Réforme du Conseil de sécurité, paiements internationaux, transformation locale des minerais, énergie, santé et coopération scientifique : la déclaration adoptée le 29 octobre à Moscou répartit ses 101 points en cinq grands chapitres. Le troisième Sommet Russie-Afrique, auquel participait le Maroc, a également adopté un plan d’action pour 2027–2029 et une déclaration sur les applications civiles de l’intelligence artificielle.
Les participants au sommet de Moscou ont adopté trois textes : la déclaration finale en 101 points, le plan d’action du Forum de partenariat Russie-Afrique pour 2027–2029 et une déclaration consacrée à la coopération dans les applications civiles de l’intelligence artificielle. Le Maroc était représenté par la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, au nom de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
La déclaration comprend 24 points sur la coopération politique et juridique, 15 sur la sécurité, 33 sur le commerce et l’économie, 19 sur les sciences, l’éducation, la santé, la culture, le sport, la jeunesse et les médias, et 10 sur l’environnement et le climat.
101 points,
cinq chapitres
La déclaration de Moscou
Répartition des points et principaux engagements
Points 1 à 24
Politique et droit
- Réformer le Conseil de sécurité pour renforcer la représentation africaine. Point 5
- Créer des mécanismes d’évaluation et de compensation des dommages coloniaux. Point 16
- S’opposer aux sanctions unilatérales contraires à la Charte de l’ONU et au gel des avoirs souverains. Points 18–20
Points 25 à 39
Sécurité
- Promouvoir un mécanisme permanent de dialogue, notamment contre le terrorisme. Point 29
- Assurer des approvisionnements alimentaires continus, notamment pour les pays africains. Points 33–34
- Élaborer un cadre mondial pour l’IA civile et faire entrer en vigueur la convention de l’ONU contre la cybercriminalité. Point 39
Points 40 à 72
Commerce et économie
- Diversifier les échanges, favoriser les exportations africaines à valeur ajoutée et fiabiliser les paiements. Points 40 et 44
- Développer la coopération énergétique et la transformation locale économiquement viable des minerais. Points 59–68
- Renforcer la production agricole africaine et les échanges de produits agricoles et d’engrais. Point 69
Points 73 à 91
Sciences, éducation et santé
Culture · Sport · Jeunesse · Médias
- Développer les partenariats universitaires, les échanges étudiants et la coopération satellitaire. Points 73–75
- Former les personnels de santé et renforcer les capacités de réponse aux épidémies. Points 76–77
- Encourager les échanges culturels, sportifs et médiatiques, et restituer le patrimoine pillé pendant la colonisation. Points 79–91
Points 92 à 101
Environnement et climat
- Renforcer l’adaptation climatique, le reboisement et les financements associés. Point 93
- Agir conjointement contre le manque d’eau. Point 97
- Explorer des projets d’aquaculture, de biotechnologies marines et d’économie circulaire. Point 98
ONU, souveraineté et sanctions
Les points 1 à 8 placent la coopération sous les principes d’égalité souveraine des États, de non-ingérence et de respect de la Charte des Nations unies. Le préambule associe le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le point 5 appelle à réformer le Conseil de sécurité pour renforcer la représentation africaine, en tenant compte de la position commune du continent formulée dans le consensus d’Ezulwini et la déclaration de Syrte de 2005.
Les participants entendent coordonner leurs positions sur les sanctions visant les États africains, notamment pour assouplir ou lever les mesures devenues sans objet. Les points 18 à 20 affirment la compétence exclusive du Conseil de sécurité pour imposer des sanctions internationales, s’opposent aux mesures coercitives unilatérales contraires à la Charte de l’ONU et rejettent le blocage ou la saisie d’avoirs souverains.
Justice internationale et réparations liées à la colonisation
Les points 9 à 12 portent sur l’indépendance des juridictions internationales, les immunités des responsables publics et l’entraide judiciaire. Ils prévoient de renforcer les accords relatifs aux affaires civiles et pénales, à l’extradition et au transfèrement des personnes condamnées. Le texte s’oppose à l’utilisation de la justice internationale comme instrument de pression politique.
Le point 16 demande la création de mécanismes juridiques permettant d’évaluer et de compenser les dommages subis par les pays africains pendant la période coloniale. Les points 14 et 15 encouragent le partenariat entre les BRICS et l’Afrique. Les points 22 à 24 développent les échanges entre parlements, partis parlementaires, régions et municipalités, notamment les jumelages et les projets de villes intelligentes.
