Deux jours après le communiqué du Cabinet royal annonçant le départ de la MINURSO, l’ONU confirme la cessation des opérations de la mission et engage sa liquidation. Son mandat, arrivé à expiration le 31 octobre 2026 faute d’accord au Conseil de sécurité, n’a pas été renouvelé. Une équipe réduite supervisera désormais le retrait des personnels et des équipements, après trente-cinq ans de présence au Sahara. Les Nations unies maintiennent toutefois leurs efforts diplomatiques par l’intermédiaire de Staffan de Mistura.
Le 30 octobre, le Cabinet royal avait indiqué que la non-reconduction du mandat devait entraîner le départ des personnels, véhicules et équipements de la MINURSO. Deux jours plus tard, l’annonce de l’ONU confirme cette conséquence concrète, sans reprendre pour autant toutes les conclusions politiques formulées par Rabat. Dans une déclaration diffusée par son porte-parole Stéphane Dujarric, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a confirmé que le 1er novembre marquait l’ouverture de la période de liquidation de la mission. Cette décision intervient après l’échec, vendredi 30 octobre, de deux projets de résolution concurrents au Conseil de sécurité.
Le coup de maître du Roi Mohammed VI
Moins d’une heure après le vote du 30 octobre, selon le délai indiqué par Nasser Bourita lors de son intervention sur 2M, le Cabinet royal publiait un communiqué qui devançait l’annonce officielle de l’ONU et imposait le tempo politique. Alors que les chancelleries mesuraient encore les conséquences du veto russe et de l’échec du texte concurrent, Rabat choisissait de ne pas subir l’impasse : le Palais annonçait déjà la fin d’une mission présente depuis 1991 et précisait que sa présence dans les provinces du Sud, à travers son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, « devrait cesser dans les prochains jours ». En substance, la MINURSO devenait politiquement persona non grata dans les provinces du Sud, sans qu’une décision formelle d’expulsion ait été annoncée. Le texte allait plus loin, en estimant que la non-reconduction du mandat devrait entraîner le retrait du dossier de l’ordre du jour du Conseil de sécurité et en considérant le processus politique onusien comme suspendu. Le coup de maître tient à cette initiative : transformer l’échec d’une résolution en affirmation d’une nouvelle doctrine marocaine, et annoncer la fin opérationnelle de la MINURSO avant même que l’ONU n’en ouvre officiellement la liquidation, le 1er novembre.
Une équipe réduite pour organiser le retrait
Selon les modalités précisées par l’ONU, une équipe restreinte relevant du Département de l’appui opérationnel sera maintenue pour superviser le retrait ordonné des ressources et des personnels. Elle coordonnera notamment le retour vers leurs pays respectifs des équipements appartenant aux États contributeurs et la gestion du matériel propriété des Nations unies.
António Guterres a demandé à toutes les parties de coopérer pleinement pour permettre l’achèvement de cette opération dans les meilleurs délais. L’Organisation n’a toutefois pas communiqué de date pour la fin complète de la liquidation.
Au moment de l’expiration de son mandat, la mission était installée à Laâyoune et disposait de neuf sites d’observation, dont quatre à l’ouest du mur de défense et cinq à l’est, ainsi que d’un bureau de liaison à Tindouf. Elle réunissait environ 200 civils, observateurs militaires et officiers d’état-major issus de plus de 35 pays. Elle possédait également des moyens spécialisés de lutte contre les mines et les engins explosifs.
Un veto russe, puis un projet russe rejeté
Le mandat de la MINURSO n’a pas été renouvelé à l’issue de la réunion du Conseil de sécurité du 30 octobre. Le compte rendu officiel de la séance détaille les deux votes qui ont conduit à cette situation.
Présenté par les États-Unis sous la cote S/2026/868, le premier projet de résolution a recueilli onze voix favorables, une voix contre et trois abstentions. Le vote négatif de la Russie, membre permanent, a constitué un veto et empêché l’adoption du texte. Le projet américain entendait réorienter le dispositif onusien et les négociations autour de la proposition marocaine d’autonomie sous souveraineté marocaine, en supprimant notamment la référence au référendum dans la dénomination de la mission.
Le projet concurrent présenté par la Russie, S/2026/870, proposait de prolonger le mandat existant jusqu’au 31 octobre 2027. Il n’a obtenu que trois voix favorables, contre une voix négative des États-Unis et onze abstentions. Il a échoué faute d’avoir atteint les neuf voix favorables requises. Il ne s’agit donc pas, dans ce second cas, d’un veto ayant provoqué à lui seul le rejet du texte.
Aucune résolution n’ayant été adoptée avant l’échéance du 31 octobre, la mission s’est retrouvée sans mandat pour poursuivre ses opérations.
L’ONU maintient la médiation de Staffan de Mistura
La fin de la MINURSO ne signifie pas la fin de l’engagement politique des Nations unies. Dans sa déclaration du 1er novembre, António Guterres a réaffirmé la disponibilité de l’Organisation pour favoriser le dialogue et la recherche d’un règlement pacifique, grâce à son Envoyé personnel pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura.
Le Secrétaire général a également souligné que la cessation des opérations de la mission ne supprimait pas le droit inaliénable du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination. Il a appelé les parties à respecter et à promouvoir les droits de la population, tout en réaffirmant l’objectif d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable.
Préoccupé par la situation sécuritaire dans le territoire et le risque d’une intensification des hostilités, António Guterres a exhorté les acteurs concernés à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute initiative susceptible d’accroître les tensions ou de compromettre la stabilité régionale.
Rabat promet un retrait « exemplaire »
Au Maroc, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a assuré, lors d’une intervention sur la chaîne 2M, que le Royaume coopérerait au départ de la mission. Selon les déclarations rapportées par l’agence espagnole EFE, Rabat fournira le temps, les moyens et l’appui logistique nécessaires pour que l’opération de retrait se déroule de manière « exemplaire ».
Le Front Polisario, de son côté, a exprimé son inquiétude face au non-renouvellement de la mission, tout en accueillant favorablement le veto russe au projet américain, dont il contestait les orientations politiques.
Trente-cinq ans de présence au Sahara
Créée par la résolution 690 du Conseil de sécurité, adoptée le 29 avril 1991, la MINURSO devait accompagner un plan de règlement accepté par le Maroc et le Front Polisario, comprenant l’organisation d’un référendum. Cette consultation n’a jamais eu lieu. La mission a continué de remplir les tâches qui lui étaient confiées par le Conseil, notamment en matière d’observation militaire.
Dans son message du 1er novembre, António Guterres a salué le rôle joué par la MINURSO depuis 1991 et remercié ses personnels, ainsi que son représentant spécial, Alexander Ivanko, qui a dirigé la mission dans un contexte particulièrement difficile depuis la reprise des hostilités en 2020. Il a également rendu hommage aux vingt membres de la mission morts au cours de ses trente-cinq années de présence.
La clôture de cette opération de maintien de la paix ouvre désormais une phase administrative et logistique de retrait. Le dossier du Sahara reste, lui, inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques des Nations unies.
Sources : ONU Info, 1er novembre 2026 ; déclaration du porte-parole du Secrétaire général ; Conseil de sécurité, compte rendu du 30 octobre 2026 ; agence EFE.

