Revolut au Maroc : Bank Al-Maghrib dit NON, ce n’est pas pour demain !

Ils n’ont même pas demandé l’agrément, révèle Abdellatif Jouahri

La néobanque britannique Revolut n’est pas aux portes du marché marocain. Contrairement à l’impression installée ces derniers mois par une forte exposition médiatique, Abdellatif Jouahri a clarifié, mardi 23 juin, que le groupe n’a pas déposé de demande d’agrément auprès de Bank Al-Maghrib. Le Wali de la banque centrale confirme avoir reçu ses dirigeants début juin, mais le message transmis est sans ambiguïté : le calendrier n’est pas favorable.

C’est une mise au point qui change le récit. Depuis plusieurs mois, Revolut est présentée comme l’un des futurs nouveaux entrants les plus attendus du secteur bancaire marocain. Articles, commentaires, projections sur les transferts des MRE, promesse de disruption des frais bancaires, recrutement de profils locaux : l’offensive de visibilité a fini par installer une idée dans une partie de l’opinion économique, celle d’une arrivée presque acquise de la néobanque britannique au Maroc.


Abdellatif Jouahri vient de corriger cette perception.

Lors de son point de presse tenu mardi 23 juin, à l’issue de la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib, le Wali a révélé les détails de ses échanges avec les responsables de Revolut. Il a confirmé les avoir reçus au début du mois de juin, accompagnés d’un représentant marocain « de qualité ». La rencontre a bien eu lieu. L’intérêt de Revolut pour le Maroc est réel. Mais la conclusion tirée par Bank Al-Maghrib est beaucoup plus prudente que le récit qui s’est imposé ces derniers mois.

Selon M. Jouahri, les dirigeants de Revolut ont expliqué leur intérêt par les perspectives de développement du Royaume et par sa position possible comme interface avec l’Afrique. Une lecture classique du marché marocain : stabilité macroéconomique, population jeune, forte diaspora, besoin de services financiers digitaux et potentiel régional.

Mais le Wali leur a opposé une réponse claire. Bank Al-Maghrib n’est pas aujourd’hui en situation de donner une suite favorable aux attentes de Revolut. Jouahri a évoqué plusieurs chantiers lourds mobilisant la banque centrale, notamment des dossiers réglementaires et prudentiels, les relations avec certains partenaires européens, ainsi que des évaluations internationales attendues en fin d’année.

Autrement dit, le sujet Revolut existe, mais il ne figure pas en tête des priorités immédiates de Bank Al-Maghrib.

Le point le plus important de la déclaration tient en une phrase : Revolut n’a pas demandé d’agrément. Jouahri insiste sur ce point. Les responsables de la néobanque ne sont pas venus dire à la banque centrale : « nous voulons un agrément ». Ils ont exprimé un intérêt pour le marché marocain, présenté leur vision et sondé le terrain réglementaire.

Cette précision est majeure. Le Wali de Bank Al-Maghrib décrit, avec subtilité, une démarche exploratoire de Revolut plutôt qu’une procédure formelle. Elle permet aussi de relativiser les informations qui ont pu laisser croire que le dossier Revolut était déjà engagé dans les circuits d’autorisation de la banque centrale marocaine.

Le message de M. Jouahri est double.

D’abord, Revolut n’est pas installée au Maroc. Ensuite, son arrivée n’est pas imminente.

M. Jouahri affirme avoir indiqué aux dirigeants du groupe que la banque centrale devait d’abord résoudre ses propres chantiers avant de revenir à ce type de dossier. Il ajoute ne pas être « maître du temps » ni des délais dans lesquels ces questions pourront être réglées. Selon sa propre relation de l’échange, Revolut aurait compris que le moment n’était pas favorable et accepté de revenir plus tard.

La formule est prudente, mais elle est politiquement forte : « dans quelques années », a résumé Jouahri.

Cette déclaration ne ferme pas définitivement la porte à Revolut. Elle la replace simplement dans le temps long de la régulation bancaire marocaine. Bank Al-Maghrib ne traite pas l’arrivée d’un acteur financier international comme une opération de communication, mais comme un sujet de stabilité, de conformité et d’équilibre de marché.

Le cas Revolut touche en effet à plusieurs sensibilités. La néobanque s’adresse à une clientèle jeune, mobile, connectée, souvent sensible aux frais de transfert, aux paiements internationaux et aux services financiers instantanés. Mais cette clientèle est aussi déjà ciblée par les banques marocaines, les établissements de paiement, les acteurs du transfert d’argent et les applications bancaires locales. Jouahri l’a rappelé : le segment visé par Revolut est un terrain sur lequel les acteurs marocains sont déjà très engagés.

Le signal envoyé par Bank Al-Maghrib est donc clair : l’innovation est bienvenue, mais elle ne peut pas contourner le cadre réglementaire, ni déstabiliser un marché que la banque centrale surveille de près.

L’épisode révèle surtout un décalage entre la puissance de communication d’un acteur global et le temps institutionnel du régulateur marocain. Revolut a réussi à faire parler d’elle au Maroc avant même d’y opérer. Mais la réalité rappelée par Jouahri est beaucoup plus sobre : il y a eu des échanges, pas de dépôt d’agrément ; un intérêt, pas une autorisation ; une perspective, pas une implantation.

Pour Bank Al-Maghrib, le dossier Revolut n’est donc pas une urgence. Pour Revolut, le Maroc reste un marché attractif, mais pas encore ouvert. Et pour le public, la clarification est utile : la néobanque britannique n’est pas déjà au Maroc. Elle est, au mieux, dans une phase d’approche, suspendue au calendrier et aux priorités du régulateur.

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