L’Algérie va envoyer des troupes au Niger, cinquante ans après son agression à Amgala au Maroc

Le Parlement algérien a autorisé, dimanche 25 octobre 2026, l’envoi d’unités militaires au Niger. Cinquante ans après l’agression d’Amgala contre le Maroc, Alger prépare un nouvel engagement extérieur pour soutenir Niamey et défendre ses intérêts énergétiques. Cette décision intervient sur fond de rivalités avec les forces de Haftar dans le sud libyen, alors que Rabat vient d’accueillir Khaled Haftar, du 11 au 15 octobre, pour renforcer la coopération militaire avec l’Est libyen.

Les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé la notification du président Abdelmadjid Tebboune autorisant l’envoi de militaires au Niger. Examiné à huis clos, le texte a été adopté à la majorité absolue à l’Assemblée populaire nationale et à l’unanimité au Conseil de la nation, selon l’agence officielle APS. Cette procédure s’inscrit dans le cadre de la révision constitutionnelle de 2020, qui prévoit l’envoi d’unités militaires à l’étranger avec l’aval des deux chambres.

L’histoire des interventions algériennes hors des frontières reste marquée par Amgala. En janvier 1976, une unité de l’armée algérienne était déployée dans cette localité du Sahara marocain, à environ 300 kilomètres de la frontière algérienne. Le 27 janvier, les Forces armées royales avaient lancé l’assaut sur les positions occupées. Après trois jours de combats, l’unité algérienne s’était repliée et les FAR avaient pris le contrôle de la localité. Alger avait annoncé ce retrait le 29 janvier.

Des militaires algériens avaient été faits prisonniers pendant les affrontements. En 1978, 99 soldats capturés à Amgala étaient encore détenus au Maroc, où ils recevaient les visites des délégués du Comité international de la Croix-Rouge.

Au Niger, l’engagement actuel accompagne un rapprochement avec un pouvoir militaire qu’Alger avait initialement condamné. L’Algérie s’était opposée au coup d’État de juillet 2023 ayant porté Abdourahamane Tiani à la tête du pays. Les relations s’étaient encore dégradées en 2025, lorsque Niamey avait rappelé son ambassadeur après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne.

La visite de Tiani à Alger, en février 2026, a marqué le dégel. Quelques mois plus tard, la coopération a pris une dimension militaire visible : le 30 août, le ministère algérien de la Défense annonçait l’envoi de deux patrouilles d’avions de chasse, à la demande des autorités nigériennes, après une mutinerie visant le régime.

Selon Le Monde, les appareils arrivés à Niamey n’avaient pas participé aux combats, terminés la veille avec l’intervention des paramilitaires russes d’Africa Corps. Leur présence constituait un avertissement aux adversaires du pouvoir. La signature d’un protocole de coopération militaire, le 21 octobre, puis le vote parlementaire du 25 octobre prolongent ce soutien.

Reuters situe le futur déploiement à Madama, dans le nord du Niger, près de la frontière libyenne. Cette ancienne base française de l’opération Barkhane offrirait aux unités algériennes un point d’appui sur les voies de circulation entre la Libye et le Niger. Une source sécuritaire nigérienne interrogée par l’agence indiquait dimanche que les troupes destinées à cette mission n’étaient pas encore officiellement arrivées.

Ce qu’a dit la presse internationale

La protection des intérêts énergétiques figure parmi les objectifs annoncés. L’agence de presse turque Anadolu rapporte que le Conseil de la nation l’invoque explicitement, avec l’application de l’accord bilatéral conclu avec Niamey. Al Jazeera et TV5MONDE mettent également en avant la sécurisation des installations pétrolières et énergétiques.

Sonatrach occupe une place centrale dans ces intérêts. Le groupe public algérien a signé en 2022 un contrat de partage de production pour le bloc pétrolier de Kafra, rappelle Reuters. À ce dossier s’ajoutent le projet de Bilma et le gazoduc transsaharien, destiné à acheminer du gaz nigérian vers l’Algérie en traversant le Niger. La sécurité du territoire nigérien conditionne ainsi une partie des ambitions énergétiques d’Alger.

Le Monde souligne cependant que les menaces contre Niamey dépassent les organisations djihadistes. Depuis le sud libyen, des groupes armés opposés au régime nigérien disposent de bases de repli. Le quotidien cite notamment le Front patriotique de libération de Mahmoud Salah, qui se réclame du président nigérien renversé Mohamed Bazoum, et rapporte un soutien de Saddam Haftar à ce mouvement.

Selon la même source, l’Algérie cherche à protéger le pouvoir nigérien tout en contenant l’expansion des forces de Haftar vers la frontière avec le Niger. Une présence à Madama lui permettrait de surveiller les passages empruntés par les groupes armés et les réseaux de trafiquants.

Ces rivalités se déploient sur fond de rapprochement militaire entre Rabat et l’Est libyen. Du 11 au 15 octobre, le Maroc a accueilli Khaled Haftar, frère de Saddam et chef d’état-major des forces commandées par leur père, le maréchal Khalifa Haftar. Reçu par le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des FAR et commandant de la zone Sud, il a poursuivi les échanges engagés à Luanda en juillet autour de la coopération militaire, de la formation et du partage d’expertise. Alors qu’Alger consolide son soutien à Niamey, Rabat approfondit ses relations avec le commandement de Benghazi.

L’AFP replace précisément la décision algérienne dans cette compétition d’influence. L’agence la relie à la sécurisation du futur gazoduc et y voit un signal adressé aux concurrents marocain et émirati. Le Financial Times décrivait déjà, au début d’octobre, une Algérie cherchant à regagner au Sahel une influence disputée par Rabat et Abou Dhabi. Avec l’autorisation d’envoyer des troupes au Niger, Alger donne une traduction militaire supplémentaire à cette ambition.

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