Après les législatives, l’Intérieur ouvre déjà le chantier décisif de 2027

Trois réunions en trois jours. Les 28, 29 et 30 octobre, le ministère de l’Intérieur a successivement reçu les partis représentés au Parlement, les autres formations politiques puis les centrales syndicales. À peine plus d’un mois après des législatives du 23 septembre conduites sous le signe d’un contrôle strict de la loi et d’une redistribution spectaculaire des forces politiques, l’administration électorale marocaine est déjà tournée vers 2027. Le scrutin a tourné la page de cinq années dominées par un bloc gouvernemental construit autour du premier parti de la Chambre et redonné au Parlement une centralité politique qu’il avait progressivement perdue. La personnalité de la nouvelle Cheffe du gouvernement, première femme à occuper cette fonction dans l’histoire du Royaume, mais également l’émergence de nouveaux visages et de responsables plus jeunes venus des territoires, ont contribué à replacer la politique dans les conversations des familles marocaines. C’est avec cet acquis que l’Intérieur prépare désormais un rendez-vous de 2027 décisif pour les chantiers de l’État social et la transformation du Maroc à l’horizon 2030.

À première vue, ce sont trois réunions techniques. Une lecture attentive montre autre chose : le ministère de l’Intérieur vient d’ouvrir méthodiquement le deuxième grand chantier électoral de la nouvelle législature.

Le mercredi 28 octobre, Abdelouafi Laftit reçoit les responsables des partis disposant d’un groupe ou d’un groupement parlementaire. Le lendemain, il élargit la consultation aux autres formations politiques. Le vendredi 30 octobre, ce sont les centrales syndicales représentées à la Chambre des conseillers qui prennent place autour de la table.

Le périmètre est considérable : conseils communaux et d’arrondissement, conseils préfectoraux et provinciaux, conseils régionaux, chambres professionnelles, représentants des salariés et, enfin, Chambre des conseillers. Le communiqué du 28 octobre insiste également sur la préparation des corps électoraux et sur la volonté de reprendre les dispositions de moralisation introduites pour les dernières législatives. Les partis ont jusqu’au 15 novembre pour remettre leurs propositions.

Le lendemain, le ministère confirme la méthode : concertation, propositions des partis, préparation d’une première architecture juridique puis passage par la procédure législative. Le communiqué du 29 octobre rattache explicitement cette démarche aux Hautes Instructions Royales relatives à la préparation des échéances de 2027.

Puis vient le troisième étage, celui des partenaires sociaux. Le 30 octobre, les centrales syndicales sont associées à la préparation des élections des représentants des salariés et de la Chambre des conseillers. Le calendrier commence ici à prendre une consistance particulière : les mandats actuels des représentants des salariés expirent en juin 2027.

Éditorial · La trajectoire institutionnelle

Après les urnes, le temps des territoires

D’un Parlement recomposé à la préparation des prochaines élections : le ministère de l’Intérieur engage déjà le cycle institutionnel de 2027.

20262027
Les législativesLe rendez-vous territorial
23 septembre 2026
Les urnes redistribuent les cartes

Une Chambre des représentants recomposée et une première femme nommée Cheffe du gouvernement.

28, 29 et 30 octobre
L’Intérieur ouvre la concertation

Trois réunions pour préparer le cadre des scrutins de 2027 et reprendre les mesures de moralisation électorale.

28 Partis parlementaires 29 Autres partis 30 Syndicats
Échéances de 2027
Les territoires prennent le relais

Communes, régions, chambres professionnelles, représentants des salariés et Chambre des conseillers.

Ce qui se joue jusqu’en 2030

De la représentation politique à la capacité d’exécuter sur le terrain.

PDTIÉtat socialSantéInfrastructures 2030
CARTE DE LECTURE ÉDITORIALE Repères : législatives 2026 et communiqués de l’Intérieur des 28–30 octobre.
Le précédent du 23 septembre

Cette mobilisation intervient quelques semaines seulement après les élections législatives du 23 septembre 2026. Le scrutin concernait les 395 sièges de la Chambre des représentants.

Pour ce scrutin, le Roi Mohammed VI avait chargé le ministre de l’Intérieur et le président du Ministère public de veiller à son bon déroulement. Une commission centrale de suivi avait été activée, avec des déclinaisons régionales et provinciales associant autorités territoriales et magistrats du parquet. Leur mission : préserver l’intégrité et la crédibilité du processus électoral et suivre son déroulement jusqu’à la proclamation des résultats.

Le Ministère public avait, de son côté, mobilisé les parquets afin de garantir le respect de la loi, la probité, la transparence et la concurrence loyale.

Le jour du vote et à l’annonce des résultats, M. Abdelouafi Laftit avait fait état d’un scrutin déroulé dans des conditions normales sur l’ensemble du territoire, à l’exception de quelques incidents isolés. Les résultats définitifs, établis par les commissions provinciales et régionales de recensement présidées par des magistrats, ont confirmé les résultats provisoires annoncés par le ministère de l’Intérieur.

C’est ce dispositif institutionnel, associant administration territoriale, justice et contrôle électoral, qui constitue désormais le précédent immédiat pour 2027.

Un Parlement sans parti hégémonique

Les urnes du 23 septembre ont produit une Chambre des représentants particulièrement répartie.

Le PAM est arrivé en tête avec 97 sièges, suivi du RNI avec 66, de l’Istiqlal avec 65 et du PJD avec 54. Derrière eux figurent notamment le Mouvement populaire avec 29 élus, l’USFP avec 26 et le PPS avec 19. Aucun parti ne dispose seul d’une majorité, dans une Chambre où plusieurs forces disposent d’un poids parlementaire significatif.

