Soudan : l’ONU met en cause les Émirats arabes unis dans l’envoi de mercenaires colombiens

Un rapport confidentiel des Nations unies, révélé jeudi 5 novembre par le New York Times, détaille le rôle d’une société de sécurité émiratie dans le recrutement et le déploiement de mercenaires colombiens au profit des Forces de soutien rapide (FSR), une milice soudanaise accusée de génocide.

Surnommés les « Desert Wolves » (Loups du désert), ces combattants colombiens auraient été recrutés par Global Security Services Group (GSSG), une entreprise basée à Abou Dhabi entretenant des liens étroits avec de hauts responsables et des membres de la famille régnante des Émirats arabes unis.

Selon le rapport transmis au Conseil de sécurité de l’ONU, les mercenaires ont été acheminés vers le Soudan à travers des réseaux logistiques passant notamment par la Libye et la Somalie. Certains auraient préalablement reçu une formation dans des installations militaires situées à Abou Dhabi.

Ces combattants auraient participé aux opérations des FSR, notamment au siège d’El-Fasher, au Darfour, en assurant le pilotage de drones, la formation de combattants et l’appui d’artillerie.

Les conclusions des enquêteurs onusiens renforcent les accusations visant Abou Dhabi, soupçonné depuis plusieurs années de fournir armes, équipements militaires et soutien logistique aux FSR, engagées dans une guerre contre l’armée soudanaise depuis avril 2023.

ENQUÊTE INTERNATIONALE · SOUDAN RAPPORT CONFIDENTIEL · 2026
« Desert Wolves » : ce que révèle le New York Times sur le dossier transmis à l’ONU

Le 5 novembre 2026, le quotidien américain révèle le contenu d’un rapport confidentiel d’enquêteurs de l’ONU, transmis au Conseil de sécurité le 30 octobre, sur l’acheminement de combattants colombiens au profit des Forces de soutien rapide (FSR).

30 OCT.
Transmission du nouveau rapport en 2026
5 NOV.
Révélations du New York Times
GSSG
Société émiratie désignée par les enquêteurs
01 — LES CONCLUSIONS ATTRIBUÉES AU RAPPORT D’OCTOBRE
Recrutement

Les Colombiens auraient été engagés par Global Security Services Group (GSSG), entreprise de sécurité implantée à Abou Dhabi.

Acheminement

Leur transfert vers le Soudan aurait emprunté des territoires en Libye et en Somalie contrôlés par des relais alliés d’Abou Dhabi.

Destination

Les combattants auraient été déployés aux côtés des FSR, groupe paramilitaire accusé d’atrocités et de génocide au Soudan.

02 — GSSG : DES LIENS AVEC L’APPAREIL D’ÉTAT ÉMIRATI

Le New York Times rapporte que la société a été fondée par un haut responsable de la présidence émiratie et entretient des liens politiques, économiques et familiaux étroits avec des personnalités proches de la famille régnante.

Sur son propre site, GSSG se présente comme un prestataire de sécurité privilégié du ministère émirati des Affaires étrangères et de celui des Affaires présidentielles, selon le journal.

03 — LE RÔLE MILITAIRE DES « DESERT WOLVES »

D’après les enquêtes de médias et d’organisations de défense des droits humains également rappelées par le New York Times, les Colombiens ont participé au siège d’El-Fasher, au Darfour, en 2025, en apportant plusieurs formes de soutien aux FSR :

Pilotage de drones Formation de combattants Appui d’artillerie

Ces fonctions opérationnelles sont documentées par plusieurs enquêtes citées par le journal ; elles ne sont pas toutes présentées comme de nouvelles conclusions du rapport du 30 octobre.

04 — UN PREMIER RAPPORT ONUSIEN EN JUILLET 2026

Le journal rappelle qu’un précédent rapport d’experts chargés de surveiller l’embargo sur les armes au Darfour affirmait que les Émirats soutenaient les FSR en leur fournissant des mercenaires. Ce document indiquait que des Colombiens avaient été entraînés dans deux bases militaires à Abou Dhabi avant leur départ pour le Soudan.

