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[Guerre en Iran] – Vincent Hervouët : La guerre est ratée, alors la paix sera pire ?

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Pour Vincent Hervouët, le cessez-le-feu annoncé autour de l’Iran n’a rien d’un véritable apaisement. Derrière l’arrêt provisoire des frappes, l’analyste décrit une guerre sans vainqueur, sans objectif atteint et sans véritable règlement en vue. Son constat est sévère : l’échec militaire pourrait ouvrir la voie à une paix encore plus instable, marquée par le durcissement du régime iranien, la fragilisation des alliés arabes de Washington et un recul plus large de la sécurité internationale.

L’annonce faite par Donald Trump de maintenir l’armée américaine « l’arme au pied » autour de l’Iran ne suffit pas, selon Vincent Hervouët, à dessiner une sortie de crise crédible. À ses yeux, le cessez-le-feu proclamé apparaît d’emblée comme extrêmement précaire, presque « mort-né ».


L’analyste relève que, depuis son annonce, les signes d’apaisement ne se sont pas matérialisés. Bien au contraire. Le Koweït, Bahreïn et l’Arabie saoudite ont été touchés, tandis que le Liban a subi l’un de ses bombardements les plus meurtriers. Plus révélateur encore, souligne-t-il, le détroit d’Ormuz reste quasiment paralysé, avec seulement trois tankers l’ayant franchi, alors même que sa réouverture constituait l’une des raisons centrales du cessez-le-feu.

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Pour Vincent Hervouët, les négociations prévues samedi au Pakistan s’annoncent d’autant plus difficiles qu’elles reposent sur une contradiction majeure : il n’y a, dit-il, ni vaincu ni vainqueur. Le conflit n’aurait donc pas produit les conditions politiques minimales permettant d’imposer une issue claire. D’où cette formule brutale : « On dirait que la guerre n’a pas eu lieu. »

Et pourtant, rappelle-t-il, elle s’est bel et bien déroulée sous les yeux du monde pendant plus d’un mois. Pendant quarante-six ans, explique-t-il, le régime iranien s’est préparé à l’affrontement avec les États-Unis et Israël. De leur côté, les Israéliens jugeaient cette confrontation inévitable, tandis que Washington cherchait avant tout à gagner du temps et à faire plier Téhéran par les sanctions, sans engagement militaire direct.

Dans son récit, un basculement intervient le 28 février, au moment même où des négociations se déroulaient à Genève. Un missile tiré sur Téhéran, présenté comme un coup décisif porté au régime, aurait pu laisser croire à une rupture historique. Mais, selon Hervouët, cette séquence n’a pas débouché sur une guerre au sens classique du terme, seulement sur une campagne de bombardements.

L’analyste rappelle que Donald Trump avait lui-même annoncé une opération de cinq à six semaines. Elle aura duré cinq semaines et demie, et se sera achevée, selon lui, sur un nouveau coup d’éclat permettant au président américain de sortir du conflit en proclamant que la mission était accomplie. Or, insiste-t-il, aucun des objectifs de guerre n’aurait réellement été atteint.

C’est là que se loge le cœur de sa démonstration. Pour Vincent Hervouët, une guerre conduite depuis le ciel, sans engagement terrestre, sans exposition prolongée des troupes et sans volonté d’assumer le coût humain d’un affrontement de longue durée, ne permet pas d’obtenir une victoire réelle. Cette « guerre à l’américaine », coûteuse mais limitée, spectaculaire mais incomplète, produirait davantage une illusion de puissance qu’un résultat stratégique durable.

Dans ces conditions, les négociateurs risquent, selon lui, de « tourner en rond ». Faute de rapport de force décisif, chacun campe sur ses positions, et le processus diplomatique peut s’enliser pendant des mois.

À la question de savoir si une guerre ratée annonce une paix elle aussi vouée à l’échec, Vincent Hervouët répond sans hésiter par l’affirmative. Son raisonnement repose sur l’idée que le rapport de force, loin de s’être stabilisé, est désormais plus dangereux.

À l’intérieur de l’Iran, il anticipe un durcissement du contrôle social. La répression contre les opposants accusés d’espionnage, ainsi que contre les groupes considérés comme traîtres, notamment les Kurdes, devrait selon lui s’intensifier. Pour l’analyste, ce sont eux, avec les Libanais pris dans la tourmente régionale, qui apparaissent comme les véritables perdants de cette guerre.

À l’extérieur, il estime que les Gardiens de la révolution chercheront désormais à consolider leur emprise sur le détroit d’Ormuz. Selon lui, Téhéran entend transformer ce levier stratégique en instrument durable de pression, avec une double conséquence : la capacité d’asphyxier l’économie mondiale et celle de peser directement sur les monarchies voisines, dépendantes de l’exportation de leur pétrole.

Dans cette lecture, les Émirats arabes unis apparaissent particulièrement vulnérables. Jadis protégés par les États-Unis, ils auraient découvert les limites de cette garantie sécuritaire. Même constat pour l’Arabie saoudite : le pacte historique fondé sur l’échange entre pétrole et protection américaine serait, selon Hervouët, profondément ébranlé.

L’analyste va plus loin encore. Il considère que cette crise met aussi en cause l’avenir des bases américaines dans la région, ainsi que le principe même de liberté de navigation. À ses yeux, la bataille autour d’Ormuz fragilise non seulement l’équilibre régional, mais également le droit de la mer.

Enfin, Vincent Hervouët élargit son propos à l’ordre international. L’attitude iranienne, dit-il, pourrait inspirer d’autres puissances révisionnistes. Il cite la Chine, qui pourrait être tentée de renforcer sa pression sur les détroits de Taïwan ou de Malacca, ainsi que la Russie, susceptible de durcir son contrôle sur les accès à l’Arctique. Plus largement, il voit dans cette crise un facteur supplémentaire de discrédit pour les États-Unis, susceptible d’encourager leurs adversaires et de désorienter leurs alliés.

Au terme de son analyse, le tableau dressé est particulièrement sombre. La guerre, selon Vincent Hervouët, n’a pas permis de trancher. Et la paix qui s’annonce n’aurait, pour l’heure, ni la solidité d’un règlement, ni la force d’une dissuasion retrouvée. D’où cette conclusion implicite : lorsqu’aucune victoire ne clarifie l’issue d’un conflit, c’est souvent l’instabilité qui s’installe.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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