Marco Rubio songerait à quitter le navire Trump pour lui succéder en 2028

La débâcle républicaine aux élections de mi-mandat pourrait précipiter les premières défections au sommet de l’administration Trump. Selon une enquête publiée jeudi 5 novembre par le quotidien britannique The Independent, le secrétaire d’État américain Marco Rubio envisagerait de quitter ses fonctions pour préparer une candidature à la Maison-Blanche en 2028. Son principal rival serait le vice-président JD Vance, qui a déjà commencé à prendre ses distances avec la guerre contre l’Iran. Mais quelques heures après ces révélations, Rubio a personnellement démenti toute intention de départ, ouvrant un nouvel épisode dans la bataille pour l’héritage politique de Donald Trump.

Washington n’a pas encore achevé de mesurer l’ampleur du revers électoral du 3 novembre que la bataille pour l’après-Trump semble déjà engagée. La perte simultanée de la Chambre des représentants et du Sénat constitue un bouleversement majeur pour un président dont le second mandat devait consacrer l’emprise durable sur le Parti républicain.

Désormais, la question ne porte plus seulement sur la capacité de Donald Trump à gouverner face à un Congrès démocrate. Elle concerne aussi l’avenir de ses principaux collaborateurs, leur fidélité au président et leur volonté de ne pas être entraînés dans son affaiblissement politique.

Au centre de ces interrogations figure Marco Rubio, 55 ans, secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale, devenu l’un des hommes les plus puissants de l’exécutif américain.

Des discussions sur un départ, selon The Independent et Bloomberg

L’enquête de The Independent, repose sur plusieurs sources proches du Parti républicain et du gouvernement britannique. Selon ces interlocuteurs, Marco Rubio réfléchirait depuis plusieurs semaines à une sortie de l’administration, afin de préserver ses chances de remporter l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de novembre 2028.

Le scénario aurait gagné en crédibilité après les défaites enregistrées au Texas et au Kansas, deux États traditionnellement favorables aux républicains.

Un proche de Rubio cité par le quotidien britannique estime que le secrétaire d’État aurait tout intérêt à quitter ses fonctions avant que l’impopularité de Donald Trump ne compromette ses ambitions personnelles.

L’information a été renforcée par une enquête distincte de Bloomberg, publiée le même jour. Selon l’agence américaine, Rubio et ses conseillers examineraient effectivement plusieurs options pour son avenir politique. Le secrétaire d’État aurait même évoqué l’hypothèse de son départ avec des responsables de la Maison-Blanche, qui lui auraient demandé de rester.

Bloomberg précise toutefois qu’aucune décision n’a été prise et qu’aucun calendrier de départ n’a été arrêté.

La guerre contre l’Iran, un héritage devenu encombrant

La guerre contre l’Iran constitue le principal obstacle à une éventuelle candidature de Marco Rubio.

Déclenchée en février 2026 par Washington et Israël, elle a profondément pesé sur les élections de mi-mandat. La hausse des prix des carburants, les tensions sur les marchés énergétiques et l’absence de règlement politique ont nourri le mécontentement d’une partie de l’électorat républicain.

JD Vance a été le premier responsable de l’exécutif à tirer publiquement les conséquences de la défaite.

Dans un message publié mercredi 4 novembre sur X, le vice-président a directement attribué les pertes républicaines à la guerre, remettant ainsi en cause l’une des grandes décisions de politique étrangère du second mandat de Trump.

Vance a également appelé à une réorientation des priorités américaines autour du pouvoir d’achat, des intérêts nationaux et d’une réévaluation de la relation avec Israël, comme le rapporte la Jewish Telegraphic Agency.

Donald Trump, de son côté, a maintenu que l’intervention militaire contre l’Iran était justifiée et qu’il prendrait de nouveau la même décision.

Cette divergence dessine les premiers contours d’une confrontation entre les deux prétendants potentiels à sa succession.

Pour Marco Rubio, la difficulté serait de se dissocier d’une politique étrangère dont il demeure l’un des principaux responsables institutionnels. Plusieurs sources citées par The Independent soulignent d’ailleurs son rôle relativement discret dans la conduite politique de la guerre iranienne.

Un retrait du gouvernement pourrait lui permettre de retrouver une liberté de parole. Mais il l’exposerait également à des accusations d’opportunisme, après avoir défendu les orientations de l’administration.

Rubio face à Vance : deux candidats, deux stratégies

La rivalité entre Marco Rubio et JD Vance ne se limite pas à leurs positions sur l’Iran.

