le référendum ». Il a, par ailleurs, ajouté que le Royaume « n’accepte aucune solution basée sur le référendum ni de solution dont l’une des options serait l’indépendance ».

Quand le Polisario esquive les tirs des journalistes…

Le Chef de la délégation des séparatistes, Khatri Eddouh, a estimé « qu’il ne peut y avoir de solution durable au confit du Sahara occidental sans l’accord du peuple sahraoui », « en toute liberté et sans conditions préalables ». Lors de son point de presse, Khatri Eddouh, a pourtant esquivé et éludé plusieurs questions relatives à la situation dans les camps de Tindouf où sont séquestrés des dizaines de milliers de personnes notamment celle des Droits de l’Homme. Nasser Bourita, loin de fuir certaines questions téléguidées lors de son point de presse, a affirmé au sujet du droit à l’autodétermination, que les séparatistes ont « vendu des illusions, des rêves et l’histoire a démontré que vous avez menti ». Et d’ajouter que « Le débat a offert au Maroc la possibilité de préciser que des personnes malveillantes les ont trahis en prétendant que l’autodétermination passe par un référendum. Elles les ont induits en erreur. (…) Et aucun lors de la rencontre de Genève II n’a présenté une seule preuve que l’autodétermination passe par un référendum ». En dehors de l’autonomie sous souveraineté marocaine, aucune solution n’est envisageable, a tranché le chef de la diplomatie marocaine. Et si le Maroc a réintégré la famille africaine en 2017, cela « ne signifie en aucun cas une prétendue reconnaissance de l’entité fantoche au sein des instances internationales, cela ne passe pas de cette façon ni pour le Maroc ni pour les autres Etats ».

Double jeu sur fond de renforcement de l’axe Alger-Pretoria

Au lendemain de cette table ronde, deux évènements majeurs ont eu lieu. Le premier est le voyage de Brahim Ghali, Chef du Polisario à Pretoria, en Afrique du Sud pour participer aujourd’hui à une conférence de solidarité sur la Sahara occidental organisée par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Le déplacement de Brahim Ghali s’est fait via l’avion présidentielle, de type Gulfstream, qui coûte la rondelette somme de 45 millions d’euros sans les frais courants, alors que des millions d’Algériens peinent à joindre les deux bouts ou à profiter de la manne pétrolière. Cette conférence, organisée quelques jours après la rencontre de Genève, a été marquée par la présence d’une délégation algérienne conduite par le vice-Premier ministre algérien Ramtane Lamamra. Selon un communiqué rendu public le 25 mars, le Département des relations internationales et de la coopération sud-africain a affirmé que «la Conférence de solidarité de la SADC avec le Sahara occidental vise notamment à réaffirmer le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies (ONU) ».

Le second évènement est la Déclaration de Marrakech signée le 25 mars par 36 Etats africains présents à la Conférence ministérielle africaine sur le Sahara, organisée par le Maroc. Ces Etats ont réaffirmé le leadership onusien sur la résolution de la question du Sahara ainsi que le droit de la Troïka africaine, et elle seule, à exprimer la position de l’Union africaine (UA) sur ce conflit. Au regard de qui précède, l’on est forcé de se rendre à l’évidence que le Polisario, l’Algérie ainsi que certains Etats africains, qui ont préféré envoyer deux délégations pour ne déplaire à personne, jouent double jeu. Cela atteste également que l’axe Alger-Pretoria continue d’œuvrer inlassablement contre la souveraineté marocaine. Tout porte à croire que même si le régime change en Algérie, les galonnées de l’armée feront tout en leur pouvoir pour que le statu quo perdure.

Les plus lus

Composition complète du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri

La liste officielle des membres du nouveau gouvernement marocain dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri et les portefeuilles de chaque ministre.

Rita Zniber interdite de quitter le Maroc : les dessous d’une guerre d’héritage

Une plainte pour faux déposée par son beau-fils, des reconnaissances de dettes de 14,4 millions de dirhams et une contre-offensive pour chantage : Jeune Afrique dévoile les contours du nouvel épisode judiciaire qui touche la patronne de Diana Holding. Une affaire dont l’écho reste discret au regard du poids de ses protagonistes.