Conflits, maintien de la paix et lutte contre le terrorisme
Les points 25 à 28 privilégient le dialogue, la négociation et la médiation pour prévenir et régler les conflits. Ils soutiennent les initiatives africaines de paix et l’objectif de l’Union africaine de faire taire les armes d’ici à 2030. La déclaration demande un financement plus prévisible, durable et souple des opérations de paix dirigées par l’Union africaine sous l’égide du Conseil de sécurité, conformément à sa résolution 2719.
Le point 29 propose de promouvoir la création d’un mécanisme permanent de dialogue russo-africain au plus haut niveau, chargé de coordonner la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ainsi que les questions de sécurité alimentaire et informationnelle. Les points 30 et 31 visent également le financement du terrorisme, la criminalité organisée, la corruption, les trafics de drogues et la piraterie. Ils prévoient une coopération contre l’utilisation, par les groupes terroristes, des drones, des plateformes chiffrées et des technologies financières numériques.
Armements, espace, cybersécurité et intelligence artificielle
Les points 35 à 38 réaffirment le soutien aux instruments internationaux de non-prolifération nucléaire et d’interdiction des armes biologiques et chimiques. Ils appellent à élaborer un instrument multilatéral juridiquement contraignant empêchant le placement d’armes dans l’espace et l’emploi de la force contre des objets spatiaux.
Le point 39 défend le rôle central de l’ONU dans la sécurité internationale de l’information. Il appelle aussi à unir les efforts dans les enceintes multilatérales pour élaborer un cadre mondial de régulation des usages civils de l’IA. Il appelle à l’entrée en vigueur de la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité et à l’établissement de ses mécanismes d’application. Il défend aussi une gouvernance interétatique d’Internet, le droit des États de réglementer leurs espaces numériques nationaux et la réduction de la fracture numérique. Le point 48 prévoit de renforcer la coopération dans les technologies numériques et l’IA.
Commerce, paiements et accès aux capitaux
Les points 40 à 42 visent à accroître et diversifier les échanges, à faciliter les exportations africaines de produits à valeur ajoutée, à réduire les obstacles commerciaux et à encourager les investissements directs. Ils soutiennent la Zone de libre-échange continentale africaine par les transferts de technologies et les investissements, en concertation avec les autorités compétentes, et prévoient de mobiliser les instruments de la Banque africaine de développement et de la Banque africaine d’import-export.
Le point 44 porte sur des mécanismes de règlement fiables et résistants aux perturbations, ainsi que sur l’accès des investisseurs et la circulation des titres sur les marchés de capitaux russes et africains. Les points 47 à 51 encouragent les partenariats public-privé, les projets communs des institutions de développement, l’implantation locale de productions et les rencontres d’affaires.
Les points 52 à 54 demandent une réforme du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour accroître la voix et la représentation des pays africains. Ils appellent à élargir les prêts des banques multilatérales de développement et leurs sources de financement, y compris en monnaies nationales, ainsi qu’à réformer l’Organisation mondiale du commerce en préservant le traitement spécifique des pays en développement.
Transformation locale des minerais et infrastructures
Les points 67 et 68 portent sur les matières premières critiques et la transformation des ressources minérales dans les pays producteurs. Ils encouragent les opérations locales de traitement et d’enrichissement économiquement viables, la formation, les transferts de technologies et la participation des entreprises aux chaînes de valeur, pour créer des emplois et accroître les bénéfices des pays producteurs.
Le point 71 prévoit de développer les infrastructures maritimes, fluviales, routières, ferroviaires et aériennes, de moderniser les corridors internationaux et les systèmes logistiques, et d’améliorer la sécurité et la gestion des transports. Le point 72 soutient la coopération dans les métaux précieux et le processus de Kimberley, qui vise à empêcher l’entrée des diamants de conflit dans le commerce des diamants bruts.
Énergie : nucléaire, renouvelables et gaz
Les points 59 à 66 visent l’accès à une énergie abordable et fiable, la protection des infrastructures critiques et des transitions énergétiques adaptées aux priorités nationales. Le texte défend un bouquet diversifié comprenant les combustibles fossiles, l’hydroélectricité, le nucléaire, l’hydrogène et les renouvelables. Il souligne le rôle du gaz naturel dans la sécurité énergétique, le développement industriel et l’accès à des modes de cuisson moins polluants.
