Pour Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus, le veto russe du 30 octobre 2026 a produit exactement l’inverse de l’objectif poursuivi par Moscou. En bloquant la résolution américaine sur le Sahara, la Russie a provoqué la fin du dispositif onusien qu’elle entendait préserver. Une issue que le dirigeant du groupe de réflexion marocain considère comme une victoire diplomatique majeure pour Rabat et un gain de souveraineté de facto.
« Il se peut que vous détestiez une chose alors qu’elle est un bien pour vous. » C’est par ce verset du Coran que Brahim Fassi Fihri introduit sa longue analyse consacrée aux conséquences du veto russe au Conseil de sécurité des Nations unies.
Sa démonstration repose sur un paradoxe : Moscou a réussi à empêcher l’adoption du projet américain, mais a échoué à maintenir la MINURSO en vie.
Le 30 octobre, le texte présenté par Washington avait recueilli onze voix favorables, trois abstentions et une opposition russe. Le contre-projet déposé par Moscou n’a obtenu, lui, que trois voix favorables, face à onze abstentions et au vote négatif américain. Faute de renouvellement, le mandat de la MINURSO a expiré, ouvrant le 1er novembre le processus de liquidation de la mission.
« La Russie voulait protéger un statu quo, elle a contribué à précipiter la fin du dispositif qui l’incarnait », écrit le président de l’Institut Amadeus.
Ce que Moscou a voulu empêcher
Selon Brahim Fassi Fihri, le projet américain proposait une transformation profonde du cadre onusien, articulée autour de plusieurs avancées majeures pour le Maroc.
La première concernait la disparition de la référence au référendum dans la dénomination de la MINURSO, accompagnée d’une révision de ses effectifs, de son organisation et de son mandat.
La deuxième consistait à consacrer explicitement le plan marocain d’autonomie sous souveraineté nationale comme « la seule base » des négociations, dans le prolongement de la résolution 2797 adoptée en octobre 2025.
Le texte prévoyait également un élargissement des consultations aux différentes composantes de la population sahraouie, y compris les élus des Provinces du Sud, les habitants des camps de Tindouf et la diaspora. Il demandait enfin au HCR de procéder à l’enregistrement des populations des camps dans un délai de six mois.
À l’inverse, le contre-projet russe entendait prolonger la mission d’un an, maintenir les références aux anciennes résolutions et préserver une équivalence entre l’initiative marocaine d’autonomie et les propositions du Polisario.
Pour le président de l’Institut Amadeus, Moscou cherchait ainsi à réinstaller les paramètres d’un processus diplomatique que près de vingt années d’efforts marocains avaient progressivement transformé.
Un avertissement adressé à Moscou
L’analyse prend également la forme d’un avertissement sur la qualité des partenariats stratégiques du Maroc.
Brahim Fassi Fihri considère que le comportement russe doit conduire Rabat à apprécier ses relations internationales à l’aune du respect de ses intérêts fondamentaux.
« La Question nationale n’est la monnaie d’échange de personne », affirme-t-il, en rejetant toute instrumentalisation du Sahara marocain dans les rivalités entre grandes puissances ou dans les relations de Moscou avec Alger.
Il souligne notamment qu’un partenariat stratégique perd de sa substance lorsqu’un partenaire utilise son influence institutionnelle pour contrarier une priorité existentielle de l’autre.
Le président de l’Institut Amadeus salue, en revanche, la fermeté de Washington, dont le vote négatif contre le texte russe confirme, selon lui, la cohérence du partenariat maroco-américain.
L’Algérie face à ses contradictions
Brahim Fassi Fihri consacre aussi une partie de son analyse à la position algérienne.
Il relève qu’Alger a activement combattu le projet américain avant de déplorer la disparition de la MINURSO, conséquence du blocage qu’elle avait encouragé.
Il pointe également le recours par l’Algérie à la résolution 2797 comme référence diplomatique, alors que celle-ci avait refusé de participer à son adoption en octobre 2025.
À ses yeux, ces contradictions confirment la volonté algérienne de maintenir le dossier dans un cadre de négociation inchangé et renforcent sa responsabilité politique dans la perpétuation du différend.
La prochaine bataille diplomatique se jouera à l’ONU
L’un des principaux enseignements de cette tribune concerne les conséquences institutionnelles de la disparition de la MINURSO.
Pour Brahim Fassi Fihri, le retrait de la mission représente « de facto, un gain de souveraineté pour le Maroc ». Il considère même que le désaveu du contre-projet russe pourrait constituer une victoire politique et diplomatique supérieure à l’adoption de la résolution 2797.
Il distingue toutefois deux objectifs : la fin du mandat de la mission et la clôture de l’examen du dossier par le Conseil de sécurité. Cette dernière nécessitera des démarches diplomatiques spécifiques.
La prochaine étape concernera également la Quatrième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, dont Rabat entend obtenir le retrait du dossier du Sahara.
Le président de l’Institut Amadeus estime que le Royaume dispose désormais d’un rapport de forces favorable, soutenu par une majorité internationale croissante et par la transformation économique et institutionnelle des Provinces du Sud.
Il rappelle que cette évolution avait été anticipée par le Maroc, comme l’a expliqué Nasser Bourita lors de son intervention télévisée du 31 octobre, et l’inscrit dans la continuité des orientations fixées par le Roi Mohammed VI.
La conclusion de Brahim Fassi Fihri est sans équivoque : Moscou a bloqué une résolution, mais a perdu la bataille politique pour préserver l’ancien dispositif. Le Maroc, lui, conserve les acquis diplomatiques de ces dernières années et voit s’ouvrir un nouveau champ d’initiative.
« Libéré d’un dispositif onusien devenu une composante du statu quo, le Royaume continuera de construire, de convaincre et d’avancer », conclut-il.

