Espagne : au moins 68 morts dans la collision de deux trains à grande vitesse près de Tolède

Un train à grande vitesse de Renfe, l’opérateur ferroviaire public espagnol, a percuté mercredi matin 28 octobre un train de la compagnie privée Iryo, immobilisé près d’Urda, dans la province de Tolède. Le bilan s’élève à au moins 68 morts. C’est le deuxième accident meurtrier sur le réseau espagnol à grande vitesse en neuf mois, après celui d’Adamuz, qui avait fait 46 morts le 18 janvier, et le plus meurtrier en Espagne depuis la catastrophe d’Angrois, en 2013, qui avait coûté la vie à 80 personnes. L’enquête porte notamment sur les conditions dans lesquelles le train de Renfe a été autorisé à repartir après une panne du système de sécurité.


L’Espagne est frappée par une nouvelle catastrophe ferroviaire. La collision a opposé deux trains à grande vitesse circulant sur le même axe : un AVE de Renfe et un train de la compagnie Iryo.

Renfe est l’entreprise ferroviaire publique espagnole. Elle exploite notamment les AVE ( pour Alta Velocidad Española ) qui constituent son principal service de trains à grande vitesse. Iryo est, de son côté, un opérateur privé qui dessert plusieurs grandes villes espagnoles sur le réseau à grande vitesse, en concurrence avec Renfe.

L’accident s’est produit vers 8h53, au point kilométrique 118, entre Mora y Orgaz et Urda. Le train Renfe 2080, parti de Madrid à destination de Séville, a percuté par l’arrière le train Iryo 6076, qui se trouvait immobilisé sur la même voie.

Le président de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, a porté dans l’après-midi le bilan officiel à 68 morts, dont 24 passagers du train Renfe et 44 du train Iryo. Il a également fait état d’au moins 80 blessés, parmi lesquels 50 graves et 15 très graves.

Carte ferroviaire de lEspagne et lieu de laccident 1
Deux trains sur la même voie

Le train Iryo transportait 146 passagers et un bébé, tandis que le train de Renfe comptait 397 voyageurs, selon les données communiquées par les autorités régionales et reprises par la presse espagnole.

Sous la violence du choc, deux voitures du train Iryo ont déraillé et chuté dans un talus. Quatre voitures du train Renfe sont également sorties des rails. Les opérations de secours et de recherche se sont poursuivies durant toute la journée.

Le gouvernement de Castille-La Manche a élevé son plan régional d’urgence à un niveau permettant de mobiliser des moyens supplémentaires et demandé l’intervention de l’Unité militaire d’urgence, la force de l’armée espagnole spécialisée dans les catastrophes et opérations de secours. Guardia Civil, pompiers, équipes médicales, Protection civile et moyens aériens ont été déployés sur place.

Une panne du système de sécurité avant l’accident

Le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, a livré dans l’après-midi une première chronologie des événements. Vers 8h30, le LZB, un système automatique de signalisation et de contrôle qui transmet en continu aux trains les informations de vitesse et d’espacement, est tombé en panne à la suite d’un problème de communication entre trois ordinateurs du réseau sur un tronçon de 63 kilomètres.

La panne a provoqué l’arrêt automatique de plusieurs trains circulant dans la zone, dont les deux convois impliqués dans l’accident.

À partir de ce moment, la gestion des circulations a été reprise par le centre de contrôle d’Adif, l’organisme public chargé de gérer l’infrastructure ferroviaire espagnole, notamment les voies et les systèmes de signalisation. Vers 8h36, le train Renfe qui se trouvait derrière l’Iryo a reçu l’autorisation de reprendre sa marche « avec normalité ».

Óscar Puente a qualifié cette décision d’« inexplicable » et de « manifestement erronée ». Selon le ministre, le train devait rester immobilisé : la voie devant lui était occupée et un signal rouge interdisait la reprise normale de la marche.

Le train de Renfe a ensuite parcouru environ 25 kilomètres avant de percuter, quelque 17 minutes plus tard, le train Iryo toujours immobilisé devant lui. La vitesse exacte du convoi au moment du choc n’a pas encore été déterminée.

Les premières investigations se concentrent sur les décisions prises après la panne du système de sécurité et sur la chaîne de communication entre le centre de contrôle et les trains. L’enquête devra établir précisément les responsabilités.

La liaison Madrid-Andalousie interrompue

Adif a suspendu la circulation sur la ligne à grande vitesse Madrid-Andalousie dans les deux sens. Plus d’une centaine de trains ont été affectés par l’interruption et aucune heure de reprise n’était annoncée dans l’après-midi.

Le gestionnaire public de l’infrastructure a ouvert des points d’information pour les voyageurs notamment à Madrid-Puerta de Atocha, Séville-Santa Justa, Córdoba-Julio Anguita et Málaga-María Zambrano.

Renfe et Iryo ont activé leurs dispositifs d’assistance aux victimes et à leurs familles. La Guardia Civil a également mobilisé son équipe spécialisée dans les grandes catastrophes pour les opérations d’identification.

Repères · Espagne
Trois catastrophes ferroviaires, trois mécanismes

D’Angrois en 2013 à Urda en octobre 2026 : dates, bilans et circonstances des trois accidents.

24 juillet 2013
Angrois
Près de Saint-Jacques-de-Compostelle · Galice
80
morts

Type d’accident

Déraillement d’un train Alvia dans une courbe à l’approche de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Cause établie

Vitesse excessive dans une courbe limitée à 80 km/h, selon l’enquête ferroviaire.

18 janvier 2026
Adamuz
Province de Cordoue · Andalousie
46
morts

Type d’accident

Un train Iryo déraille ; des voitures empiètent sur la voie opposée et heurtent un train Alvia de Renfe.

Piste principale de l’enquête

Une rupture du rail, selon les conclusions préliminaires des enquêteurs espagnols.

28 octobre 2026
Urda
Province de Tolède · Castille-La Manche
68
mortsAu moins · bilan provisoire

Type d’accident

Collision par l’arrière : un train à grande vitesse de Renfe percute un train Iryo immobilisé sur la même voie.

Enquête en cours

Panne du système de signalisation et autorisation de reprise de circulation examinées.

Deux accidents meurtriers en neuf mois : avec au moins 68 morts, la collision d’Urda dépasse le bilan d’Adamuz (46 morts) et constitue le plus grave accident ferroviaire en Espagne depuis Angrois (80 morts) en 2013.

Sources : RTVE (chronologie) · EFE / Commission d’enquête ferroviaire (Adamuz) · laSexta (Urda, 28/10/2026).

Deuxième catastrophe ferroviaire majeure en 2026

L’accident d’Urda survient neuf mois après la catastrophe d’Adamuz, dans la province de Cordoue. Le 18 janvier 2026, un accident impliquant un train Iryo et un autre train exploité par Renfe sur le corridor Madrid-Andalousie avait fait 46 morts.

Avec au moins 68 victimes, la collision d’Urda figure parmi les accidents ferroviaires les plus meurtriers qu’ait connus l’Espagne au XXIe siècle. En 2013, le déraillement d’un train près de Saint-Jacques-de-Compostelle avait fait 80 morts et 145 blessés.

Sources : RTVE, El País, Europa Press, Adif et Gouvernement de Castille-La Manche.

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