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Gaz naturel : reprise des livraisons vers le Maroc après plusieurs jours d’arrêt

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Le flux de gaz vers le Maroc a repris le 11 avril 2026, après plusieurs jours d’interruption totale au début du mois, marquant une accalmie relative dans une séquence de fortes tensions sur l’approvisionnement énergétique du Royaume. Cette reprise, observée après une série de perturbations entamées dans la seconde moitié de mars, ne dissipe pas pour autant les fragilités structurelles d’un système largement dépendant des importations et exposé aux aléas des marchés internationaux.

Selon les données de suivi relayées par la presse spécialisée, le Maroc n’avait reçu aucune quantité de gaz durant toute la première semaine d’avril, après un mois de mars déjà marqué par une dégradation rapide et continue des flux. Les volumes ont finalement repris samedi 11 avril, à hauteur de 12,27 millions de mètres cubes, un niveau qui traduit un redémarrage des livraisons mais reste inférieur aux rythmes habituels observés avant la crise récente.


Une reprise après plusieurs semaines de dégradation

L’épisode actuel ne correspond pas à une rupture soudaine et isolée, mais à une détérioration progressive des approvisionnements depuis la seconde moitié de mars. Les données disponibles montrent que les importations de gaz du Maroc ont connu plusieurs interruptions successives, avant de chuter à des niveaux très inférieurs aux standards habituels.

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Au cours de la troisième semaine de mars, les flux ont ainsi été interrompus pendant quatre jours consécutifs. Les livraisons ont ensuite repris de manière partielle, mais à un niveau inférieur à 20 % de leur rythme normal, avant de retomber de nouveau à moins du quart des volumes généralement observés. Un nouvel arrêt est intervenu le 27 mars, suivi d’une reprise très limitée le lendemain, puis d’une interruption complète à la fin du mois et pendant les premiers jours d’avril.

Cette évolution se reflète dans les chiffres agrégés du mois de mars. Durant les deux dernières semaines du mois, les flux moyens se sont établis à 7,2 gigawattheures par jour, contre 25 gigawattheures par jour durant la première moitié de mars, soit une contraction de 71,2 %. Ce décrochage met en évidence l’ampleur des tensions qui ont affecté la chaîne d’approvisionnement gazière du Royaume.

La vulnérabilité marocaine tient en grande partie à l’architecture même de son approvisionnement en gaz naturel. Le Royaume dépend principalement d’un schéma fondé sur l’importation de gaz naturel liquéfié acheminé vers l’Espagne, où il est regazéifié avant d’être transféré vers le Maroc via le gazoduc Maghreb-Europe.

Ce montage permet au pays de sécuriser une partie de ses besoins en gaz malgré l’arrêt du flux algérien direct via ce même gazoduc, mais il l’expose fortement aux contraintes du marché international du GNL, aux tensions logistiques, aux arbitrages commerciaux des fournisseurs et aux conditions opérationnelles des infrastructures espagnoles.

Les données relayées ces derniers jours montrent que cette dépendance à un circuit de réexportation unique rend le Maroc particulièrement sensible à toute perturbation, qu’elle soit d’ordre technique, logistique ou tarifaire. Le moindre choc sur les prix ou sur la disponibilité des cargaisons se répercute ainsi rapidement sur les volumes effectivement injectés dans le réseau.

Les informations disponibles ne permettent pas, à ce stade, de trancher de manière définitive sur la cause précise de la chute des flux. Deux hypothèses principales sont avancées par des observateurs du secteur : 1) soit des difficultés à sécuriser des cargaisons de gaz naturel liquéfié destinées à être regazéifiées en Espagne; 2) soit un choix de temporisation face à la flambée des prix sur le marché spot.

Dans les deux cas, le facteur prix apparaît central. Le contexte international reste marqué par une forte volatilité des cours du gaz, aggravée par les tensions géopolitiques et les perturbations sur les chaînes énergétiques mondiales. La guerre en Iran a contribué à renforcer l’incertitude sur les marchés et à renchérir les coûts d’approvisionnement pour les pays les plus dépendants des importations ponctuelles.

Pour un pays comme le Maroc, qui ne dispose pas encore d’une production nationale suffisante ni d’une large diversification immédiate de ses routes d’approvisionnement, cette situation alourdit mécaniquement le coût de sécurisation du gaz.

Tahaddart et Aïn Beni Mathar au cœur de l’équation

L’enjeu n’est pas marginal. Le gaz naturel joue un rôle important dans l’alimentation de plusieurs infrastructures électriques du Royaume, notamment les centrales de Tahaddart et d’Aïn Beni Mathar. Les variations de flux sont donc suivies de près, car elles touchent directement une composante essentielle du mix électrique national.

Pour autant, malgré la sévérité de la baisse des approvisionnements en gaz, aucune perturbation majeure de l’alimentation électrique n’a été signalée. Le système électrique marocain n’a pas enregistré de délestage ni de coupure notable imputable à cette séquence. Cette résilience s’explique d’abord par la capacité du Royaume à mobiliser d’autres sources de production pour compenser, au moins temporairement, le recul du gaz.

Le charbon redevient la variable d’ajustement

Face à la contraction des flux gaziers, le Maroc a renforcé son recours au charbon, qui reste à court terme l’option la plus disponible et la moins coûteuse pour soutenir la production électrique. Les estimations relayées indiquent une hausse des importations de charbon, notamment en provenance de Russie, afin de combler le déficit lié au recul des livraisons de gaz.

Dans le même temps, la production électrique issue du charbon aurait progressé d’environ 5 %, contre une hausse plus limitée, de l’ordre de 2 %, pour la production à base de pétrole. Cette évolution confirme le rôle du charbon comme source d’appoint dans les périodes de tension sur le gaz.

Le Maroc poursuit officiellement un cap de diversification énergétique et d’extension des renouvelables, mais, dans l’urgence, la sécurité d’approvisionnement et la continuité du service priment sur les considérations de transition.

Une dépendance énergétique structurelle toujours lourde

Le Maroc demeure fortement dépendant des importations pour couvrir ses besoins énergétiques. Plus de 94 % de ses besoins seraient satisfaits par des approvisionnements extérieurs, ce qui expose le pays à la volatilité des marchés mondiaux, à la variation des prix et aux ruptures logistiques.

Dans ce paysage, les renouvelables progressent mais ne suffisent pas encore, à elles seules, à absorber instantanément ce type de choc. Le système reste donc, dans les faits, dépendant de combustibles fossiles importés, avec un arbitrage permanent entre sécurité d’approvisionnement, coût de l’énergie et trajectoire de transition.

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