Entretien de Vladimir Baïbakov : « L’Occident tente d’évincer la Russie du marché marocain »

Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux, l’ambassadeur de Russie au Maroc, Vladimir Baïbakov, accuse ouvertement certaines puissances occidentales de chercher à évincer Moscou du marché marocain à travers l’outil des sanctions et la pression commerciale. Face à ce qu’il présente comme une tentative de marginalisation, le diplomate met en avant la résilience stratégique du partenariat russo-marocain, saluant au passage la stabilité du Royaume, son rôle sécuritaire régional, sa performance touristique record et son positionnement croissant sur la scène sportive internationale. Un discours qui conjugue dénonciation géo-économique et reconnaissance appuyée du modèle marocain


Dans un entretien accordé à l’agence russe RIA Novosti, en date du 12 février 2026, à l’occasion de la Journée du diplomate, l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Maroc, Vladimir Baïbakov, a évoqué l’état des relations russo-marocaines, l’impact des sanctions occidentales, ainsi que les perspectives de coopération économique, touristique et sportive entre les deux pays.


Selon le diplomate, le volume des échanges commerciaux entre la Russie et le Maroc se maintient autour de 2 milliards de dollars, malgré les restrictions liées aux sanctions occidentales visant Moscou. Il a indiqué que les deux pays s’adaptent aux contraintes, notamment en matière de paiements et de logistique.

Les exportations marocaines vers la Russie portent principalement sur les fruits, les produits de la mer et le poisson. De son côté, la Russie fournit au Maroc des produits agricoles, des engrais, des aliments pour animaux, des produits pharmaceutiques, des équipements électriques et des solutions technologiques.

Vladimir Baïbakov a également affirmé que les sanctions compliquent certains mécanismes de règlement financier. Il a estimé que des pays occidentaux cherchent à réduire la présence économique russe au Maroc.

Les pays occidentaux utilisent les sanctions pour « évincer » la Russie du marché marocain.

Il cite un exemple concret :

  • Les États-Unis inciteraient le Maroc à substituer le charbon russe par du charbon américain.
  • Argument russe : le charbon américain serait plus polluant et en contradiction avec les standards « verts » promus par l’Occident.
Intérêt croissant pour le tourisme

L’ambassadeur souligne la popularité croissante du Maroc auprès des touristes russes et indique qu’il recommanderait de commencer la découverte du Royaume par Marrakech. Il rappelle que le nom même du pays en espagnol, Marruecos, renvoie à cette ville, devenue, selon lui, une véritable « Mecque » du tourisme international. Il fait référence à Winston Churchill, qu’il présente comme un admirateur de la ville, évoquant le tableau « Minaret de la mosquée Al-Koutoubia » peint en 1943 par l’ancien Premier ministre britannique et vendu récemment aux enchères.

Au-delà de Marrakech, il cite également Fès, Tanger, où se rencontrent l’Atlantique et la Méditerranée, Chefchaouen, Rabat, Agadir, Essaouira ainsi que Saïdia. Il rappelle que le Maroc a accueilli environ 20 millions de touristes au cours de l’année écoulée, soit une hausse de 14 % par rapport à 2024, qualifiant ce chiffre d’important pour un pays de 37 millions d’habitants.

Vladimir Baïbakov affirme par ailleurs que le Maroc « se développe de manière stable et réussie sous la direction du roi Mohammed VI ». Il décrit le Royaume comme un pays sûr, soulignant l’attention portée par les autorités au maintien de l’ordre public, à la lutte contre la criminalité et au rôle du Maroc dans la stabilité régionale, notamment dans la zone sahélo-saharienne et dans la lutte internationale contre le terrorisme.

Agrumes et produits agroalimentaires

Interrogé sur les exportations d’agrumes marocains vers la Russie, Vladimir Baïbakov a indiqué que les mandarines marocaines conservent une forte popularité sur le marché russe, notamment durant les fêtes de fin d’année. Il a mentionné la concurrence d’autres pays producteurs comme la Turquie, l’Égypte et l’Abkhazie, tout en affirmant que les volumes en provenance du Maroc continuent de progresser.

Coopération sportive

Concernant le sport, l’ambassadeur a évoqué l’intérêt potentiel d’organiser des rencontres entre équipes russes et marocaines, estimant qu’un tel rapprochement pourrait contribuer au maintien d’une dynamique bilatérale dans ce domaine. Cette ouverture intervient dans un contexte où la Russie demeure en grande partie écartée des compétitions internationales, et traduit une volonté de préserver des canaux de coopération sportive malgré cet isolement.

Le diplomate a par ailleurs salué le statut acquis par le Maroc sur la scène footballistique internationale, rappelant la reconnaissance du Royaume comme « puissance mondiale du football » par le président de la FIFA, Gianni Infantino. Il a également souligné l’organisation récente de compétitions continentales sur le sol marocain ainsi que la préparation du pays à coorganiser la Coupe du monde 2030 aux côtés de l’Espagne et du Portugal.

Enfin, il a mentionné l’ouverture à Rabat d’un complexe olympique de glace présenté comme le plus important du continent africain, indiquant que des perspectives d’échanges pourraient également concerner les disciplines hivernales.

Au fond, cet entretien n’est pas anodin. Il sert clairement plusieurs objectifs. D’abord, banaliser et stabiliser la relation russo-marocaine dans un monde fracturé par les sanctions et les lignes de fracture géopolitiques. Ensuite, envoyer un signal : Rabat n’a pas fermé la porte à Moscou. Le message est limpide : la Russie reste présente, active, et entend le rester sur le marché marocain.

Le ton employé n’est pas neutre. Il épouse largement la sémantique diplomatique du Royaume : stabilité, sécurité, développement sous la conduite de SM le Roi Mohammed VI, rôle régional structurant. Rien n’est laissé au hasard. Moscou parle ici le langage de Rabat. Et surtout, l’ambassadeur évite soigneusement toute référence au Sahara, se gardant d’entrer dans un dossier encadré par un processus onusien en cours ( résolution 2797 ), signe d’une prudence calculée.

Il y a aussi, en filigrane, une mise en scène de résilience. Oui, les sanctions compliquent les paiements. Oui, la concurrence américaine est évoquée frontalement. Mais le récit reste celui d’une adaptation stratégique. Celui d’un partenaire qui ne veut pas disparaître du paysage nord-africain.

Reste que ce discours très appuyé sur la stabilité marocaine, son rôle sécuritaire et son ascension sportive ne passera pas inaperçu dans la région. À Alger, où les équilibres maghrébins sont scrutés à la loupe, cette tonalité assumée ne fera probablement pas que des heureux.

Derrière l’éloge, il y a un message géopolitique. Et derrière la cordialité, une compétition silencieuse.

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