Ancien sénateur de Floride, Rubio dispose d’une longue expérience des affaires étrangères et d’un réseau politique constitué avant son entrée dans l’administration Trump. Il avait déjà tenté d’obtenir l’investiture républicaine en 2016, affrontant alors directement Donald Trump.

Devenu secrétaire d’État en janvier 2025, puis conseiller à la sécurité nationale par intérim quelques mois plus tard, il occupe aujourd’hui une position exceptionnellement influente dans l’appareil diplomatique américain.

Cette proximité avec le président présente cependant une double difficulté : elle constitue son principal atout auprès de l’électorat trumpiste tout en l’associant aux décisions les plus controversées du mandat.

JD Vance bénéficie, pour sa part, de sa qualité de vice-président et de son implantation dans la mouvance MAGA. Il peut prétendre incarner une continuité idéologique avec Trump, tout en cherchant à se démarquer de certaines décisions.

Les enquêtes d’opinion réalisées avant les élections de mi-mandat lui accordaient encore un avantage. La moyenne des sondages compilée par RealClearPolling plaçait Vance autour de 38 % des intentions de vote pour une primaire républicaine, contre 26 % pour Rubio. Une enquête AtlasIntel réalisée du 31 octobre au 1er novembre donnait néanmoins Rubio en tête, à 46 % contre 33 %.

Les deux hommes pourraient ainsi être confrontés à une même équation : conserver la base électorale de Donald Trump sans assumer intégralement son bilan.

La Maison-Blanche dément, Rubio intervient personnellement

Les réactions officielles aux révélations de The Independent et de Bloomberg ont été particulièrement virulentes.

La Maison-Blanche a rejeté les informations faisant état d’un possible départ, tandis que le département d’État, par la voix de Dylan Johnson, responsable des affaires publiques mondiales, a dénoncé des allégations fondées sur des sources anonymes.

Interrogé par le New York Times, Marco Rubio a personnellement contesté les informations annonçant son départ.

Il a assuré que son intention avait toujours été de servir Donald Trump jusqu’au terme de son mandat, en janvier 2029.

Interrogé également sur ses ambitions présidentielles, le secrétaire d’État a déclaré qu’il ne souhaitait plus aborder la question de 2028.

Cette intervention, rapportée par Reuters dans une dépêche publiée le 5 novembre, constitue le premier démenti personnel du principal intéressé après les enquêtes des deux médias.

Elle ne dissipe cependant pas entièrement les interrogations sur son avenir. D’autant que Bloomberg évoque également l’hypothèse d’un départ vers le secteur privé, voire d’une candidature reportée après 2028.

Un départ qui pourrait aussi bouleverser la diplomatie américaine

L’éventuel départ de Marco Rubio dépasserait le cadre des ambitions présidentielles.

Il interviendrait alors que l’administration américaine doit gérer simultanément les conséquences de la guerre iranienne, les négociations sur l’Ukraine, les relations avec la Russie et une politique de pression renforcée sur Cuba et le Venezuela.

Sur plusieurs de ces dossiers, notamment les négociations avec Moscou et les initiatives diplomatiques au Moyen-Orient, Donald Trump a accordé un rôle déterminant à Steve Witkoff et à son gendre Jared Kushner, parfois au détriment des circuits traditionnels du département d’État.

Rubio conserve néanmoins une influence importante sur les dossiers latino-américains, notamment les relations avec les nouvelles autorités vénézuéliennes et la politique américaine à l’égard de Cuba.

Un autre facteur pourrait peser sur le calendrier : la prise de fonctions du nouveau Congrès, en janvier 2027. Un départ anticipé permettrait à Donald Trump de tenter de faire confirmer un successeur avant que les démocrates n’exercent leur nouvelle majorité au Sénat, souligne Bloomberg.

La perte des deux chambres annonce en effet un contrôle parlementaire beaucoup plus rigoureux sur l’action de la Maison-Blanche, avec de possibles enquêtes sur les opérations militaires et les décisions de politique étrangère de l’administration.

Pour l’heure, Marco Rubio reste à son poste et affirme vouloir y demeurer.

Mais la question de sa succession politique, comme celle de Donald Trump, est désormais posée. Les républicains devront déterminer si leur prochain candidat doit incarner la continuité du trumpisme ou s’émanciper d’un président dont le parti vient de subir l’une des plus lourdes défaites électorales.

À Washington, l’échéance de 2028 paraît soudain beaucoup plus proche.

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