Une vive crise diplomatique oppose Donald Trump et Giorgia Meloni. Vendredi 19 juin, la Première ministre italienne a accusé le président américain d’être trop « accommodant » envers les ennemis de l’Occident, après que ce dernier l’a accusée de l’avoir « supplié » pour prendre une photo lors du sommet du G7 à Évian-les-Bains en France.
Dans une interview téléphonique accordée à la chaîne italienne La7, Donald Trump a affirmé que Giorgia Meloni « voulait absolument une photo avec moi » et qu’il avait accepté uniquement « par pitié ».
« Elle m’a supplié de prendre une photo avec elle. Elle en voulait une à tout prix. Je ne l’aurais même pas fait, mais j’ai eu pitié d’elle », a déclaré Trump selon les retranscriptions diffusées par La7. Il a ajouté : « Elle est probablement heureuse que je lui aie parlé. Je n’étais pas obligé de lui parler. »
Ces propos, tenus dans le cadre d’une interview téléphonique avec le journaliste Daniele Compatangelo de l’émission L’Aria che Tira, ont immédiatement provoqué une réaction cinglante de la part de la dirigeante italienne.
« Totalement inventés » : la riposte de Meloni
Giorgia Meloni a immédiatement réagi par une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Elle a qualifié les propos de Trump de « totalement inventés » et s’est dite « franchement stupéfaite ». Elle a ajouté que ce n’était « pas la première fois » que le président américain se comportait de cette manière envers des alliés. Meloni a notamment critiqué le manque de « détermination » de Trump face aux « ennemis de l’Occident ».
Elle a conclu par une formule ferme : « Une chose doit être claire : ni moi ni l’Italie ne supplions jamais. »
Donc, certaines choses méritent une réponse immédiate. Les déclarations de Donald Trump sont totalement inventées, je suis franchement stupéfaite. Je ne sais pas pourquoi le Président des États-Unis se comporte ainsi avec ses propres alliés, ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cela arrive. Je peux seulement dire que c’est dommage qu’il n’ait pas la même détermination avec les ennemis de l’Occident, avec les ennemis des États-Unis, avec des dirigeants envers lesquels il se montre au contraire beaucoup plus accommodant. Mais une chose, il doit s’en souvenir : ni moi ni l’Italie ne supplions jamais.
Le ministre italien des affaires étrangères annule sa visite aux États-Unis
L’incident a provoqué une vague de condamnations au sein de la classe politique italienne. Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a annoncé l’annulation de sa visite prévue aux États-Unis les 21 et 22 juin, estimant que les propos de Trump « offensent toute l’Italie ».
« Les graves et offensantes paroles du président Trump à l’égard de la présidente du Conseil Giorgia Meloni offensent toute l’Italie. Pour cette raison, j’ai décidé d’annuler ma visite aux États-Unis prévue pour les 21 et 22 juin. », a-t-il écrit sur X.
Le ministre de la Défense Guido Crosetto a lui aussi vivement réagi, en publiant un message de soutien à la Première ministre. Il a affirmé ne pas pouvoir imaginer Giorgia Meloni « supplier qui que ce soit pour une photo, même sous la contrainte ». Il a salué l’effort qu’elle avait fourni pour mettre de côté les propos précédents de Trump, « au service des intérêts de l’Italie, de l’Europe et de l’Occident ». Crosetto a toutefois regretté que Meloni ne puisse pas répondre à ces nouvelles déclarations « comme elles le méritent ». Il a qualifié les propos de Trump de « dérapage de style » qui, selon lui, « ne fait du bien à personne : ni aux États-Unis, ni à l’Italie, ni à l’alliance ».
Le vice-Premier ministre Matteo Salvini a affirmé que « celui qui attaque Giorgia Meloni nous attaque tous ».
Même l’opposition a réagi. Giuseppe Conte, chef du Mouvement 5 Étoiles, a dénoncé une « humiliation flagrante » de l’Italie, tout en critiquant Meloni pour avoir, selon lui, trop cherché à se rapprocher de Trump et de son mouvement MAGA.
Un conflit qui couvait depuis plusieurs semaines
Cet incident n’est pas isolé. Les relations entre les deux dirigeants se sont dégradées ces dernières semaines. Meloni avait critiqué les attaques verbales de Trump contre le pape Léon XIV, les qualifiant d’« inacceptables ». En retour, Trump avait publiquement reproché à la dirigeante italienne de manquer de courage et de ne pas avoir suffisamment soutenu les efforts américains contre le programme nucléaire iranien.
Malgré ces tensions, Meloni avait tenté de réparer le lien lors du G7 d’Évian (15-17 juin). Elle avait affirmé qu’il n’y avait « pas de récriminations » et que les deux dirigeants, malgré leurs fortes personnalités, comprenaient les points de vue respectifs.
Les propos de Trump vendredi ont donc été perçus à Rome comme une rupture brutale et humiliante.