Le point 63 prévoit une coopération tenant compte des initiatives africaines, dont Mission 300, qui vise à donner accès à l’électricité à 300 millions de personnes en Afrique d’ici à 2030. Il mentionne l’extension du recours au nucléaire et aux renouvelables. Le point 66 encourage la participation des institutions financières africaines au financement et à la réalisation de projets énergétiques communs avec la Russie.
Approvisionnement alimentaire et production agricole
Les points 33 et 34 placent la sécurité alimentaire et énergétique parmi les objectifs du partenariat. Ils appellent à assurer des approvisionnements ininterrompus en denrées et en produits agricoles, en priorité pour les pays en développement, notamment africains. Le point 69 ajoute le développement de la production agricole durable en Afrique, l’utilisation de technologies avancées et l’augmentation des échanges de produits agricoles et d’engrais minéraux.
Universités, satellites, santé et protection civile
Les points 73 et 74 prévoient des partenariats directs entre universités et organismes scientifiques, des projets de recherche communs, des échanges d’étudiants et des formations professionnelles. Ils encouragent la formation des enseignants et l’intégration de l’IA, des sciences, de l’ingénierie et des mathématiques aux programmes d’enseignement. Le point 75 concerne l’observation de la Terre, les télécommunications satellitaires, la navigation et la coopération dans la conception et l’exploitation d’équipements spatiaux.
Les points 76 et 77 portent sur la formation des personnels de santé, les médicaments, les dispositifs médicaux et la prévention des maladies. Ils prévoient de renforcer les laboratoires, la recherche commune et la préparation aux épidémies, notamment par la fourniture d’outils russes de prévention et de diagnostic et de laboratoires mobiles. Le point 78 concerne les services de secours, les catastrophes naturelles et industrielles et la sécurité incendie.
Patrimoine, sport, tourisme et médias
Les points 79 à 85 encouragent les échanges culturels, les recherches historiques communes et la protection du patrimoine. Le point 84 demande le retour dans leurs pays d’origine des biens culturels et des antiquités emportés lors des pillages coloniaux.
Les points 86 à 91 prévoient des échanges de sportifs, d’entraîneurs et de jeunes professionnels, la promotion du tourisme et le renforcement des relations entre médias. Ils mentionnent l’ouverture réciproque de bureaux de presse, la formation des journalistes, les projets médiatiques communs et le respect de leurs droits professionnels. Le texte défend également le libre accès des sportifs aux compétitions internationales et la dépolitisation du sport.
Climat, eau et économie maritime
Les points 92 à 97 réaffirment le soutien à l’accord de Paris et prévoient des projets communs d’adaptation climatique, de suivi et de réduction des émissions, de reboisement et de financement climatique. Ils reconnaissent le droit de chaque État à choisir ses moyens d’action selon sa situation nationale. La déclaration s’oppose aux mesures protectionnistes qu’elle qualifie de discriminatoires et prises sous couvert de lutte contre le changement climatique. Elle appelle aussi à des efforts communs contre le manque d’eau.
Les points 98 à 100 concernent l’économie maritime : aquaculture, biotechnologies marines, énergies à faibles émissions, économie circulaire, transports et recherche. Ils envisagent des projets financés notamment par le cofinancement, les garanties de crédit et l’assurance. Le point 101 s’oppose aux détentions, saisies ou immobilisations de navires civils conformes aux exigences de sécurité et de protection de l’environnement lorsque ces mesures contreviennent au droit international, notamment à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer.
Un plan de 236 points et un suivi ministériel annuel
Le plan d’action 2027–2029 précise et complète la déclaration générale ainsi que celle sur les usages civils de l’IA. Il comporte 236 points. Sa mise en œuvre est confiée aux ministères, administrations et organismes compétents russes et africains.
Son point 4 prévoit des conférences ministérielles annuelles, organisées en alternance en Russie et dans les États africains entre les sommets. Le point 235 prévoit un examen régulier de l’exécution du plan lors de ces conférences. La coordination revient au secrétariat du Forum de partenariat Russie-Afrique, intégré au département chargé du partenariat avec l’Afrique au sein du ministère russe des Affaires étrangères.
Sources : Kremlin, déclaration du troisième Sommet Russie-Afrique, 29 octobre 2026, points 1 à 101 ; Kremlin, plan d’action 2027–2029, notamment points 4 et 234 à 236 ; Ministère russe des Affaires étrangères, bilan du sommet ; Chefferie du gouvernement, participation marocaine.