SAR la Princesse Lalla Meryem mobilise le Maroc pour éradiquer le travail des enfants

Sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, SAR la Princesse Lalla Meryem a lancé, vendredi à Rabat, le Dispositif national d’éradication du travail des enfants. Une nouvelle étape de son engagement pour la protection de l’enfance, avec une prise en charge individuelle jusqu’à la réintégration et un soutien aux familles dès le retrait du travail.

Emploi, formation et inclusion économique : Sekkouri passe le relais à quatre ministres

L’une des particularités du gouvernement El Mansouri tient à l’éclatement du portefeuille de Younes Sekkouri : l’emploi, la formation professionnelle et l’inclusion économique sont désormais répartis entre trois ministères. Cette réorganisation peut se lire comme un retour d’expérience sur cinq années à la tête d’un ensemble au croisement de plusieurs départements, avec les chevauchements de compétences et les difficultés de coordination que cette configuration pouvait entraîner. Vendredi 16 octobre à Rabat, Younes Sekkouri a passé le relais à Abderrahim Chahid, Ryad Mezzour, Nabil Benabdallah et Madiha Khayr.

Implants cochléaires : la profonde gratitude du Panama à SAR la Princesse Lalla Asmaa

Des enfants panaméens atteints de surdité ont été opérés à Rabat pour recevoir des implants cochléaires, des dispositifs électroniques destinés à leur donner accès aux sons. Pour cette prise en charge, la Première Dame du Panama et les familles ont exprimé leur profonde gratitude à SAR la Princesse Lalla Asmaa et à Sa Fondation.

Emploi, formation et inclusion économique : Sekkouri passe le relais à quatre ministres

L’une des particularités du gouvernement El Mansouri tient à l’éclatement du portefeuille de Younes Sekkouri : l’emploi, la formation professionnelle et l’inclusion économique sont désormais répartis entre trois ministères. Cette réorganisation peut se lire comme un retour d’expérience sur cinq années à la tête d’un ensemble au croisement de plusieurs départements, avec les chevauchements de compétences et les difficultés de coordination que cette configuration pouvait entraîner. Vendredi 16 octobre à Rabat, Younes Sekkouri a passé le relais à Abderrahim Chahid, Ryad Mezzour, Nabil Benabdallah et Madiha Khayr.

Abdessamad Kayouh : du commerce international aux responsabilités ministérielles

Né à Oulad Teima, diplômé en commerce international, Abdessamad Kayouh a exercé des mandats locaux et parlementaires avant ses responsabilités ministérielles.

Youns Bjijou : de la médecine universitaire et des fondations sanitaires au ministère de la Santé

Médecin, universitaire et directeur délégué de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, Youns Bjijou est nommé à la Santé et à la Protection sociale.

Najwa Koukouss : du barreau de Casablanca aux dossiers de la Famille et de l’Égalité

Avocate et députée depuis 2021, Najwa Koukouss a travaillé sur l’égalité, la parité et la diplomatie parlementaire. Elle est nommée à la Famille et au Développement social.

Jalal Charaf : un parcours entre entreprises, OCP, CGEM et UM6P avant le Tourisme

Ancien dirigeant de la CGEM et responsable à l’OCP puis à l’UM6P, Jalal Charaf devient ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie solidaire.

Khalid Hatimy : un dirigeant d’entreprise à la tête de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

Formé à la stratégie d’entreprise à Emory, Khalid Hatimy a plus de trente ans d’expérience dans l’industrie, l’agroalimentaire et l’agriculture. Il a été député de 2021 à 2026.

Nabil Benabdallah : de la Communication et de l’Habitat à l’Éducation nationale

Diplômé de l’INALCO, ancien ministre de la Communication et de l’Habitat et ancien ambassadeur à Rome, Nabil Benabdallah prend la tête de l’Éducation nationale.

Ryad Mezzour : de l’ingénierie en Suisse à l’Industrie et à l’Investissement

Diplômé de l’École polytechnique fédérale de Zurich, Ryad Mezzour a travaillé dans l’ingénierie et la direction d’entreprise avant de devenir ministre en octobre 2021.

Related Articles

Focus Thématiques