Cette nouvelle configuration a replacé le Parlement au cœur du jeu institutionnel et ouvert une législature où majorité, opposition, alliances et débats parlementaires disposent d’espaces politiques plus distribués.

Elle a surtout conduit à une première dans l’histoire institutionnelle du Royaume.

Le 29 septembre 2026, le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri, dont le parti était arrivé en tête du scrutin, Cheffe du gouvernement et l’a chargée de former le nouvel exécutif, conformément à l’article 47 de la Constitution. Le Maroc accédait ainsi, pour la première fois, à une femme à la tête du gouvernement.

Ce seul événement donne aux législatives de septembre une place particulière dans l’histoire politique marocaine.

Le Parlement est redevenu un sujet de conversation

Pendant cinq ans, la vie parlementaire avait été dominée par un rapport de forces construit autour du principal parti de la majorité gouvernementale.

Le scrutin de septembre a cassé cette mécanique.

Pour la première fois depuis la période de Saad Eddine El Othmani, puis durant le mandat d’Aziz Akhannouch, la composition de la Chambre, les alliances, les rapports entre majorité et opposition et les personnalités appelées à l’animer sont redevenus des sujets de discussion qui dépassent les états-majors des partis.

La politique est revenue dans les familles marocaines.

Ce regain d’intérêt n’est pas apparu par hasard. Dès le 13 janvier 2026, Abdelouafi Laftit avait annoncé une vaste campagne médiatique et de communication, déployée sur l’ensemble des supports, destinée à inciter et sensibiliser le plus grand nombre de citoyens, en particulier les jeunes, à s’inscrire sur les listes électorales. L’objectif affiché était d’augmenter sensiblement le nombre d’inscrits et de renforcer la participation au scrutin, avec la mobilisation de l’administration, mais aussi des partis politiques, des médias et de la société civile.

En mai, le ministère de l’Intérieur allait plus loin en réunissant les responsables des médias publics autour de l’accompagnement des législatives. Il leur était demandé de contribuer à l’inscription des citoyens, notamment des jeunes, de favoriser leur mobilisation pour le vote et de renforcer leur confiance dans le processus électoral. Le ministère insistait alors sur la nécessité de contenus plus professionnels, plus innovants et plus créatifs sur les questions politiques et électorales.

Le soir du scrutin, Laftit a lui-même relevé l’ampleur de cette remobilisation : près de 21.000 initiatives de campagne avaient rassemblé environ 1,5 million de participants, soit des niveaux présentés comme inédits lors des précédentes échéances. Il a également souligné que les programmes et propositions des différentes formations avaient contribué à animer le débat public et à enrichir le pluralisme politique.

Le pari formulé par Laftit de rapprocher davantage les citoyens, et d’abord les jeunes, du processus électoral s’est ainsi prolongé dans une nouvelle configuration parlementaire qui a, elle aussi, ravivé l’attention autour de la vie politique.

2027 ne sera pas une élection locale comme les autres

Les élections de 2027 ne serviront pas seulement à renouveler des conseils locaux, régionaux ou professionnels. Elles détermineront une partie importante de l’architecture institutionnelle appelée à accompagner le Maroc jusqu’à la fin de la décennie.

Car les prochains élus territoriaux arriveront aux responsabilités au moment où le Royaume entre dans la phase la plus intensive de préparation de la Coupe du monde 2030.

Stades, routes, autoroutes, réseaux ferroviaires, mobilité métropolitaine, équipements urbains, aménagement des territoires : la Coupe du monde agit déjà comme accélérateur d’investissements publics. Le programme ferroviaire national à l’horizon 2030 représente à lui seul 134 milliards de dirhams d’investissements, tandis que plusieurs infrastructures directement liées au Mondial sont déjà engagées.

La Fondation Maroc 2030 a précisément été créée pour coordonner ces différents chantiers, en mobilisant administrations, établissements publics, collectivités territoriales, secteur privé et société civile.

Les communes et les régions issues des élections de 2027 ne seront donc pas spectatrices de cette transformation. Elles en seront des acteurs opérationnels.

Le deuxième front : l’État social

Le même raisonnement vaut pour le chantier social.

À ce front social s’ajoute un autre chantier royal majeur directement porté sur le terrain par le département de M. Abdelouafi Laftit : la nouvelle génération des Programmes de développement territorial intégré (PDTI), dont le ministre de l’Intérieur a présenté au Souverain l’architecture de gouvernance, fondée sur les besoins exprimés localement, l’emploi, l’éducation, la santé, l’eau et la mise à niveau des territoires.

La réforme du système de santé, la généralisation de la protection sociale, les aides sociales directes et la territorialisation des politiques publiques entrent dans une phase où l’exécution devient aussi importante que la conception.

Le PLF 2027 donne une nouvelle échelle à l’État social : 45,4 milliards de dirhams pour la santé, 44,2 milliards pour la protection sociale et 25 milliards pour la nouvelle génération des Programmes de développement territorial intégré. Santé, aides directes, emploi, eau, équipements et services publics se jouent désormais au plus près des territoires. Les élus issus de 2027 auront donc entre les mains une part décisive de l’exécution des grands chantiers sociaux et territoriaux du Royaume.

Or ces politiques se matérialisent dans les territoires. Elles nécessitent des communes, des régions et des institutions professionnelles capables de coordonner l’investissement, le foncier, les infrastructures, les services publics et les politiques sociales.

Les élections de septembre ont renouvelé la Chambre des représentants et porté, pour la première fois, une femme à la tête du gouvernement. Celles de 2027 auront une autre responsabilité : donner au Maroc les institutions territoriales, professionnelles et sociales capables d’accompagner l’accélération du Royaume jusqu’en 2030 et après.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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