MINURSO : Washington dénonce 35 ans d’échec et appelle à « tenter quelque chose de nouveau »

L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a livré un réquisitoire contre la MINURSO devant le Conseil de sécurité. Pour Washington, la mission onusienne, dont le mandat n’a pas été renouvelé, est devenue le symbole d’un dispositif incapable d’atteindre ses objectifs depuis 35 ans. Les États-Unis appellent désormais à privilégier les négociations politiques.

Avec MAP

La position américaine ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Vendredi 30 octobre 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur Mike Waltz a dressé un bilan particulièrement sévère de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).

Le diplomate américain a estimé que cette mission était devenue le « symbole immuable d’un projet voué à l’échec », justifiant ainsi le refus de Washington de poursuivre indéfiniment le renouvellement de son mandat.

Pour l’administration américaine, maintenir pendant des décennies une mission qui n’a pas atteint son objectif initial ne constitue plus une réponse acceptable à la question du Sahara.

Mike Waltz a notamment affirmé que la MINURSO consacrait, selon les informations rapportées par son propre personnel, près de 80 % de son temps à des opérations de réapprovisionnement.

L’ambassadeur a également rappelé qu’en 2002, l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, avait déjà proposé au Conseil de sécurité de mettre fin au mandat de la mission.

Vingt-quatre ans plus tard, Washington considère que la poursuite du statu quo ne peut plus être justifiée.

Les réfugiés de Tindouf au cœur du plaidoyer américain

Le représentant américain a également évoqué la situation humanitaire dans les camps de Tindouf, en Algérie.

Citant des données des Nations unies, il a affirmé que deux tiers des enfants de moins de cinq ans y souffraient d’anémie, qu’un tiers présentait un retard de croissance et que seulement 10 % bénéficiaient d’une alimentation minimale acceptable.

Pour Mike Waltz, la persistance de ces conditions constitue un argument supplémentaire contre le maintien d’une situation sans perspective politique concrète.

Washington veut poursuivre les négociations

L’ambassadeur américain a toutefois insisté sur la nécessité de maintenir les efforts diplomatiques.

Il a rappelé le rôle du président Donald Trump dans la relance des discussions entre les parties, en coordination avec les Nations unies et l’Envoyé personnel du secrétaire général.

Son message final résume la nouvelle approche défendue par Washington : « Nous devons tenter quelque chose de nouveau. »

La non-reconduction du mandat de la MINURSO ne signifie donc pas, pour les États-Unis, la fin des démarches diplomatiques, mais la nécessité de rechercher une issue politique par d’autres moyens.

États-Unis · Conseil de sécurité de l’ONU

La déclaration intégrale de Mike Waltz

Explication de vote sur le projet de résolution américain relatif à la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO)

Mike Waltz Ambassadeur · Représentant des États-Unis auprès des Nations unies · New York 30 octobre 2026
Document officiel · Version prononcée · Traduction française intégrale

Chers collègues, je pense que, pour parler de l’avenir de cette résolution et de cette mission, nous devrions prendre un instant pour rappeler à chacun ce que les Nations unies elles-mêmes disent depuis trente ans au sujet de la question d’un référendum. C’est essentiel pour comprendre la situation.

Dès le milieu des années 1990, le Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali ne s’attendait pas à ce que ce référendum « puisse avoir lieu ».

En 1996, c’est ce Conseil — ce Conseil lui-même — qui a suspendu l’identification des électeurs, parce que les parties ne parvenaient pas à s’entendre sur les personnes habilitées à voter.

En 1997, le Secrétaire général Kofi Annan a averti que le référendum pourrait ne jamais avoir lieu.

En 1999, Annan a ensuite indiqué que la perspective de tenir un référendum s’éloignait au lieu de se rapprocher.

En 2002, Annan et son Envoyé personnel, l’ancien secrétaire d’État James Baker, ont conclu que la mise en œuvre du plan de règlement initial était « très improbable ». Ils ont même présenté à ce Conseil la possibilité de mettre purement et simplement fin à la MINURSO — en conséquence de ce constat.

En 2003, Annan a averti que, même si un référendum était organisé, il était très peu probable que le Conseil de sécurité fasse appliquer ses résultats.

