Sahara marocain : ce que révèle la réunion royale du 4 novembre sur l’après-MINURSO

NOTE D’ANALYSE STRATÉGIQUE

NOTE D’ANALYSE STRATÉGIQUE

Contexte

Cinq jours après la non-reconduction du mandat de la MINURSO par le Conseil de sécurité des Nations unies, le Roi Mohammed VI a présidé, le 4 novembre 2026 au Palais Royal de Rabat, une réunion de travail consacrée à l’organisation de l’après-MINURSO.

Cette réunion intervient après trois événements majeurs qui ont profondément modifié le cadre international de gestion du dossier du Sahara marocain.

Le 30 octobre, le Conseil de sécurité n’était parvenu à adopter aucun des deux projets de résolution qui lui étaient soumis. Le texte américain, soutenu par onze membres du Conseil, avait été bloqué par le veto russe. Le contre-projet présenté par Moscou, proposant la reconduction de la MINURSO jusqu’en octobre 2027, n’avait recueilli que trois voix favorables.

Quelques instants après ces votes, le Cabinet Royal publiait un communiqué tirant les conséquences politiques de la non-reconduction du mandat. Rabat annonçait la fin prochaine de la présence de la mission dans les provinces du Sud, tout en ouvrant la perspective d’une clôture définitive du dossier du Sahara au sein des instances onusiennes.

Le 1er novembre, les Nations unies confirmaient officiellement la cessation des opérations de la MINURSO et engageaient sa liquidation. Cette annonce donnait une traduction opérationnelle au départ de la mission annoncé par le Cabinet Royal. Une équipe réduite était chargée de superviser le retrait du personnel et des équipements de cette mission présente au Sahara depuis 1991.

Le 4 novembre, le Roi Mohammed VI réunissait les principaux responsables concernés pour organiser cette nouvelle étape et fixer les priorités de l’État marocain.

La réunion présidée par le Souverain a rassemblé la Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, le Conseiller royal Fouad Ali El Himma, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit, ainsi que le Général de Corps d’Armée Mohammed Berrid, Inspecteur Général des Forces Armées Royales et Commandant la Zone Sud.

Roi Mohammed Minurso
Rabat, 4 novembre 2026. Sa Majesté le Roi Mohammed VI préside, au Palais Royal de Rabat, une séance de travail consacrée à l’après-MINURSO, en présence de la Cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri, du Conseiller royal Fouad Ali El Himma, du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, et du Général de Corps d’Armée Mohammed Berrid, Inspecteur Général des FAR et Commandant la Zone Sud. La réunion a porté sur les priorités sécuritaires du Royaume, le maintien du cessez-le-feu et l’accompagnement du retrait de la mission onusienne. © Driss Benmalek.

Trois priorités ont été réaffirmées : l’intégrité territoriale, la sécurité nationale et la quiétude des populations des provinces du Sud.

Le Roi a également donné Ses Hautes Instructions pour que le Bureau de coordination avec la Minurso, relevant du ministère de l’Intérieur, assure l’accompagnement de la liquidation et du retrait de la mission, dans un esprit de responsabilité et de coopération avec les Nations unies.

Le communiqué confirme également le maintien de l’engagement marocain au cessez-le-feu, le respect des obligations internationales du Royaume et la poursuite des projets de développement des provinces du Sud.

En cinq jours, trois étapes se sont donc succédé : le 30 octobre, le Maroc annonce les conséquences politiques de la fin du mandat ; le 1er novembre, l’ONU engage la liquidation de la MINURSO ; le 4 novembre, Mohammed VI fixe les responsabilités et les priorités de l’après-MINURSO.

Cette chronologie révèle une méthode fondée sur l’anticipation diplomatique, la maîtrise du calendrier politique et la mobilisation des institutions de l’État pour consolider les acquis de souveraineté du Maroc.

Synthèse stratégique

Les cinq enseignements de la réunion royale du 4 novembre
Le Maroc passe de l’anticipation diplomatique à l’exécution institutionnelle.

Le communiqué du 30 octobre fixait la position politique du Royaume face à la disparition annoncée de la MINURSO. Celui du 4 novembre organise la mise en œuvre de cette orientation. L’État entre dans une phase de coordination administrative, sécuritaire et opérationnelle, sous l’autorité du Souverain.

La gestion de l’après-MINURSO devient une responsabilité transversale de l’État.

La composition de la réunion révèle la primauté accordée aux questions de sécurité, d’administration territoriale et de continuité de l’action publique. La présence du Commandant la Zone Sud, aux côtés de la Cheffe du gouvernement et du ministre de l’Intérieur, souligne l’imbrication des responsabilités civiles et militaires.

Le cessez-le-feu est réaffirmé comme un engagement souverain, indépendant de la présence des observateurs onusiens.

En maintenant son attachement au cessez-le-feu malgré la fin du mandat de la MINURSO, le Maroc dissocie sa politique de stabilité du maintien d’un mécanisme international de surveillance. Cette position renforce la cohérence de sa doctrine sécuritaire, mais ouvre la question des mécanismes de constatation et de traitement des incidents après le retrait des observateurs.

Rabat associe fermeté sur la souveraineté et coopération avec les Nations unies.

La responsabilité confiée au Bureau de coordination avec la Minurso traduit une volonté d’encadrer le retrait plutôt que de provoquer une confrontation avec l’Organisation. Le Royaume distingue ainsi la contestation de l’utilité d’une mission devenue obsolète, selon son appréciation, du respect de ses obligations internationales.