Selon le New York Times, la publication de ce rapport a été bloquée au Conseil de sécurité après des objections de Bahreïn. Deux sources citées par le journal affirment que Manama intervenait à la demande des Émirats, accusation rejetée par Abou Dhabi. Bahreïn n’a pas répondu à la demande de commentaire du quotidien.

05 — CE QUE CONTESTENT LES ÉMIRATS

Le gouvernement émirati nie soutenir l’un ou l’autre camp dans la guerre soudanaise et rejette toute tentative d’entrave aux investigations des Nations unies. Il a également affirmé à l’ONU que GSSG n’avait ni envoyé de mercenaires au Soudan ni enfreint le droit émirati.

06 — LES CONSÉQUENCES POUR LANA NUSSEIBEH

Ces révélations interviennent alors que Lana Nusseibeh, ancienne représentante des Émirats à l’ONU et ministre d’État, est candidate au poste de secrétaire générale des Nations unies. Elle a régulièrement défendu la position officielle émiratie sur le Soudan, tandis que Human Rights Watch et d’anciens responsables américains contestent son bilan.

Au New York Times, elle a répondu que mettre fin à la guerre au Soudan serait une priorité et qu’elle agirait contre tout État étranger identifié par les enquêteurs onusiens comme alimentant le conflit. Le journal rapporte qu’un vote exploratoire entre huit candidats la plaçait alors au milieu du classement.

07 — LE CONTEXTE PLUS LARGE RAPPELÉ PAR LE JOURNAL

Le New York Times situe ces constatations dans le cadre des accusations d’envoi d’armes, de drones et d’autres soutiens militaires aux FSR. Il rappelle notamment une précédente enquête de 2024 concernant des drones chinois opérant depuis le Tchad, dans un dispositif présenté comme humanitaire, ainsi que les intérêts stratégiques des Émirats liés à l’or soudanais et à la mer Rouge. Ces éléments de contexte ne doivent pas être confondus avec les conclusions propres au nouveau rapport confidentiel.

DEUX DOSSIERS DISTINCTS

30 octobre 2026 : rapport confidentiel d’enquêteurs de l’ONU, rapporté par le New York Times ; texte intégral non publié dans l’article consulté. 5 septembre 2025 : lettre S/2025/555 envoyée par le gouvernement soudanais, accessible publiquement. Les chiffres de 350 à 380 combattants et 248 vols appartiennent à ce second document et ne sont pas attribués ici au rapport d’octobre 2026.

Source principale : The New York Times, Declan Walsh, 5 novembre 2026. Synthèse éditoriale en français des informations publiées ; les accusations sont présentées comme telles et les démentis émiratis sont mentionnés.
Consulter séparément la lettre officielle soudanaise de 2025

Les autorités émiraties rejettent catégoriquement ces accusations. Elles affirment ne soutenir aucune des parties au conflit et contestent l’implication de GSSG dans l’envoi de mercenaires.

Ces révélations interviennent alors que Lana Nusseibeh, ministre d’État émiratie et ancienne ambassadrice auprès des Nations unies, est candidate au poste de secrétaire générale de l’ONU. Sa gestion diplomatique du dossier soudanais fait désormais l’objet de critiques croissantes.

NATIONS UNIES · CONSEIL DE SÉCURITÉ S/2025/555
Les « Loups du désert » au cœur d’un dossier diplomatique soudanais

Lettre officielle du Soudan au Conseil de sécurité, datée du 5 septembre 2025.

350–380
Mercenaires colombiens présumés
248
Vols allégués entre novembre 2024 et février 2025
59
Pages du dossier documentaire
LE CIRCUIT LOGISTIQUE DÉCRIT
ÉMIRATS→ SOMALIE→ LIBYE→ TCHAD→ SOUDAN

Selon les autorités soudanaises, les entreprises Global Security Services Group (GSSG) et International Services Agency auraient participé au recrutement de combattants colombiens déployés auprès des Forces d’appui rapide.

Source : New York Times, 5 novembre 2026.

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