Depuis la crise migratoire de Sebta des 30 et 31 juillet, le Maroc a essuyé une succession d’attaques politiques et médiatiques en Espagne, jusqu’à devenir un argument dans les appels de l’opposition à des élections anticipées. Face à cette surenchère, Rabat a privilégié la retenue et les canaux diplomatiques, avant de dénoncer, dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères du 10 septembre, la volonté de certains milieux espagnols de faire du Royaume le « bouc émissaire » de leurs règlements de comptes politiciens. Un mois plus tard, vendredi 9 octobre, Mohammed VI a donné à cette mise au point toute sa portée politique. Devant le Parlement, le Souverain a rappelé que le partenariat avec le Maroc est « un choix souverain et un engagement volontaire » qui « ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage ». Une clarification royale qui intervient après des semaines de tensions et s’accompagne de l’annonce d’une nouvelle vision stratégique des partenariats du Royaume.
De Sebta aux polémiques politiques espagnoles
Depuis les événements migratoires des 30 et 31 juillet à Sebta, la coopération entre Rabat et Madrid s’est retrouvée au centre d’une vive controverse en Espagne. La gestion de la frontière, la question des rapatriements et les responsabilités respectives des deux États ont alimenté les débats politiques et médiatiques.
Ces tensions se sont également invitées dans la confrontation entre les principales formations politiques espagnoles, sur fond d’appels de l’opposition à des élections anticipées.
Dans cette séquence, la diplomatie marocaine a privilégié les canaux institutionnels. Le ministère des Affaires étrangères, dirigé par Nasser Bourita, a fait connaître la position de Rabat, contestant l’instrumentalisation de la question migratoire et les tentatives de faire porter au Royaume la responsabilité des difficultés politiques espagnoles.
Le Roi Mohammed VI formule publiquement l’avertissement de Rabat
Le discours royal du 9 octobre marque une nouvelle étape dans cette séquence diplomatique.
Devant le Parlement, SM le Roi Mohammed VI a d’abord rappelé les avancées réalisées dans la coopération avec l’Espagne, notamment en matière de lutte contre l’immigration irrégulière.
Le Souverain a ensuite exposé les limites du modèle actuel, pointant des dispositions légales jugées dépassées et des décisions judiciaires qu’il considère éloignées des réalités de terrain. Selon le Roi, ces obstacles compliquent le rapatriement des mineurs et de personnes usurpant le statut de réfugié, tout en favorisant les réseaux criminels.
L’avertissement le plus ferme intervient lorsque Mohammed VI dénonce les déclarations de certains milieux politiques et médiatiques et leur instrumentalisation de la situation :
Face aux déclarations irresponsables de certains milieux politiques et médiatiques et à leur instrumentalisation flagrante de la situation, Nous affirmons que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage.
Cette déclaration inscrit le différend migratoire dans une question plus large : les conditions politiques et diplomatiques dans lesquelles le Maroc entend conduire ses partenariats.
Rabat annonce une nouvelle vision stratégique
Le discours comporte également une annonce destinée aux partenaires du Royaume.
Le Roi Mohammed VI a indiqué que le Maroc leur présenterait un document exposant une vision stratégique renouvelée, fondée sur le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale.
Cette initiative ouvre une nouvelle séquence diplomatique dont les modalités restent à préciser. Elle intervient alors que le Roi a expressément constaté les limites du modèle actuel de coopération migratoire.
Après les prises de position exprimées par la diplomatie marocaine, le discours du 9 octobre fixe ainsi publiquement les principes sur lesquels Rabat entend poursuivre ses relations avec ses partenaires : respect des engagements, réciprocité et souveraineté de décision.
Passages du discours royal
Le Royaume a pu conforter sa position à l’international, en tant que partenaire responsable, fiable, soucieux d’honorer ses engagements et parfaitement fondé, par voie de conséquence, à recevoir le même traitement de la part de ses partenaires.
En outre, l’approche équilibrée que notre pays a adoptée dans la gestion du phénomène migratoire a abouti à des résultats concrets.
Cependant, nous devons reconnaître, avec courage et objectivité qu’en la matière, le modèle actuel de coopération a atteint ses limites, comme en attestent clairement les crises récurrentes.
La même analyse est valable pour notre voisine, l’Espagne, avec laquelle notre partenariat a connu d’importantes avancées dans les différents domaines, y compris dans la lutte contre l’immigration irrégulière.
Néanmoins, cette coopération se heurte aujourd’hui à des défis majeurs, liés à certaines dispositions légales dépassées et à des décisions judiciaires éloignées de la réalité. Malheureusement, un tel attelage entrave le rapatriement des mineurs et des personnes usurpant le statut de réfugié, et aiguise l’appétit des réseaux criminels.
Face aux déclarations irresponsables de certains milieux politiques et médiatiques et à leur instrumentalisation flagrante de la situation, Nous affirmons que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l’objet d’aucune pression ou menace, ni d’aucun chantage.
Dans ce cadre, le Maroc présentera à ses partenaires un document dans lequel sera exposée une vision stratégique, claire et pratique, porteuse d’une orientation nouvelle visant à promouvoir le co-développement, la compétitivité économique et la stabilité régionale.
Dossier spécial Le1 : retrouver la synthèse du discours royal et les sept articles thématiques.
Document de référence : communiqué du ministère des Affaires étrangères du 10 septembre 2026 (MAP/SNRT News).
À lire également : le texte intégral du discours royal du 9 octobre 2026.
Source du discours : MAP, 9 octobre 2026.



