À moins de trois mois des élections de mi-mandat, Donald Trump cherche à réduire son exposition aux crises du Moyen-Orient. Mais entre une guerre contre l’Iran qui s’enlise, Benjamin Netanyahu qui rejette son plan pour Gaza, la hausse du prix de l’essence et l’érosion de l’influence américaine dans la région, le président américain peine à imposer son agenda, analyse le New York Times.
Donald Trump voudrait pouvoir déclarer victoire au Moyen-Orient et passer à autre chose. Mais selon une analyse publiée lundi par le New York Times, les deux principaux dossiers régionaux auxquels il est confronté, l’Iran et Gaza, illustrent au contraire les limites de la puissance américaine et les difficultés du président à transformer sa supériorité militaire en résultats politiques.
Sur l’Iran, Trump a expliqué ce week-end vouloir désormais adopter une approche plus discrète, affirmant qu’il comptait « low-keying it » (faire profil bas), autrement dit réduire le niveau apparent d’escalade tout en maintenant la pression sur Téhéran.
Dans un entretien accordé à Axios, il a mis en avant la situation économique de l’Iran, évoquant une inflation massive et un régime selon lui à court d’argent. « Cela va finir par s’arranger. Cela finit toujours par s’arranger. C’est comme une partie d’échecs », a-t-il déclaré.
Mais cette volonté de réduire la tension contraste avec les moyens militaires américains toujours déployés dans la région.
Les États-Unis maintiennent un blocus naval des ports iraniens et une importante concentration de forces, dont deux groupes aéronavals. L’armée américaine affirme également avoir détourné 53 navires commerciaux ces dernières semaines.
Pour Behnam Ben Taleblu, spécialiste de l’Iran à la Foundation for Defense of Democracies cité par le quotidien américain, ces instruments sont tout sauf « discrets » et Téhéran devrait continuer à chercher les moyens de riposter.
Le coût économique devient politique
Le problème pour Donald Trump est également intérieur.
Selon le New York Times, le prix moyen du gallon d’essence dépasse toujours les 4 dollars aux États-Unis, soit plus d’un dollar de plus qu’au début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février.
À mesure que les élections de mi-mandat de novembre approchent, cette inflation énergétique augmente le coût politique de la guerre pour la Maison Blanche. Le journal relève également un mécontentement croissant parmi les électeurs républicains et des divisions au sein du mouvement trumpiste sur l’intervention militaire contre Téhéran.
« Je ne pense pas que le président dispose de très bonnes options », estime Suzanne Maloney, spécialiste de l’Iran à la Brookings Institution. Selon elle, les pressions économiques supportées par l’Iran restent potentiellement plus soutenables que les conséquences de la guerre pour l’économie américaine et les calculs politiques de l’administration Trump.
Netanyahu défie directement Trump
À Gaza, les difficultés du président américain sont encore plus visibles.
Le 30 juillet, Trump avait annoncé ce qu’il présentait comme une « percée historique » : un plan en plusieurs étapes prévoyant notamment le désarmement du Hamas et, à terme, le retrait d’Israël de l’enclave palestinienne.
Quelques jours plus tard, les bombardements israéliens sur Gaza se sont pourtant intensifiés.
Puis, dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a publiquement rejeté le projet américain.
« Je veux être clair : Israël exclut le document en 15 points », a déclaré le dirigeant israélien.
Pour le New York Times, cet épisode constitue l’une des illustrations les plus nettes de la difficulté actuelle de Washington à dicter la conduite de ses alliés au Moyen-Orient.
La situation politique israélienne complique encore l’équation. Netanyahu doit affronter des élections en octobre et une partie de l’opinion israélienne considère les tentatives de Trump pour négocier avec l’Iran comme une forme de trahison. Le Premier ministre israélien aurait donc intérêt politiquement à afficher son indépendance vis-à-vis de Washington.
Washington confronté aux nouvelles dynamiques régionales
Pour Brian Katulis, du Middle East Institute, Trump aurait mal évalué les rapports de force aussi bien en Iran qu’en Israël.
À l’approche des élections américaines, il chercherait désormais « clairement une voie permettant de rétrograder tout cela », estime l’analyste. Mais « la réalité lui revient en pleine figure ».
Le New York Times voit également dans le nouvel accord de défense entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan un autre symptôme de cette évolution : plusieurs puissances régionales chercheraient désormais à multiplier leurs options face aux interrogations entourant la capacité des États-Unis à garantir durablement l’ordre régional.
Pendant ce temps, le risque d’une nouvelle escalade avec l’Iran reste élevé. Les Émirats arabes unis ont annoncé qu’un pétrolier appartenant à une entreprise publique avait été visé dans le détroit d’Ormuz, tandis que les Houthis du Yémen menacent les exportations pétrolières saoudiennes en mer Rouge.
Téhéran exige de son côté la levée des sanctions et du blocus américain ainsi que le paiement de réparations de guerre avant une réouverture complète du détroit d’Ormuz.
Donald Trump a répondu lundi en réclamant, lui aussi, des compensations à l’Iran.
Pour le quotidien américain, cette succession de revendications antagonistes résume le paradoxe de la stratégie actuelle de Trump : le président cherche à réduire son implication dans les crises du Moyen-Orient alors même que les instruments militaires, économiques et diplomatiques qu’il a engagés l’y enferment davantage.


