[Médias] Jeune Afrique, prête à payer 80€ pour acquérir un abonné payant

A l’image de la presse mondiale, Jeune Afrique Media Group a subi de plein fouet la crise sanitaire. Si les revenus des éditions papier ont fondu comme neige au soleil, ceux générés par l’événementiel sont partis en fumée. L’année 2020 s’est soldée par 8 millions d’euros de pertes ainsi que par le premier plan de départs de son histoire.

Que se passe-t-il ?

Lesechos.fr a rapporté vendredi que « Jeune Afrique », groupe média panafricain, a levé le voile sur un plan de financement qui nécessitera 8 millions d’euros sur cinq ans. Lequel plan associera capital et dettes, et dont le montage sera bouclé fin 2021.

Jeune Afrique a connu une année difficile en raison de la crise sanitaire qui a réduit considérablement les revenues de la vente des versions papiers, notamment en raison d’un taux d’abonnement « papier » faible.


Dès les premiers mois de la pandémie, « Jeune Afrique » a pris la décision de devenir un quotidien numérique et un mensuel papier. Son support anglophone « Africa Report » a également été doté d’un version numérique quotidienne et a changé de périodicité – de mensuel à trimestriel – et propose un quotidien numérique.

L’arrêt brutal des évènements publics a creusé les pertes du groupe, à 8 millions au total pour 2020. « Jeune Afrique » réalisait un quart de ses revenus de 28 millions d’euros dans l’événementiel avec l’Africa CEO Forum et l’Africa Financial Industry Summit.

Face à cette crise sans précédent, Jeune Afrique Media Group, propriété de la famille franco-tunisienne Ben Yahmed a décidé d’accélérer son virage numérique et de faire appel à un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Une vingtaine de départs sur les 134 salariés que compte le groupe (Jeune Afrique, la lettre Jeune Afrique Business, le trimestriel anglophone Africa Report) ont été programmés. Le premier plan de départs de son histoire.

En quoi est-ce significatif ?

La gestion de la crise par Jeune Afrique Media Group est un cas d’école qui illustre les défis dont font face les médias dit traditionnels en raison de la mutation accélérée de la production et de la consommation de l’information.

Si Jeune Afrique a très vite réagi dès les premières semaines de la crise du Covid-19, le groupe n’avait malheureusement, suffisamment pas remédié à ses faiblesses : l’offre numérique et ses taux d’abonnements.

L’autre élément significatif, Jeune Afrique, à l’image de son confrère Africa Intelligence, s’est vu contraint de passer à une version numérique quotidienne. Une transformation qui constitue un changement de fond dans l’ADN «du temps long» qui les caractérise.

Big Picture

Le chiffre 8 millions d’euros est revenu dans la communication de Jeune Afrique Media Group à deux reprises. Une première fois vers fin 2020 à l’annonce du plan social et la semaine passé à celle du plan de financement.

Si le déficit de 2020 correspond au même montant du plan de financement, il n’en reste pas moins que la stratégie d’Amir Ben Yahmed, directeur général du groupe, d’atteindre les 100.000 abonnés est claire et assumée. Un objectif que le fils du fondateur annonçait pour 2024 en novembre avant de revoir ses calculs en la repoussant à 2025.

80€ est un autre chiffre clé est à analyser. Celui du résultat de la division des 8 millions d’euros de levée de fonds par les 100.000 abonnées. Un chiffre qui correspond donc au montant que le média est prêt à payer – hors intérêts financiers – pour acquérir un abonné.

Par ailleurs, si on tient compte de la valeur de l’abonnement actuel fixé à 79,99 € / an ( hors promotions actuellement à -50% ), Jeune Afrique estimerait que la valeur vie client -customer lifetime value (CLV)- serait égale au coût de l’abonnement annuel. Cela voudrait dire qu’il est difficile de fidéliser les clients africains plus d’une année.

Malgré la complexité de la conjoncture et du secteur, Ben Yahmed fils reste optimiste en envisageant de revenir au même nombre de salariés d’ici deux ans, en étoffant nos équipes dans le digital et la data. « Africa Report » devrait représenter 30 % des abonnés numériques d’ici cinq ans. En 2025, le numérique devrait représenter 85 % des revenus de l’activité presse, contre 15 % aujourd’hui, a-t*il déclaré. Rassurant, il avait affirmé à l’AFP que son group bénéficiait d’un prêt garanti par l’Etat (PGE) et que sa famille a prévu d’investir dans le groupe.

La famille Ben Yahmed, lâcherait-elle du leste en ouvrant le capital de Jeune Afrique dont elle détient 80% ? L’avenir nous le dira.

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