Le développement des provinces du Sud est confirmé comme un pilier de la stratégie de souveraineté.

La continuité des projets structurants figure explicitement parmi les Hautes Instructions royales. Elle inscrit la gestion de l’après-MINURSO dans une politique de long terme, articulant sécurité, intégration territoriale, investissement et stabilité sociale.

Analyse stratégique

Le veto russe du 30 octobre, initialement perçu comme un revers par une partie de l’opinion marocaine, a finalement ouvert une perspective que Rabat avait anticipée. Moscou a bloqué le projet américain, soutenu par onze membres du Conseil de sécurité — États-Unis, France, Royaume-Uni, Danemark, Grèce, Lettonie, Bahreïn, Colombie, République démocratique du Congo, Liberia et Panama — sans parvenir à faire adopter son propre projet de maintien de la MINURSO. Dans un ordre mondial profondément perturbé, cette majorité illustre le travail de longue haleine de la diplomatie royale, fondé sur les alliances stratégiques, l’influence économique et le renforcement des partenariats internationaux. Cette politique de soft power s’accompagne d’une montée en puissance militaire qui renforce les capacités de dissuasion du Royaume et son poids stratégique auprès de ses voisins africains comme européens. Préparé à l’éventualité du veto, le Palais a rapidement repris l’initiative en annonçant les conséquences politiques de la fin du mandat. La méthode royale apparaît ainsi dans sa capacité à anticiper les rapports de force, à transformer une difficulté en opportunité et à convertir un succès diplomatique en décisions concrètes.

La composition de la réunion royale du 4 novembre révèle les priorités de l’après-MINURSO. La présence de la Cheffe du gouvernement, de Fouad Ali El Himma, d’Abdelouafi Laftit et du Général Mohammed Berrid traduit une mobilisation coordonnée des institutions civiles et militaires. L’absence du ministre des Affaires étrangères parmi les participants mentionnés souligne le caractère principalement opérationnel de cette réunion. Le Maroc passe d’une gestion dominée par les négociations internationales à une organisation centrée sur la sécurité, l’administration du territoire et la continuité de l’action publique.

En confiant au Bureau de coordination avec la Minurso, relevant du ministère de l’Intérieur, l’accompagnement de son retrait, le Roi Mohammed VI privilégie une transition ordonnée et concertée avec l’ONU. L’opération concerne notamment le rapatriement des observateurs, le départ des personnels civils et la fermeture des installations. Pour Rabat, la disparition physique de la MINURSO constitue une étape majeure dans la consolidation de sa souveraineté, tandis que la coopération avec les Nations unies préserve la crédibilité internationale du Royaume.

Le communiqué royal réaffirme l’attachement du Maroc au cessez-le-feu, indépendamment de la disparition de la MINURSO, dont il critique l’incapacité à surveiller efficacement les violations. Cette position confirme la volonté du Royaume de maintenir la stabilité tout en préservant sa sécurité nationale. Le principal défi sera désormais de prévenir les incidents et d’en établir les responsabilités sans observateurs onusiens sur le terrain. La maîtrise de cette nouvelle situation constituera un enjeu sécuritaire et diplomatique important.

En ordonnant la poursuite des projets structurants dans les provinces du Sud, Mohammed VI confirme la place du développement économique et social dans la stratégie territoriale du Royaume. Les infrastructures, les investissements, les services publics et les perspectives d’emploi participent à la consolidation de l’intégration de ces territoires. La continuité de ces projets doit également rassurer les populations et les investisseurs sur la stabilité de l’après-MINURSO. Le développement reste ainsi un instrument essentiel de la politique de souveraineté marocaine.

Le communiqué du 4 novembre confirme la volonté du Maroc de préserver ses engagements internationaux tout en défendant la fin d’une mission dont il considère le mandat dépassé. Rabat distingue ainsi la disparition de la MINURSO de la poursuite de ses relations avec les Nations unies. Cette approche permet au Royaume de défendre ses acquis de souveraineté sans compromettre sa coopération internationale. La diplomatie marocaine conserve pour priorité la consolidation des soutiens à l’autonomie et leur traduction en avancées institutionnelles.

La fin du mandat de la MINURSO constitue une avancée importante pour le Maroc, mais elle n’entraîne pas automatiquement le retrait du dossier du Sahara de l’ordre du jour des Nations unies. Le Cabinet Royal a clairement fixé cet objectif dans son communiqué du 30 octobre. De son côté, António Guterres maintient la disponibilité de l’ONU pour poursuivre la médiation politique. Le prochain défi de la diplomatie marocaine consistera à transformer la fin de la mission et les soutiens internationaux à l’autonomie en décisions institutionnelles durables.

Perspectives : les trois défis de l’après-MINURSO

La réunion royale fixe les premières responsabilités. Trois questions détermineront désormais la réussite de cette nouvelle étape.

Le premier défi sera opérationnel : assurer le retrait de la MINURSO sans incident et dans une coopération efficace avec les Nations unies.

Le deuxième sera sécuritaire : maintenir le cessez-le-feu et prévenir toute escalade, malgré la disparition du mécanisme international de surveillance.

Le troisième sera diplomatique : transformer la fin de la mission et les soutiens internationaux à l’autonomie en avancées institutionnelles pour le Maroc.

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