En 2005, Erik Jensen, qui avait dirigé la MINURSO pendant cinq ans, a déclaré : « Le référendum prévu par le plan de règlement du Conseil de sécurité des Nations unies de 1990-1991 n’a pas eu lieu — et n’aura pas lieu. »

Et en 2012, Bernard Miyet, ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix, a conclu qu’il était difficile d’imaginer comment un tel référendum pourrait être organisé, à l’époque ou à l’avenir.

Chers collègues, ce ne sont pas nos paroles. Ce sont des responsables de l’ONU qui nous exposent cette réalité depuis trente ans.

Et nous voici en 2026. Malheureusement — très malheureusement, et contrairement à la volonté des États-Unis — certains membres de ce Conseil ont utilisé leur veto pour préserver la lettre « R », celle du référendum, dans le nom d’une mission alors même que les Nations unies ne préparent plus ce scrutin depuis des décennies.

Bien entendu, les États-Unis soutiennent le principe de l’autodétermination. Il existe de nombreuses manières de réaliser et d’exprimer la volonté d’un peuple donné.

Les États-Unis ont présenté un projet de résolution soutenu par onze membres de ce Conseil, qui aurait permis de franchir des étapes historiques, de faire enfin avancer ce conflit figé depuis cinquante ans vers sa conclusion et d’obtenir des résultats concrets.

Nous avons proposé une voie permettant de mettre enfin un terme au coût humain bien réel et dévastateur de ce conflit — un coût humain qui constituait précisément la raison d’être de la résolution ayant fait l’objet d’un veto aujourd’hui.

En 2006, l’Envoyé personnel du Secrétaire général avait averti que la prolongation de l’impasse pourrait condamner une nouvelle génération de Sahraouis du Sahara occidental à grandir dans les camps de réfugiés de Tindouf.

C’était il y a vingt ans, chers collègues. Aujourd’hui, cette génération a grandi, et nous affirmons qu’il ne faut pas condamner les générations futures à passer encore des décennies dans des camps de réfugiés. Ce conflit peut être résolu.

Et selon les derniers rapports des Nations unies, pour bien comprendre la situation dans ces camps, près des deux tiers — deux tiers — des enfants de moins de cinq ans souffrent d’anémie. Un tiers présente un retard de croissance. Un enfant sur dix — un seul sur dix, soit 10 % — reçoit le minimum d’une alimentation acceptable. Les 90 % restants ne le reçoivent pas.

Alors réfléchissons-y encore un instant. Cinquante ans de déplacement forcé : une vie entière, et même davantage. Leurs enfants naissent réfugiés, grandissent réfugiés et, désormais, élèvent à leur tour des enfants en tant que réfugiés.

Nous ne soutiendrons pas un statu quo qui les condamne tous à cinq décennies supplémentaires.

La résolution historique 2797 adoptée l’an dernier a enfin établi la proposition d’autonomie du Maroc comme base des négociations — comme base — et demandé un examen stratégique du futur mandat de la MINURSO.

Nous avons tenu trois cycles de pourparlers à très haut niveau, avec les deux parties et les observateurs autour de la table — des discussions sérieuses sur la manière de garantir une véritable autonomie de gouvernement, une représentation politique, la sécurité et un règlement durable.

Nous avons poursuivi les discussions sur la transition, le partage des ressources, les protections constitutionnelles, les garanties internationales, la démobilisation et la transition. Et cette résolution aurait permis de franchir les prochaines étapes sur la voie de la liberté et de la paix.

Mais il nous fallait faire certaines choses autrement. Malheureusement, aujourd’hui, nous faisons face à un statu quo inacceptable, que le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés lui-même a qualifié d’« intenable, insoutenable et véritablement, profondément inhumain ». Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés qualifie ce statu quo d’« inhumain ».

Nous ne donnerons pas notre voix à la poursuite des pratiques habituelles face à de telles conditions. Nous ne la donnerons pas non plus à une mission dont le nom même perpétue quelque chose qui ne peut pas être réalisé.

Cela étant, nous sommes bien entendu prêts à travailler avec le Secrétaire général. Puisque ce vote entraînera un retrait progressif, nous devons veiller à ce qu’il se déroule de façon ordonnée et stable, protège le personnel des Nations unies et réponde aux besoins légitimes de sécurité et aux besoins humanitaires. Nous continuerons à travailler avec mon coprésident, l’Envoyé personnel Staffan de Mistura, et avec chacune des parties concernées, afin de trouver un moyen de négocier une paix durable.

Je vous remercie, Madame la Présidente.

Fin de la déclaration

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