Les premières tendances du scrutin du 23 septembre dessinent une recomposition spectaculaire. Le PAM apparaît en position de force dans plusieurs circonscriptions majeures, tandis que le PJD retrouve une implantation solide dans les villes. Mais le parti islamiste cherche déjà à transformer cette remontée en victoire politique : avant même la consolidation nationale des résultats, ses dirigeants multiplient les annonces de sièges remportés et tentent d’installer l’idée d’un succès général. Un chantage au récit de la victoire destiné à peser sur la séquence politique qui s’ouvre, avec en ligne de mire le souvenir de 2015. À une différence majeure : le PJD de 2026 n’a plus la puissance institutionnelle de l’époque, ni Mustapha Ramid dans ses rangs. Pendant ce temps, le RNI accumule les revers ou les positions fragile. La conférence de presse de M. Laftit est prévue peu avant 1h du matin.
À mesure que le dépouillement avance, la photographie du scrutin devient plus nette. Elle n’est pas encore celle du résultat national, la majorité des 395 sièges reste à consolider, mais plusieurs mouvements se répètent désormais d’une circonscription à l’autre.
Le PAM confirme son leadership
Le Parti authenticité et modernité demeure la formation la plus régulièrement placée dans les premières remontées.
À Rabat-Océan, Mehdi Bensaid a obtenu un siège provisoire alors que 68 % des suffrages avaient été dépouillés. À Rabat-Chellah, Adib Benbrahim a également décroché un siège dans les résultats provisoires communiqués par la wilaya.
La même dynamique apparaît à Marrakech, où le PAM arrive en tête dans les trois circonscriptions de Menara, Guéliz et Médina selon les remontées disponibles, ainsi qu’à Berkane.
À Rehamna, après 69 % du dépouillement, Azzeddine Midaoui est annoncé en première position pour le PAM, devant Hamid Aakroud de l’USFP et Abdelatif Sandil du RNI.
La géographie de ces résultats compte : le PAM n’est pas seulement performant dans un bastion précis, mais apparaît simultanément compétitif dans plusieurs régions et profils de circonscriptions.
Le PJD tente le chantage à la victoire
La surprise de la soirée est incontestablement le retour électoral du PJD dans plusieurs grandes villes. Mais le parti ne se contente pas de capitaliser sur ses bons résultats : il cherche déjà à imposer son propre récit du scrutin.
Dès 21h35, alors que le dépouillement était encore très largement en cours, Abdelali Hamieddine annonçait des gains du parti à Rabat, Agadir, Fès, Marrakech, Casablanca et Tanger, en s’appuyant sur les premiers résultats et les procès-verbaux reçus par le PJD. À ce moment-là, aucun classement national officiel n’existait encore.
C’est là que commence le chantage politique : transformer des succès locaux réels en récit d’une victoire nationale avant que les chiffres permettant de l’établir soient disponibles. L’objectif apparent est de prendre possession du terrain politique avant l’annonce officielle des résultats, en faisant de toute configuration moins favorable que celle revendiquée par le parti un potentiel sujet de contestation.
Le procédé rappelle la mécanique qui avait accompagné l’ascension du PJD au milieu des années 2010. En 2015, le parti avait dominé plusieurs grands centres urbains, avant de remporter les législatives de 2016. Hamieddine lui-même affirmait alors que le PJD sortirait en tête du scrutin suivant, porté par sa poussée dans les villes.
Mais le PJD de 2026 n’est plus celui de cette époque. Il revient d’un effondrement historique en 2021 et ne dispose plus du même appareil institutionnel. Surtout, il n’a plus dans ses rangs Mustapha Ramid, alors ministre de la Justice et l’un des principaux poids lourds politiques et institutionnels du parti.
À Casablanca, pourtant, le signal électoral est réel : le PJD pointe à Hay Hassani, Al Fida-Mers Sultan, Aïn Chock et Nouaceur. À Safi, Reda Boukmazi est également annoncé en tête dans les dernières remontées disponibles. La remontée existe donc, ce qui reste à démontrer, c’est qu’elle constitue une victoire nationale.
Et c’est précisément sur cette zone grise que le PJD tente, dès cette nuit électorale, de construire son rapport de force.
Ifrane, Safi, Rehamna : le RNI sous pression
Pour le RNI, les nouvelles remontées renforcent une tendance déjà perceptible en début de soirée.
À Ifrane, après dépouillement de 69 % des voix, Mohamed Ouzzine du Mouvement populaire arrive en tête avec 6.111 voix, devant Mohamed Achqiq du PAM avec 4.680 voix. El Hassan El Harouni de l’Istiqlal suit avec 3.875 voix, devant Abderrazak Hachimi du RNI avec 3.576. Les deux sièges iraient ainsi au MP et au PAM : le RNI perdrait son siège dans la circonscription.
À Rehamna, le parti n’arrive que troisième dans les remontées disponibles. À Safi, sa position est également menacée par la poussée du PJD.
À Casablanca, le signal est tout aussi préoccupant pour le parti : à Al Fida-Mers Sultan, il restait derrière le PJD, le PAM et l’UC dans les résultats partiels publiés.
Le RNI conserve évidemment des positions ( il a notamment décroché un siège provisoire à Tata ) et il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur nationale de son recul. Mais, à cette heure, ses difficultés se répètent dans suffisamment de circonscriptions pour constituer l’un des faits politiques de la soirée.
La gauche revient dans le paysage
Un autre phénomène mérite d’être isolé : le retour de plusieurs figures de gauche dans des circonscriptions urbaines très disputées.
À Rabat-Océan, Mahmoud Omar Benjelloun, candidat de l’Alliance de gauche, figure parmi les candidats en position d’obtenir l’un des quatre sièges de la circonscription.
À Casablanca-Anfa, Nabila Mounib est également annoncée comme élue sous les couleurs de l’Alliance de gauche.
Une soirée qui change déjà le rapport de force
À ce stade du dépouillement, quatre tendances se superposent : le PAM apparaît régulièrement aux avant-postes ; le PJD retrouve une implantation urbaine qu’on ne lui avait plus vue depuis des années ; le RNI recule ou se retrouve sous pression dans plusieurs circonscriptions ; et la gauche réussit quelques percées symboliques à Rabat et Casablanca.
L’Istiqlal reste pour sa part très présent dans de nombreuses circonscriptions et rien ne permet encore de déterminer sa place finale par rapport au PJD.
Le résultat national peut donc encore modifier profondément cette photographie. Mais une chose est déjà visible : la carte politique sortie des urnes du 23 septembre ne ressemble plus à celle qui avait porté le RNI en tête en 2021.





